Selon plusieurs experts, il est urgent d'investir

SuisseCompte tenu des risques conjoncturels et de la situation monétaire, il faut stopper les programmes d'économies des collectivités publiques.

Image: ARCHIVES - PHOTO D'ILLUSTRATION/Keystone

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«Ce n'est pas le bon moment pour appliquer ces programmes», estime Philippe Bacchetta, professeur de macroéconomie à HEC Lausanne dans «Le Matin Dimanche». «Dans un monde idéal, le secteur public ne cumulerait pas un coup de frein fiscal et un coup de frein monétaire déclenché avec l'abandon du taux plancher», ajoute Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la Banque nationale suisse (BNS).

Toutefois, ce dernier, également professeur honoraire d'HEC Lausanne, tempère en déclarant qu'il ne faut pas «affaiblir la volonté de rigueur budgétaire sur le moyen terme».

Pour Cédric Tille, professeur d'économie à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève, «l'économie suisse est déjà dans une situation suffisamment délicate. Evitons de lui compliquer la tâche». Pour Charles Wyplosz, professeur à l'IHEID également, «les corrections se font dans les phases de croissance soutenue».

Les professeurs d'économie en Suisse alémanique sont en revanche opposés, eux, à l'arrêt des programmes d'économie. Pour Christoph Schaltegger, qui enseigne aux Universités de Lucerne et St-Gall, «la situation économique de la Suisse est robuste. En 2017, on prévoit une croissance économique de 1,5 à 2%».

Reto Foellmi, professeur à l'Université de St-Gall et directeur de l'institut SIAW, reconnaît «que s'il existe une grande incertitude sur la situation actuelle, je doute que la raison soit à rechercher dans l'insuffisance de la demande».

Frein à l'endettement trop rigide

Les économistes interrogés par Le Matin Dimanche ne remettent pas en cause le frein à l'endettement qui oblige la Confédération - et certains cantons - à équilibrer ses comptes. Quatre sur six estiment que ce frein est appliqué de manière trop rigide. Il n'a pas été conçu pour une période aussi particulière.

Philippe Bacchetta explique que depuis le début de la crise financière, contrairement aux autres pays, la Suisse réduit sa dette publique, ce qui «représente une mauvaise gestion macroéconomique». De plus, cela«contribue à la force du franc».

A contrario, Reto Foellmi craint que la crédibilité du frein à l'endettement souffre s'il était levé dans une situation de croissance raisonnable de l'économie, comme c'est le cas actuellement.

Les experts interrogés ne sont pas que partiellement favorables à une baisse des impôts. Pour Jean-Pierre Danthine, «ce n'est pas une baisse des impôts dont nous avons besoin. La consommation se porte bien et les salaires réels continuent d'augmenter».

Accroître les investissements

La moitié des professeurs interrogés sont d'accord avec le Fonds monétaire international (FMI) qui demande aux Etats en bonne situation financière d'accroître leurs dépenses et leurs investissements afin d'éviter une nouvelle récession globale. Pour Cédric Tille, une politique de soutien de la demande de pays tels que l'Allemagne aiderait l'effort d'ajustement des finances publiques de la Grèce, par exemple.

Christoph Schaltegger n'est pas du même avis: «L'exemple de la politique fiscale réussie et durable pratiquée en Suisse est ce qui sert au mieux l'économie mondiale». (ats/nxp)

Créé: 01.05.2016, 10h59

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