La première présidente de la CVCI est sur orbite

Portrait Aude PuginChoisie pour présider la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, elle incite les femmes à oser diriger

Pour Aude Pugin,

Pour Aude Pugin, "les femmes doivent oser se mettre en avant et s’investir davantage dans les fonctions dirigeantes afin d’être représentées partout". Image: Chantal Dervey

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«On doit diriger au milieu des gens et pas au-dessus d’eux.» Directrice générale d’APCO Technologies, entreprise d’Aigle active dans le domaine spatial, Aude Pugin a les pieds bien ancrés sur terre quand il s’agit de piloter la société fondée par son père, André, et de poser, étage par étage, les balises de son ascension. Ce qui ne l’empêche pas de naviguer en orbite après son élection ce mercredi à la présidence de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), l’association qui défend les intérêts et conditions-cadres de plus de 3200 entreprises membres.

Première femme à présider la Chambre, succédant à Bernard Rüeger, elle n’est pas la première dame à renouveler les genres à la tête de l’institution âgée de 120 ans, puisque Claudine Amstein en est la directrice depuis 2005. Aude Pugin apporte une vision de terrain, le regard d’une cheffe d’entreprise industrielle tournée vers l’exportation qui emploie 360 personnes – dont 250 dans le Chablais – mais qui a conservé l’esprit d’une PME familiale.

Une fête dans l'usine

Ainsi, événement symbolique, la nomination de la nouvelle directrice générale d’APCO Technologies – dès le 1er juillet 2017 – n’a pas été annoncée par un simple mail interne sans émotion. Mais lors d’une fête organisée dans l’usine pour tous les collaborateurs afin de marquer le 70e anniversaire de son père, André Pugin, qui créa cette société en 1992 avec des activités survivantes des Ateliers de constructions mécaniques de Vevey (ACMV). L’ancien cadre a repris le secteur de construction mécanique et électromécanique dans les domaines spatiaux et nucléaires. APCO, qui possède des filiales près de Beaune et dans le centre spatial de Kourou, en Guyane française, construit des ponts tournants jusqu’à 320 tonnes.

Aude Pugin n’a pas baigné dans cette atmosphère de métaux et de cambouis qui fait naître des vocations d’ingénieurs. Elle affirme n’avoir jamais été prédestinée à reprendre l’entreprise. Après ses études de droit à Fribourg, elle brigue un brevet d’avocate dans une étude de droit des affaires à Genève, où elle s’initie aux méandres juridiques et financiers des transactions d’entreprise. Neuf ans au sein de l’empire de la famille grecque Latsis, qui touche à la banque, à l’aviation, au pétrole ou à l’immobilier, finissent de la mettre au parfum d’un monde qu’on imagine impitoyable: «J’ai beaucoup appris du monde des affaires, notamment à poser les questions et à évaluer les risques dans une approche réaliste et pragmatique.»

Loin du grand business

Pendant ce temps, l’entreprise familiale prend toujours plus d’envergure et André Pugin, l’ingénieur, rêve d’associer à son œuvre les compétences commerciales et juridiques de sa fille. L’avocate n’a guère de mal à s’en laisser conter et rejoint la société en 2009. Loin du grand business, elle découvre une forme d’entreprise qui lui correspond mieux. Pas d’actionnaires-propriétaires à qui il faut rendre des comptes en permanence, la direction peut se consacrer à l’essentiel: «On se donne le temps d’aller au fond des choses, remarque Aude Pugin. Avec un actionnariat 100% familial, totalement impliqué dans l’opérationnel, on investit là où c’est important pour nous. On peut prendre le risque d’investir trois ans dans une activité non profitable parce qu’on y croit.»

Ces investissements sont plutôt imposants à voir la taille des halles bâties par APCO dans la zone industrielle d’Aigle, à deux roues de vélo du Centre mondial du cyclisme. «Nous nous sommes dimensionnés pour nos clients», justifie-t-elle. Notamment les agences spatiales dont les projets sont aussi un monde de rêves dans les étoiles… La septième halle est actuellement en construction, où seront produits des éléments des fusées européennes Ariane 6, lancées dès 2020, comme la coiffe des boosters. L’entreprise conçoit et fabrique également des structures et pièces de satellites ainsi que des moyens de sol pour transporter et manipuler les engins envoyés dans l’espace.

Dans son élégant tailleur façonné pour les bureaux d’avocat et de la finance, Aude Pugin n’en reste pas moins parfaitement à l’aise au milieu de ces halles industrielles immenses animées par des techniciens et des ingénieurs. Comme à la CVCI, cette entreprise n’est plus un fief d’hommes. Sa vision du management est d’ailleurs plus transversale que pyramidale dans le partage des compétences. Les femmes, pense-t-elle, doivent «oser se mettre en avant et s’investir davantage dans les fonctions dirigeantes, afin d’être représentées partout». Ce qui ne l’empêche pas d’exercer sa fonction à sa façon, en tant que mère de deux enfants, en cherchant à équilibrer vie professionnelle et privée.

Responsabilité sociale

Son nouveau statut à la CVCI, elle le voit comme un engagement nécessaire en tant que cheffe d’entreprise: «Il ne faut pas que l’économie ait une vision uniquement de protection de ses intérêts. Elle a également une responsabilité en matière sociale, d’environnement et de formation duale. L’économie doit travailler main dans la main avec l’école pour préparer la formation de demain.» Elle doit s’occuper de politique, défend-elle, sans être affiliée à un parti, car sinon «la politique s’occupe de vous»! Partisane du consensus, Aude Pugin ne voit pas dans sa présidence une activité de lobbying, mais le partage de son expérience à la tête d’une entreprise en compétition internationale.

Mais son univers se partage en d’autres galaxies. Elle fait partie de la commission fédérale pour les affaires spatiales mais aussi du Conseil consultatif régional VD/VS de la Banque nationale suisse. Elle s’engage dans la réinsertion professionnelle des handicapés dans l’association Afiro et elle soutient le Festival Images Vevey, tout en essayant de pratiquer un peu de sport, natation et course à pied. Elle a même organisé l’Ariane Cross, en 2016, qui a réuni 700 collaborateurs des entreprises et instituts de recherche spatiaux européens. Tous ont couru la tête dans les... Alpes!

Créé: 19.04.2018, 12h13

Bio

1974
Naissance à Lausanne le 7 octobre.
1979
Son père travaille pendant trois ans près de Boston, où elle fréquente l’école américaine.
1993
Après le gymnase de Burier à La Tour-de-Peilz, en section latine, elle poursuit ses études à la Faculté de droit de l’Université de Fribourg.
1997
Entre dans une étude de droit des affaires à Genève afin d’obtenir le brevet d’avocate.
2000
Début de son activité au sein d’une société du groupe de la famille grecque Latsis, toujours au bout du lac.
2009
Elle rejoint la société créée par son père, André Pugin, APCO Technologies, à Aigle, en tant que cheffe des finances et des ressources humaines.
2016
Entre au comité de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie.
2017
Depuis le 1er juillet, elle porte le titre de directrice générale de sa société.
2018
Elue le 18 avril à la présidence de la CVCI.

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