Une remise de la dette grecque paraît inévitable

Crise financièreProfesseur de finances publiques à l'IDHEAP, Nils Soguel préconise la mise en place d'une péréquation européenne, à l'instar de celle qui existe en Suisse.

De manière générale, l'UE n'a pas encore saisi l'opportunité de la crise en Grèce pour se remettre en question, regrette Nils Soguel, professeur de finances publiques à l'IDHEAP.

De manière générale, l'UE n'a pas encore saisi l'opportunité de la crise en Grèce pour se remettre en question, regrette Nils Soguel, professeur de finances publiques à l'IDHEAP. Image: ARCHIVES / PHOTO D'ILLUSTRATION/Keystone

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Les créanciers de la Grèce devront accepter tôt ou tard une remise de la dette. Pour le professeur de finances publiques à l'IDHEAP, Nils Soguel, une péréquation européenne, à l'instar de celle qui existe en Suisse, devrait aussi être mise en place.

«Dans le cas grec, la responsabilité entre l'emprunteur et le créancier est partagée», a déclaré dans une interview à l'ats Nils Soguel. Les créanciers auraient dû être plus attentifs et ne pas prêter autant.

Dans les années 2004-2005-2006, la croissance en Europe était élevée. «On a donc fermé les yeux sur l'endettement lancinant de la Grèce et pensé que le boom économique allait permettre d«assurer la soutenabilité de la dette étatique», estime le professeur à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), basé à Lausanne.

La crise mondiale de fin 2008-2009 a rompu le ressort de la croissance mettant du même coup en évidence le surendettement de l'Etat grec. La spirale négative se met en place.

De nombreux clients des banques retirent leur épargne par crainte de voir la Grèce sortir de l'euro et des débiteurs hypothécaires ne paient plus leurs intérêts et leurs tranches de remboursement. La Grèce a dû se résoudre à accroître ses demandes d'aide financière internationale.

Entre 2009 et 2015, le PIB de la Grèce a reculé de 25%. «Un quart de richesse en moins généré chaque année, c'est énorme», observe Nils Soguel. A fin décembre 2014, la croissance avait pourtant redémarré et l'Etat grec avait réussi à dégager un solde primaire positif, c'est-à-dire un excédent en faisant abstraction des intérêts à payer aux créanciers. Cette dynamique positive naissante a été stoppée avec l'arrivée au pouvoir du gouvernement Tsipras, ajoute le professeur.

De manière générale, l'UE n'a pas encore saisi l'opportunité de la crise en Grèce pour se remettre en question, regrette Nils Soguel. L'Europe estime à tort que la mise en place de fonds structurels qui permettent aux pays les plus pauvres de se doter d'infrastructures suffit pour stimuler leur développement économique et équilibrer les rythmes de croissance entre pays.

Ne pas faire l'aumône

«L'Union européenne s'est construite essentiellement dans une logique fonctionnaliste et technique: il s'agissait de créer un marché unique pour simplifier les échanges. L'introduction de l'euro répond à cette logique. La crise de l'euro montre la nécessité de passer à l'étape suivante pour pallier les différentiels de potentiel économique», explique Nils Soguel.

Selon lui, un vrai dispositif automatique et mécanique entre pays les plus pauvres et les plus riches devrait être mis en place, à l'image de la péréquation financière entre cantons en Suisse.

Actuellement, les dirigeants européens «n'ont cessé de se réunir, notamment au sein de l'Eurogroupe, afin de décider politiquement de faire ou non l'aumône à la Grèce, en attendant de la faire à un autre pays. Ce n'est pas une situation viable», précise le professeur.

Mais avant qu'une péréquation européenne se mette en place, des ajustements structurels sont nécessaires. Par exemple, les Allemands qui sont les principaux bailleurs de fonds grecs, exigent des réformes en Grèce, afin d'avoir l'impression que tous tirent à la même corde.

Une des réformes importantes, celle des retraites, est en marche en Grèce. «Les Grecs doivent se rendre compte que leur régime de retraites n'est pas soutenable à terme et équitable par rapport à celui d'autres pays européens», explique Nils Soguel.

Une réforme fiscale est également nécessaire dans ce pays où «culturellement, du fait des dominations successives, ne pas payer l'impôt est une forme de résistance à l'oppresseur et aux familles dominantes», observe Nils Soguel. Quand la morale fiscale est basse et que le système centralisateur fait que le citoyen se sent loin de l'Etat, l'impôt direct n'est guère efficace.

L'imposition indirecte l'est davantage. «La TVA en est l'illustration puisqu'elle incite les entreprises à passer de l'économie souterraine à une économie documentée», précise Nils Soguel. L'économie souterraine est en effet, avec la corruption et le manque de productivité un des fléaux dont souffre la Grèce.

Plus de transparence nécessaire

Nils Soguel a passé en novembre deux semaines en Grèce où il a notamment donné deux conférences sur les développements de la comptabilité publique en Suisse à l'Athens University of Business and Economics. Le professeur, qui préside le Conseil suisse de présentation des comptes publics, trouve piquant que la troïka (BCE,UE, FMI) ait recentré les enjeux des comptes publics de l'Etat grec sur les flux de «caisse».

Selon lui, cela montre la domination des créanciers. Paradoxalement, avant la crise, le gouvernement grec avait fait «des efforts louables pour développer une comptabilité publique moderne qui permette notamment de connaître le coût des prestations publiques». Cet objectif a été rétrogradé, privant le gouvernement des bases nécessaires permettant d'améliorer l'efficacité.

Par exemple, les collectivités locales n«ont aucune idée de ce que coûte l'approvisionnement en eau ou de la gestion des déchets, déplore Nils Soguel. «Le gouvernement est ainsi privé d«un moyen de contrôle et de transparence», note le professeur. «Cela est regrettable dans un pays qui doit absolument se moderniser et se préoccuper de sa productivité». (ats/nxp)

Créé: 23.12.2015, 09h58

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