Ren Jianxin, nouveau roi mondial de l’agrochimie

Industrie chimiquePatron du géant ChemChina, il rêve d’avaler le groupe bâlois Syngenta. Portrait d’un chef décomplexé.

Ren Jianxin, PDG d’un colosse de 140 000 employés.

Ren Jianxin, PDG d’un colosse de 140 000 employés. Image: MICHAEL BUHOLZER/AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Sur son nez, de fines petites lunettes. À ses poignets, d’élégants boutons de manchette. Il lui arrive également de se présenter sans cravate, col de chemise ouvert. Ceux qui ont eu le privilège de rencontrer Ren Jianxin, qui a mis 43 milliards de francs sur la table pour posséder Syngenta, champion suisse des semences et des herbicides, le décrivent comme un patron atypique. Un chef très différent – dans son style vestimentaire comme dans ses techniques de management – des autres hauts dirigeants, plutôt lisses, à la tête des sociétés d’Etat chinoises.

Ren Jianxin, 58 ans, est le PDG d’un colosse de 140 000 employés. Son empire, ChemChina, est la plus grosse entreprise chimique de Chine, avec un chiffre d’affaires de 45 milliards de dollars en 2015 (environ 45 milliards de francs). Le groupe, fondé en 2004 et domicilié à Pékin, est présent dans six domaines d’activité, allant des produits chimiques à la fabrication de pneus automobiles, du raffinage du pétrole aux fertilisants pour l’agriculture. Mais ChemChina est surtout l’une des «SOE» chinoises (state-owned enterprises, appartenant de facto au gouvernement chinois) les plus actives à l’international.

L’entreprise agrochimique de Bâle est sa septième acquisition en Europe, la plus grosse jamais réalisée par une société chinoise à l’étranger. «Je n’aime pas parler «d’acquisitions», cela sonne trop agressif. Je préfère appeler ça des ‘investissements’» a corrigé, en bon diplomate, ce membre éminent du Parti communiste chinois (PCC) dans un entretien récent au Financial Times.

La particularité de Ren Jianxin tient aussi à ses origines. L’homme, marié et déjà grand-père, naît en 1958 au Gansu, province pauvre et aride du nord-ouest de la Chine. D’abord envoyé à la campagne pendant la Révolution culturelle (1966-1976), il commence sa carrière en 1975 sur un poste très politique: secrétaire de la Ligue de la jeunesse communiste, le mouvement de jeunesse du PCC, au sein d’un organisme étatique de recherche de sa province natale. En 1984, comme d’autres officiels de l’époque qui «sautent dans la mer» de l’entreprenariat privé (xia hai, selon l’expression consacrée en mandarin) le jeune Ren monte ensuite sa propre affaire. L’histoire officielle dit qu’il aurait contracté un prêt de 10 000 yuans (environ 1500 francs au taux de change actuel) auprès de son ancien employeur pour lancer, avec sept autres associés, sa première société, Bluestar, spécialisée dans le nettoyage industriel. Au cours des années 90, Ren Jianxin rachètera une centaine d’entreprises chimiques moribondes qu’il remettra sur pied et rassemblera sous la houlette de Bluestar, puis de ChemChina. Cet entrepreneur proche du pouvoir est également l’un des quelque 3000 délégués de l’Assemblée nationale populaire (ANP), la chambre d’enregistrement du régime chinois qui a récemment adopté le 13e plan quinquennal du pays.


L’offre ne suscite aucun intérêt!

Bizarre. Alors que l’offre publique d’acquisition du géant ChemChina a débuté le 23 mars, le titre Syngenta ressemble à un électrocardiogramme plat. Il bouge à peine autour de la barre de 400 francs. Pourtant, le 3 février 2016, ChemChina a offert d’avaler le groupe bâlois pour un prix de 465 dollars l’action (environ 465 francs). Normalement, dans des opérations similaires, la Bourse s’aligne rapidement sur le prix offert! Sauf si des actionnaires (Syngenta en regroupe 60 000, ce qui est énorme) réclament à hauts cris un meilleur prix, ce qui n’est – pas encore – le cas. Cette question sera-t-elle abordée le 26 avril prochain, au moment de la prochaine assemblée générale de Syngenta, prévue à la St Jakobshalle de Bâle? Sans doute. D’ici là, les dirigeants de ChemChina et de Syngenta vont faire patte de velours. Car l’opération est sensible. Elle est notamment suivie avec beaucoup d’attention à Monthey, où Syngenta occupe 900 personnes dans ce qui est son plus grand site de production mondial. R. R.

Créé: 01.04.2016, 20h30

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Articles en relation

Qui est ce Chinois qui achète Syngenta

Transaction colossale Patron du géant ChemChina, Ren Jianxin est en train d'acquérir le groupe bâlois pour 43 milliards de francs. Plus...

«La main-mise de la Chine sur Syngenta est un danger»

Réactions politiques Des conseillers nationaux nourrissent des inquiétudes pour l'emploi et le respect de la société civile après la reprise du fleuron suisse Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 septembre 2019
(Image: Valott?) Plus...