Pour Ralph Hamers, UBS devra être plus qu’une banque

FinanceÀ la tête d’ING, le Néerlandais estimait que les services bancaires n’étaient pas un besoin primordial pour les gens.

Le fait d’armes le plus connu de Ralph Hamers est d’avoir fait basculer la banque ING, plus que centenaire, dans l’ère digitale à l’aide de tous nouveaux outils.

Le fait d’armes le plus connu de Ralph Hamers est d’avoir fait basculer la banque ING, plus que centenaire, dans l’ère digitale à l’aide de tous nouveaux outils. Image: EPA / Walter Bieri

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«Personne ne se réveille le matin avec l’envie d’effectuer un paiement ou de demander un prêt. Il faut reconnaître que les services bancaires ne représentent pas un besoin primordial pour les gens. Cela veut dire que nous devons penser, au-delà de la banque, à ce que sont les besoins réels de nos clients – un logement, l’éducation, l’achat de nourriture ou de vêtements – et trouver comment y répondre […]. Mais cela exige une culture différente de celle que la population attend peut-être d’une banque», expliquait l’été dernier Ralph Hamers dans les pages du quotidien allemand «Handelsblatt». Le patron de la banque néerlandaise ING faisait alors un bilan de la transformation digitale orchestrée par son établissement au cours des dernières années.

À lui seul, cet extrait montre la manière dont le futur remplaçant de Sergio Ermotti à la tête d’UBS perçoit l’avenir de sa branche. Il donne le ton de la stratégie numérique qu’il pourrait bien mettre en place lorsqu’il reprendra, le 1er novembre prochain, les rênes de la plus grande banque de Suisse. Une évolution souhaitée par beaucoup de monde, à commencer par son président, Axel Weber: «Étant donné les changements fondamentaux que vit notre industrie, Ralph [Hamers] est la bonne personne pour diriger la transformation d’UBS.» «Le temps est venu pour la banque de démarrer un nouveau chapitre de son histoire», écrivait quant à lui Sergio Ermotti dans un mémo envoyé au personnel et sur lequel le «Financial Times» a pu mettre la main.

Transformation d’ING

Méconnu en Suisse, Ralph Hamers est une figure du secteur bancaire international. Il est notamment reconnu par ses pairs comme celui qui a sauvé ING de la déroute survenue après la crise bancaire de 2008. Point plus délicat, le Néerlandais a dû régler une affaire de blanchiment d’argent russe qui a contraint la banque à payer en 2018 une amende d’environ 900 millions de dollars. Mais jeudi, Axel Weber assurait que la Finma avait blanchi Ralph Hamers après l’avoir interrogé et qu’UBS avait aussi fait ses propres vérifications.

Quoi qu’il en soit, son fait d’armes le plus connu est d’avoir fait basculer une banque plus que centenaire dans l’ère digitale. Jeudi, le site spécialisé finews.com évoquait pour l’application développée par ING, par exemple, un succès proche de celui de Facebook ou Google. «Les raisons ne sont pas uniquement financières. En plus des services bancaires en ligne classiques, l’app représentait le plus grand débouché pour les produits Philips [aux Pays-Bas] grâce à une plateforme électronique proposant à la vente une vaste gamme de produits non alimentaires.»

Si ces options peuvent paraître surprenantes pour une banque, elles ne laissent pas de marbre l’Association suisse des banques (ASB). «Toutes les industries sont en train de converger sur internet. Cela permet d’imaginer des interconnexions croissantes entre elles. Il n’est donc pas illogique que les établissements bancaires cherchent à établir aussi les leurs en simplifiant, voire en automatisant de nouveaux types de transactions», explique Martin Hess, responsable numérisation et économie politique à l’ASB.

Évolution en Suisse

Après un certain attentisme, notamment pour des raisons de sécurité des réseaux, cette nomination montre que les banques suisses semblent enfin prêtes à pénétrer de plain-pied dans l’arène digitale. Il était temps, car comme, l’explique à l’AFP un spécialiste de Deloitte: «Dans les banques, la manière d’opérer les services financiers n’a pas été révolutionnée depuis les années 70, époque de l’introduction des distributeurs automatiques.»

Cette transition vers les nouvelles technologies est d’autant plus importante pour les banques au vu de la concurrence posée par les nouvelles plateformes bancaires. «Les géants de la tech, en raison de leur taille et de leur accès aux données de clients, ainsi que les banques numériques, en raison de leur avantage technologique, pourraient devenir des concurrents importants dans certains segments comme les paiements ou les crédits aux entreprises», alerte les spécialistes de la BNS dans une enquête menée en 2019. Et ces derniers n’omettent pas non plus l’aspect financier propre à cette transformation numérique, puisque les banques y voient «des opportunités pour réduire leurs coûts et augmenter la qualité de leurs services».

Désormais, comme UBS avec son futur CEO, beaucoup vont chercher à accélérer leur transformation. L’ASB estime que le moment est particulièrement propice puisque tous les voyants sont au vert. «Les banquiers sont conscients aujourd’hui qu’il est indispensable de proposer à leurs clients des outils et services numériques propres à leurs besoins», assure l’organisation. Cette dernière rajoute d’ailleurs qu’en comparaison internationale, les banques suisses sont plutôt bien armées pour réussir cette transition.

Créé: 20.02.2020, 21h49

Sergio Ermotti accédera-t-il un jour à la présidence d’UBS?

Contrairement à ce qui a pu se passer chez sa principale concurrente avec le départ express (et très onéreux) de Tidjane Thiam, la transition à la tête d’UBS s’annonce bien plus douce. Le passage de témoin entre Sergio Ermotti et son successeur Ralph Hamers se fera en effet sur deux mois, période qui laissera du temps au nouveau CEO pour faire ses marques. Du temps qui lui permettra également de combler son manque d’expérience, soulevée par les analystes financiers, dans la gestion de fortune et la
banque d’investissement, soit les deux activités principales d’UBS.

Après le départ de Sergio Ermotti, la banque aux trois clés devra ensuite réfléchir à la succession de son président, Axel Weber, dont le mandat se termine en 2022. L’un des scénarios les plus sérieux laisse entendre que Sergio Ermotti n’en aurait pas terminé avec UBS, puisque certains lui attribuent l’ambition de siéger à la tête du conseil d’administration de la banque helvétique.

À l’état d’hypothèse à ce jour, cette envie de présider à la destinée de la plus grande banque de Suisse pourrait toutefois s’éteindre avant le départ d’Axel Weber en 2022. Le sort du CEO d’UBS semble en effet en partie lié aux décisions qui seront prises en France entre le 2 et le 29 juin à la Cour d’appel de Paris.

Pour mémoire, en première instance, UBS vient d’être condamnée dans l’Hexagone pour «démarchage bancaire illégal et blanchiment aggravé de fraude fiscale» de 2004 à 2012. La grande banque s’est ainsi vue condamnée à une amende de 3,7 milliards d’euros (plus de 4 milliards de francs), ce qui représente la somme la plus importante jamais prononcée par la justice française dans une affaire d’évasion fiscale. O.W.

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