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Paris prend des libertés qui fâchent l'Eurogroupe

Les libertés prises par la France avec la discipline budgétaire ne sont pas du goût de l'Eurogroupe.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a dit qu'il ne fallait pas «détricoter» les règles budgétaires de l'Union européenne (UE).
Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a dit qu'il ne fallait pas «détricoter» les règles budgétaires de l'Union européenne (UE).
Keystone

L'Eurogroupe s'emploie tant bien que mal à appliquer sa stratégie de sortie de crise pour relancer une économie de la zone euro à la peine.

Enhardi par les dernières mesures prises par la Banque centrale européenne (BCE) pour stimuler la croissance, le ministre des Finances Michel Sapin a annoncé mercredi que l'objectif de ramener le déficit budgétaire à la norme de 3% du PIB ne serait atteint qu'en 2017. Et ce alors que la France s'était déjà vu accorder un délai supplémentaire jusqu'en 2015 pour l'atteindre.

Des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) y ont vu rien moins qu'un affront. Certains parmi les Dix-Huit se sont astreints à réduire de copieux déficits pour regagner la confiance des investisseurs.

«La France en a pris pour son grade et bien!», a dit un responsable de la zone euro. Un autre a dit que Michel Sapin n'avait pas été directement montré du doigt «mais les ministres n'étaient vraiment pas contents».

«Point d'ancrage»

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a dit par la suite qu'il ne fallait pas «détricoter» les règles budgétaires de l'Union européenne (UE).

Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a déclaré que «le Pacte de stabilité et de croissance doit représenter un point d'ancrage de la confiance dans l'UE». Il a également dit que la situation budgétaire française n'avait pas fait l'objet de discussions particulières.

Même si les économistes doutent de la pertinence d'une politique d'austérité en un moment où la croissance fait défaut, la France, en tant que deuxième économie de la zone euro, était a priori censée montrer l'exemple de l'orthodoxie budgétaire.

C'est d'autant plus irritant pour les ministres que la performance économique de la France a été en 2013 supérieure à ce qu'attendait la Commission européenne. La croissance a atteint 0,3% au lieu d'une contraction de 0,1% prévue.

Michel Sapin s'est abstenu de tout commentaire sur la question. Mais le ministre de l'Economie espagnol Luis de Guindos a déclaré que la France ne réclamait pas de traitement de faveur.

Peu de réformes

La France et l'Italie réclament une interprétation plus souple du Pacte de croissance et de stabilité, arguant des efforts déployés pour réformer leur économie. Mais pour certains responsables européens, la France n'a guère conduit de réformes depuis le sursis accordé en juin 2013.

Les pays de la zone euro doivent à présent soumettre leurs projets de Loi de finances de 2015 à la Commission européenne et les ministres se réuniront à nouveau en novembre pour décider de la marche à suivre avec la France.

La question française a plombé une réunion de l'Eurogroupe qui était censée réfléchir sur les moyens de relancer une économie de la zone euro qui a stagné au deuxième trimestre et qui risque de subir sa troisième récession depuis 2008.

Programme d'investissement

Le futur président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker veut lancer un programme d'investissement de 300 milliards d'euros (362,9 milliards de francs). Le crédit pratiquement gratuit servi par la BCE aux banques ne peut à lui seul résoudre les problèmes structurels des économies de la zone euro.

Selon un document franco-allemand qui doit être discuté par les ministres à Milan, l'investissement productif a diminué de 15% en 2013 dans la zone euro par rapport à ce qu'il était avant la crise de la dette de 2010.

Jyrki Katainen, qui sera chargé des politiques de croissance au sein de la nouvelle Commission, estime qu'il faut dépenser l'argent public différemment: l'orienter vers ce qui crée de la croissance et de l'emploi, comme les travaux publics, la recherche et l'innovation. «Sans réformes, pas de croissance», a-t-il dit. «Aucun pays ne peut se défausser face au défi de la réforme».

L'une des possibilités est de créer un marché pan-européen où les PME puissent lever des fonds, selon un document préparé pour la réunion Ecofin (ministres des Finances de l'UE) de samedi.

(ats)

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