Un an de franc fort pèse sur l’économie vaudoise

ConjonctureLe ralentissement conjoncturel se confirme pour le canton de Vaud. Commerce et industrie sont particulièrement touchés.

De g. à dr.: Guy-Philippe Bolay (CVCI), Jean-Pascal Baechler (BCV), Marc-Jean Martin (STATVD), Philippe Thuner (HotellerieSuisse), Frédéric Burnand (Fédération vaudoise des entrepreneurs), Patrick Zurn (CVCI).

De g. à dr.: Guy-Philippe Bolay (CVCI), Jean-Pascal Baechler (BCV), Marc-Jean Martin (STATVD), Philippe Thuner (HotellerieSuisse), Frédéric Burnand (Fédération vaudoise des entrepreneurs), Patrick Zurn (CVCI).

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A quelques jours de Noël, quasi une année après le fameux 15 janvier 2015 – cette journée historique pour l’économie suisse où la Banque nationale décidait de ne plus soutenir le franc face à l’euro –, le moment du bilan est venu pour l’économie vaudoise.

Comme escompté au lendemain de cette sombre journée qui a vu la place boursière suisse s’effondrer, le contrecoup pour l’économie s’est confirmé au fil des mois et des trimestres. Le canton de Vaud, comme d’ailleurs le reste de la Suisse, ressort ainsi de cette année 2015 plus affaibli et cela même si la plongée en récession a pu être évitée.

Mais comme le démontre la dernière étude réalisée par le KOF (centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ) pour la Commission Conjoncture vaudoise, les principaux secteurs représentant la grande majorité de la richesse du tissu économique vaudois n’ont pas tous été touchés de la même manière. Tour d’horizon.

1. Industrie

Cette branche apparaît clairement comme la grande victime du renchérissement de la devise suisse. «Le franc est le principal déterminant de la crise qui s’est amplifiée tout au long de l’année», assure Marc-Jean Martin, chef de section à Statistique Vaud. L’évolution de la position concurrentielle des entreprises vaudoises s’est effondrée non seulement pour celles qui exportent dans les pays de la zone euro, mais également pour celles qui réalisent l’intégralité de leurs affaires en Suisse. «Pour pouvoir abaisser leur prix, les industriels ont cherché à s’approvisionner à moindres coûts, soit en faisant pression sur leurs fournisseurs suisses, soit en se tournant vers d’autres partenaires à l’étranger», explique Marc-Jean Martin.

Pour 2016, le souci de cette branche résulte dans la difficulté actuelle à remplir les carnets de commandes, laissant augurer un retour au chômage partiel. Contrairement à d’autres secteurs, la place industrielle vaudoise n’a donc pas encore complètement digéré la problématique du franc fort.

2. Commerce de détail

Stocks fortement dévalorisés en début d’année, tourisme d’achat croissant et pression constante sur les prix et donc sur les marges, les commerçants vaudois auront vécu une année 2015 des plus morose. «La marche des affaires de l’ensemble des détaillants du canton est restée négative tout au long de l’année», déplore Patrick Zurn, collaborateur à la Chambre vaudoise du commerce et de l’Industrie (CVCI).

Mais contrairement aux industriels, les commerçants affichent un optimisme surprenant pour 2016, puisque 27% des 500 entreprises interrogées s’attendent à un retour aux affaires au cours des six prochains mois. «A croire que la situation ne peut plus empirer», suppose Patrick Zurn.

3. Hôtellerie et restauration

Contrairement à d’autres régions touristiques suisses telles que le Tessin ou les Grisons, celle du canton de Vaud aura connu un premier semestre favorable. «La bonne météo durant l’été et le poids conséquent du tourisme d’affaires ont en effet soutenu l’hôtellerie cantonale», assure Philippe Thuner, président d’HotellerieSuisse. La fin de l’année et le début de 2016 s’annoncent par contre plus mitigés pour la branche, notamment à cause du niveau encore faible de l’enneigement en station.

Quant à la restauration, selon Philippe Thuner, elle continue de souffrir de «différents facteurs d’ordre structurel», dont une offre pléthorique, parfois mal positionnée et ne répondant que peu à l’évolution du mode de vie des Vaudois.

4. Construction

Avec la branche englobant les services, la construction est très certainement celle qui a le mieux résisté en 2015. Relativement peu impacté par le franc fort, l’ensemble du secteur – du gros au second œuvre, en passant par les métiers plus techniques (électriciens, sanitaires, etc.) – a connu une bonne marche des affaires et cela malgré un premier ralentissement au second semestre. «Cette légère baisse des commandes ne devrait pas durer et la situation globale rester positive en 2016», prédit Frédéric Burnand, responsable de la communication pour la Fédération vaudoise des entrepreneurs.

5. Services

Représentant 21% des emplois du canton, les services occupent une place primordiale dans l’économie vaudoise. L’excellente santé de la plupart des métiers inclus dans cette branche s’est non seulement maintenue en 2015, mais elle a surtout permis de compenser les performances négatives (en termes d’affaires ou de chômage) rencontrées dans d’autres secteurs tels que l’industrie ou le commerce.

A noter qu’en comparaison nationale, l’évolution des services vaudois reste plus élevée et rien n’augure que la situation puisse changer en 2016.

Créé: 03.12.2015, 22h39

«Les sous-traitants sont menacés»

De nouvelles statistiques présentées jeudi matin démontrent que certains secteurs de l’économie du canton vacillent de manière inquiétante. Commerce de détail, industrie, hôtellerie et restauration font parties des branches les plus en difficulté. Guy-Philippe Bolay, directeur-adjoint à la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) revient sur le ralentissement conjoncturel auquel les commerçants et industriels vaudois font face. Interview.

- Malgré la forte dégradation de leurs affaires en 2015, les commerçants vaudois restent optimistes pour l’année 2016. Pour quelles raisons?
- En 2015, le commerce de détail est certainement la branche qui a le plus souffert du franc fort (ndlr: suite à la décision soudaine prise par la Banque nationale suisse de briser le taux plancher entre l’euro et le franc). Pour mémoire, en l’espace de quelques heures, les distributeurs suisses ont vu leurs stocks de marchandises perdre jusqu’à 20% de leur valeur. Mais si le choc a été fort et rapide, désormais il est encaissé. Tout laisse donc à penser qu’en termes d’affaires, l’année 2016 devrait être meilleure et cela même si certains consommateurs suisses ont désormais pris l'habitude de traverser la frontière.

- Un optimisme qui n’est pas partagé par la branche industrielle?
- Contrairement au commerce de détail, le renforcement du franc a eu des conséquences moins immédiates pour la place industrielle vaudoise. Suite à deux bonnes années, cette dernière avait en effet débuté l’année 2015 avec des carnets de commandes bien orientés. Mais, pour certains domaines industriels, la situation est en train de se détériorer, avec une réelle régression des entrées de commandes, ce qui explique le pessimisme ambiant régnant au sein du secteur industriel et les inquiétudes croissantes pour les mois à venir.

- Le risque souvent cité de désindustrialisation plane donc encore sur le canton?
- Cette crainte existe effectivement. Mais il concerne surtout la sous-traitance industrielle devenue trop chère dans une période où les marges se resserrent et où la nécessité de réduire les coûts incite à chercher des fournisseurs en dehors de nos frontières.

- Par contre les conséquences sur l’emploi dans le canton restent faibles…
- Seules les données concernant le secteur industriel sont légèrement dans le négatif. Mais elles sont heureusement compensées par la bonne santé conservée par le secteur des services.

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