Le prix des médicaments génériques va augmenter

SantéSuite à une énorme acquisition, le groupe israélien Teva, leader helvétique avec sa filiale Mepha, aura une part de marché de 38% en Suisse. La concurrence est étranglée.

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Les médicaments génériques sont jusqu’à trois fois plus chers en Suisse que chez nos voisins. Cela n’est pas près de changer pour ces remèdes normalement bien meilleur marché que les originaux, car ils emploient des substances actives qui ne sont plus protégées par des brevets.

La semaine passée, le leader mondial des génériques, l’israélien Teva, annonçait avoir finalisé l’acquisition de l’américain Actavis Generics pour 33,5 milliards de dollars (32,8 milliards de francs). Cette nouvelle n’a pas fait plus de vagues que cela en Suisse. A tort.

Ce rachat va avoir des implications très concrètes sur le porte-monnaie des Suisses, au-delà de son montant stratosphérique qui interpelle tout d’abord, – mais reste en fin de compte en ligne avec les sommes colossales mises sur la table quand les groupes pharma se rachètent entre eux. Les prix des médicaments génériques devraient augmenter suite à cette acquisition.

Position dominante depuis 2011

Après avoir racheté le groupe suisse Mepha en 2011, la société israélienne Teva s’est aussi hissée en position de leader sur le marché helvétique des génériques en détenant jusqu’à présent une part de 34%. C’est davantage que le concurrent domestique Sandoz, une filiale du géant bâlois Novartis. Sandoz dit «arriver en deuxième position», sans vouloir préciser la part à laquelle cela correspond.

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L’écart devrait de toute façon se creuser entre les deux groupes, et permettre au leader israélien de renforcer son pouvoir sur la fixation des prix en Suisse. «Notre part au marché suisse passera à 37,7% après l’intégration des activités d’Actavis Switzerland dans Mepha Suisse SA», explique le responsable de la communication de cette dernière entreprise, Christoph Herzog. Mepha Suisse SA est la structure faîtière consolidant en son sein les deux activités du groupe israélien en Suisse, soit Mepha Pharma et Teva Pharma.

Pour l’instant, «une consultation de trente jours est ouverte avec les partenaires sociaux concernant l’avenir des 80 collaborateurs d’Actavis Switzerland, répartis entre Zurich et Zoug, afin de voir si et comment ils pourront être intégrés dans Mepha Suisse SA», poursuit Christoph Herzog, en ajoutant qu’il est actuellement trop tôt pour en dire davantage. Mepha Suisse emploie déjà 180 employés en Suisse, contre 130 du côté de Sandoz.

Plus qu’une poignée de vendeurs

En plus de cette hausse de part de marché en Suisse de Teva suite à son acquisition, les professionnels sont tout autant inquiets, sinon davantage, par la disparition par absorption d’un concurrent en tant que tel, soit Actavis Switzerland, dans un pays qui ne connaît déjà qu’une poignée d’entreprises vendant des génériques. Comme cela se produit très souvent, une réduction du nombre de sociétés offrant un produit accroît le risque que des positions dominantes cartellaires se constituent, s’accompagnant d’une hausse des prix. Un développement qui tombe d’autant plus mal que le Conseil fédéral a précisé début juillet ses mesures dans le but de faire baisser le prix des médicaments en Suisse (lire ci-contre).

Jörg Indermitte, coresponsable de la section Médicaments auprès de l’Office fédéral de la santé publique, confirme ces craintes et soutient que «plus le nombre d’entreprises vendant des médicaments génériques en Suisse est élevé, mieux se porte la concurrence sur ce marché».

Un point de vue partagé par les assureurs santé. «Cette acquisition n’annonce rien de bon en ce qui concerne le prix des médicaments génériques en Suisse si elle débouche sur la disparition d’un acteur», précise Christophe Kaempf, porte-parole de leur association Santé Suisse.

Sandoz se fait aussi du souci. Sileia Urech, en charge de la communication pour le numéro deux du secteur, avance que «cette acquisition d’Actavis signifie que, à nouveau, une entreprise vendant des médicaments génériques disparaît du marché suisse, réduisant le choix des consommateurs».

Créé: 11.08.2016, 06h47

Berne fait pression sur les prix

Les médicaments génériques sont en moyenne 47% plus chers en Suisse que dans les pays comparables à l’étranger. Selon des chiffres publiés en décembre 2015 par SantéSuisse et Interpharma, les préparations protégées par un brevet coûtent, elles, 10% de plus en Suisse qu’à l’étranger. Et les produits originaux tombés dans le domaine public, 11% de plus.

Cet écart de 47% s’explique notamment par le système de fixation des prix. La méthode actuelle prévoit que les génériques doivent coûter 10 à 60% de moins que les préparations originales à l’étranger, au moment de l’expiration du brevet. Ce pourcentage varie en fonction du volume du chiffre d’affaires. Monsieur Prix estimait toutefois en janvier dans nos colonnes que de nombreux fabricants considèrent l’écart minimal prescrit comme la recommandation implicite.

Mais les choses bougent. En février, Alain Berset a annoncé que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) allait élaborer un système de prix de référence. Avec cette nouvelle méthode, les médicaments dont le brevet a expiré et les génériques contenant la même substance active seront classés dans une même catégorie, et les assurances rembourseront un montant fixe par groupe. Les médicaments les plus chers ne seront dès lors plus intéressants, car les patients devront payer la différence. L’ampleur des économies dépendra du mécanisme utilisé pour fixer ce tarif unique: pour l’heure, l’OFSP n’en dit pas davantage. Une révision de la Loi sur l’assurance-maladie (LAMal) devrait être envoyée en consultation d’ici
à la fin de l’année.

L’entrée en vigueur de ces nouvelles règles n’est pas prévue avant 2019. En attendant, le Conseil fédéral a annoncé début juillet des premières modifications, par voie d’ordonnance. Ces changements sont en consultation et devraient entrer en vigueur en 2017. Ils prévoient par exemple que le prix des génériques devra désormais être entre 20 et 70% inférieur à celui de la préparation originale à l’expiration du brevet. L’OFSP table sur des économies supplémentaires pouvant aller jusqu’à 80 millions de francs pour les trois prochaines années. Caroline Zuercher

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