De plus en plus de pères concilient carrière et famille

Marché du travailRéduire son temps de travail a le vent en poupe chez les papas, mais cela reste réservé aux revenus supérieurs à la moyenne

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«Je travaille à 80% et je n’ai pas peur pour la suite de ma carrière. J’ai même obtenu une charge de management!» D’emblée les déclarations de Frédéric Loutan posent la nouvelle équation dans le monde de l’entreprise. Car ce conseiller en ressources humaines auprès de Romande Energie, âgé de 35 ans, est aussi un père de famille souhaitant garder une journée par semaine pour s’occuper de ses enfants de 3 et 5 ans.

Loin d’être un cas isolé, le temps de travail réduit se démocratise auprès des hommes. En 2007, ils étaient 11,9% à exercer une activité professionnelle à temps partiel. En 2017, leur part a atteint 17,5%. Chez les femmes, entre 2007 et 2017, peu d’évolution: 56,5% contre 58,6%. Alors que les discussions politiques sont actuellement vives au sujet du congé paternité et du soutien aux crèches, de nombreuses entreprises n’ont pas attendu pour s’adapter aux besoins des pères (et des mères) de famille.

Si Frédéric Loutan a pu aménager son emploi du temps professionnel, c’est que son employeur a pris des mesures. «Nous développons le télétravail depuis deux ans déjà et offrons la possibilité de travailler jusqu’à deux jours par semaine depuis son domicile», indique Michèle Cassani, responsable de la communication de Romande Energie. Elle ajoute: «Les habitudes sont encore ancrées, mais nous donnons l’impulsion en facilitant le temps partiel des hommes.»

Les mentalités évoluent

Même son de cloche du côté de Migros qui emploie plus de 100 000 personnes en Suisse: «Le temps partiel est possible à tous les niveaux, y compris pour les chefs. Chaque cas est cependant évalué individuellement, selon la situation de l’équipe concernée», explique Tristan Cerf, porte-parole. Mais la coopérative a adopté d’autres mesures pour faciliter la vie des pères de famille. Parmi celles-ci, un congé paternité de cinq semaines, dont trois payées. La Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, qui représente de très nombreuses entreprises, se veut exemplaire. Philippe Miauton, son secrétaire général, père de deux enfants en bas âge, travaille lui-même à 90%, dont une demi-journée depuis son domicile. «Cela me permet de concilier carrière et vie familiale en voyant mes enfants grandir.»

Il observe qu’un «changement de mentalité est en train de se produire auprès des hommes qui souhaitent davantage s’occuper de leur famille». Ce sont les nouvelles générations qui poussent au changement. «Les jeunes privilégient davantage le climat d’entreprise et les conditions de travail que le salaire», relève Antonio Racciatti, le directeur des ressources humaines du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne. «Nous encourageons le temps partiel pour les hommes, y compris auprès de ceux qui occupent des postes de direction.» Mais certaines habitudes sont bien ancrées: jusqu’à présent, aucun médecin-chef de service n’a réduit son temps de travail.

Même si les mentalités évoluent, certains préjugés ont la dent dure. «Le temps partiel est un terme dangereux. Il laisse croire que les personnes qui en bénéficient ne s’impliquent que partiellement dans leur travail. Je lui préfère celui de temps réduit», insiste Sandra Zurbruchen Eichenberger. Codirectrice du Bureau UND, elle s’engage en faveur d’une «culture d’entreprise sociale et orientée famille». Au-delà du vocabulaire, travailler à temps réduit se heurte à des obstacles, notamment financiers.

«Pour le moment, réduire son temps de travail demeure réservé à la classe moyenne et aux personnes aisées», note Sandra Zurbruchen Eichenberger. Même l’Union patronale suisse, par la voix de l’un des membres de sa direction, Marco Taddei, reconnaît que «ce sont essentiellement les travailleurs ayant un niveau de formation élevé, qui réduisent leur charge de travail. La plupart d’entre eux ont des revenus supérieurs à la moyenne.»

Des employeurs gagnants

Pour les personnes concernées, un savant calcul s’impose. «Mon épouse et moi travaillions à 100% chacun avant d’avoir des enfants. Désormais, elle est à 60% et moi à 80%. Nous avons dû adapter un peu notre train de vie, notamment au niveau des voyages. Mais je n’ai pas l’impression que nous ayons dû faire des sacrifices», constate Nicolas, collaborateur au CHUV. «Une chose essentielle à apprendre, c’est de protéger son jour de congé et de ne pas répondre à ses mails ou au téléphone», insiste-t-il. Un constat que partage Frédéric Loutan qui estime important de ne pas laisser son travail empiéter sur son jour de congé, afin de pouvoir s’occuper pleinement de ses enfants.

Même si concilier vies professionnelle et familiale passe le plus souvent par du travail à temps réduit et à domicile, les entreprises adoptent parfois d’autres mesures. Le job-sharing, encore peu répandu, consiste à partager un poste entre deux collaborateurs. «Certains médecins travaillent en binôme chacun la moitié du temps», rapporte Antonio Racciatti, le directeur des ressources humaines du CHUV. L’établissement s’engage également en faveur de l’accueil de la petite enfance. «Actuellement, nous offrons des places pour l’équivalent de 423 enfants. D’ici à 2020, nous pourrons en accueillir 130 de plus», se réjouit-il. Que gagnent les entreprises à adopter ces mesures? Malgré des difficultés potentielles inhérentes à l’organisation, l’Union patronale suisse souligne les avantages: motivation et performances accrues des employés, gains en termes d’image d’entreprise. Une fois n’est pas coutume, l’Union syndicale suisse acquiesce. «Les employés sont davantage satisfaits et travaillent mieux», avance Regula Bühlmann, spécialiste de la politique familiale. «Non seulement les entreprises attirent des collaborateurs qualifiés, mais ceux-ci sont plus fidèles à leur employeur. L’on constate ainsi moins de fluctuations au niveau du personnel», conclut Sandra Zurbruchen Eichenberger. (24 heures)

Créé: 04.07.2018, 06h58

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