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Une «politique» à la tête de l’euro

Mario Draghi transmet cette semaine les rênes d’une institution divisée à l’ex-ministre française Christine Lagarde.

Christine Lagarde et Mario Draghi étaient tout sourire lors du passage de témoin. Mais, autour de la Française, les attentes sont grandes.
Christine Lagarde et Mario Draghi étaient tout sourire lors du passage de témoin. Mais, autour de la Française, les attentes sont grandes.
AFP

Mario Draghi a fait ses adieux lundi à la Banque centrale européenne (BCE) après huit ans d’un mandat scandé par des crises qui ont menacé jusqu’à l’existence même de l’euro. Il transmettra vendredi une institution divisée à Christine Lagarde, l’ancienne patronne du Fonds monétaire international (FMI). Comme son prédécesseur à son arrivée en 2011, mais dans un contexte moins dramatique – la banqueroute de la Grèce venait de menacer l’existence même de la monnaie unique – cette dernière aura comme priorité immédiate d’aplanir les divisions au sein de l’institution sur les moyens mis en œuvre pour relancer l’activité des dix-neuf pays utilisant l’euro.

Un débat crucial pour la Suisse, dont la Banque centrale, pour éviter une appréciation de sa monnaie face à l’euro – toxique pour son industrie – est forcée de suivre les fluctuations des taux d’intérêt européens… en dépit des vives critiques visant les taux négatifs que cela implique sur son territoire.

Une BCE «moins technique»

Comme aux États-Unis avec Jerome Powell, c’est une ancienne avocate d’affaires qui prend les rênes de l’institution dont dépend l’équilibre de la deuxième puissance économique mondiale. «C’est la première fois que des économistes ne sont plus à la tête de la politique monétaire des deux côtés de l’Atlantique», remarque Valentin Bissat, économiste et stratège au sein de Mirabaud Asset Management à Genève. Novice dans l’art de murmurer à l’oreille des marchés financiers, cette Française de 63 ans annonce une BCE «politique, proche des préoccupations des chefs d’État, et moins technique», prévenait dès juillet Patrick Artus, chef économiste de la banque Natixis.

«Beaucoup attendent» de celle qui fut ministre de l’Économie du président Sarkozy durant la grande crise financière de 2008 «qu’elle puisse recréer un consensus au sein du conseil des dirigeants de la BCE – pas une unanimité, simplement la fin des dissonances une fois les décisions prises», pointe Valentin Bissat. L’éclatement au grand jour de cette absence d’esprit d’équipe a été attisé il y a peu par la caricature de son prédécesseur en «compte Draghila» siphonnant les comptes épargne dans le tabloïd à succès «Bild».

Politique «cadenassée»

Dans l’immédiat, comme le rappelle l’économiste de Mirabaud, Mario Draghi a «cadenassé» les mesures qui seront suivies par la BCE, au moins pour les douze prochains mois. La mise en place de taux négatifs et l’annonce du lancement d’un nouveau plan de reprise d’emprunts d’entreprises et d’institutions européennes – afin de déverser, en échange, une avalanche de «cash» dans les rouages économiques – date d’il y a un mois.

Si Christine Lagarde ne fait pas face aux mêmes difficultés que son prédécesseur lors de son arrivée – la zone euro continue de croître, certes à un rythme d’escargot –, «elle dispose de très peu de munitions pour combattre une éventuelle récession», remarquait la semaine dernière Steven Bell, chef économiste de BMO Global Asset Management. Les dernières prévisions du FMI ne promettent qu’une expansion de 0,5% à l’Allemagne l’an prochain et de 1,2% l’année suivante.

En jeu, l’héritage de Draghi

Mais ensuite? En responsable politique avertie, Christine Lagarde n’a pas manqué de déployer des projets allant d’une plus grande unification des budgets des États européens – Berlin ne veut pas en entendre parler – à l’élargissement du mandat confié à une BCE focalisée sur le contrôle de l’inflation.

Une fois aux commandes, cette dernière sera confrontée à un défi plus ingrat: débrancher les mesures exceptionnelles déployées depuis une décennie, afin d’empêcher l’Europe de sombrer dans la crise. Mais pour cela «il faudra que la croissance revienne véritablement en Europe, or ce n’est pas attendu au moins au cours des deux prochaines années», pointe l’économiste de la banque Mirabaud.

C’est l’héritage de Mario Draghi qui se jouera à ce stade. Salué par ses défenseurs pour avoir empêché l’Union européenne de sombrer dans le gouffre de la crise grecque, «Super Mario» a rempli sa promesse de sauver l’euro «quoi qu’il en coûte», selon une expression demeurée célèbre. «Souvenez-vous d’Alan Greenspan», prévient pourtant Valentin Bissat. Acclamé lors de son départ en 2006 – après deux décennies de règne sur la Réserve fédérale américaine –, «l’oracle» avait ensuite été accusé d’avoir favorisé, en maintenant des conditions d’emprunt bien trop laxistes, l’explosion de la bulle immobilière américaine en 2007. Et, par ricochet, la crise financière mondiale, la plus grave depuis celle de 1929.

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