L’option Marine Le Pen hante l’économie suisse

FranceLe Front national défend un retour au franc français. Les milieux d’affaires redoutent un choc sur les devises.

Dans leur campagne, les responsables du Front national, dont Marine Le Pen, insistent de plus en plus sur leur volonté de préparer une sortie de l’euro et un retour au franc français.

Dans leur campagne, les responsables du Front national, dont Marine Le Pen, insistent de plus en plus sur leur volonté de préparer une sortie de l’euro et un retour au franc français. Image: Reuters

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Les élections présidentielles françaises se rapprochent. Premier tour le dimanche 23 avril et le second le dimanche 7 mai. Dans leur campagne, les responsables du Front national insistent de plus en plus sur leur volonté de préparer une sortie de l’euro et un retour au franc français.

Dans ce contexte, UBS donne l’alerte: «Les prochaines élections présidentielles françaises renforcent l’attrait du franc, comme valeur refuge.» L’abandon de l’euro par la France n’apparaît certes pas encore comme une hypothèse des plus plausibles. L’élection de Marine Le Pen non plus, même en admettant la probabilité de sa participation au deuxième tour. Les marchés gardent néanmoins leur inclination à anticiper presque tout. D’autant plus que les partisans du retour au franc français ne manquent pas d’arguments.

A commencer par Bernard Monot, 54 ans, parlementaire européen parfois présenté comme le chef économiste du Front national et doté d’un CV relativement rare dans cette formation (ex-analyste financier de HSBC, de Natixis et de la Caisse des dépôts et consignations): «L’une des clés de voûte de notre projet est la Banque de France et, parallèlement, la Caisse des dépôts et consignations. C’est pourquoi nous avons besoin de notre monnaie nationale, comme toutes les grandes puissances, pour soutenir la réindustrialisation, la création d’emplois et le sauvetage des grandes entreprises stratégiques. Avec ce programme Alstom serait encore français.»

«Fin de la zone euro»

L’économiste niçois prévoit une sortie de la zone euro mise en œuvre en négociant avec la principale intéressée, la Banque centrale européenne, l’Union européenne, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce: «Je crois que ces organisations accepteront la sortie de la France, car cet Etat constitue la deuxième puissance européenne. Par conséquent un contributeur phare de l’Union. En revanche, si elles refusent, ce sera la fin de l’Union européenne et de la zone euro. Faute de satisfaction de notre part, Marine Le Pen organisera en effet un referendum sur le Frexit dans les six mois.»

De tels propos laissent difficilement indifférents. «Si le Front national arrivait au pouvoir et maintenait un tel programme, celui-ci provoquerait une crise majeure et une sérieuse récession dans l’Hexagone. N’oublions pas qu’il s’agit d’un des plus importants partenaires économiques de la Suisse», rappelle Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’Institut des hautes études internationales et du développement, à Genève.

La parade du Front

Un élément central du plan du Front national stimule particulièrement les doutes: une compétitivité industrielle accrue par un nouveau franc français correspondant à un euro déprécié d’environ 20%. «Une première dévaluation risquerait de provoquer des dévaluations en chaîne, aboutissant finalement à un appauvrissement de la population. C’est d’ailleurs afin d’assurer sa stabilité monétaire que la France avait adopté l’euro», rappelle Thomas Flury, spécialiste en devises chez UBS.

Autre menace liée à une éventuelle dévaluation. «Une dépréciation de 20% du franc par rapport à la monnaie unique augmentera immédiatement la charge de la dette de la France en euros», estime François Savary, responsable des investissements chez Prime Partners. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, confirme: «Sans l’euro, le financement de la dette publique coûterait 30 milliards d’euros supplémentaires chaque année.» Les entreprises privées seraient confrontées à des difficultés similaires: 1700 milliards d’euros de dette en tout, fin 2015.

Les frontistes pensent toutefois avoir trouvé la parade: la lex monetae. En invoquant cette disposition du droit international, ils font valoir la compétence du pays sortant de l’euro pour convertir un contrat en nouvelle monnaie nationale.

Créé: 21.02.2017, 21h02

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