Le retour de l’Iran fait plonger les cours du brut

PétroleDes entreprises suisses se tiennent prêtes pour profiter d’une nouvelle ère économique dans l’Etat perse.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dès samedi tout paraissait réglé comme du papier à musique pour le marché de l’or noir. Ce jour-là, l’accord international sur le programme nucléaire iranien est entré en force. Washington et Bruxelles ont donc annoncé la levée des sanctions contre Téhéran. Puis, après cette étape cruciale, l’Iran a confirmé lundi ses ambitions de producteur de pétrole. Les marchés avaient bien sûr anticipé ses intentions d’augmentation.

Les corbeilles nous ont néanmoins réservé une belle surprise. Lundi, à l’aube, les cours du Brent (le brut de la mer du Nord), coté à Londres, et du WTI (West Texas Intermediate), coté à New York, sont passés en dessous de 30 dollars. Respectivement jusqu’à 27,67 dollars (28,47 à la clôture) et 28,36 dollars le baril. Du jamais vu depuis 2003.

En dépit de vives tensions internes, l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) s’est exprimée sur un ton relativement optimiste dans son rapport mensuel présenté hier à Vienne.

OPEP menacée

L’institution, fondée en 1960 (notamment à l’initiative du shah d’Iran), prévoit ainsi «un rééquilibrage du marché». Ses dirigeants estiment ainsi que la baisse des prix, qu’ils ont eux-mêmes favorisée, devrait peser sur la production des Etats n’appartenant pas au cartel des exportateurs. Cette tendance tendrait dès lors à atténuer la dimension de l’excédent mondial.

Directeur de la recherche à la banque genevoise Bordier & Cie, Frédéric Potelle prévoit lui-même un effet de balancier: d’un côté le recul attendu de la production états-unienne (moins 400 000 barils par jour par rapport au pic actuel), de l’autre l’intention de Téhéran de passer de 2,8 à 3,3 millions de barils par jour d’ici à la fin janvier, puis à 3,8 millions par jour d’ici à six mois.

«C’est intégré à l’équation d’offre-demande globale laissant penser que le rééquilibrage interviendra en fin d’année», précise Frédéric Potelle. Nazim Zouiouech, directeur général de la Sonatrach (société appartenant à l’Etat algérien et responsable de la branche des hydrocarbures) en 1999 et 2000, voit les choses tout autrement: «Les cours du pétrole vont continuer à chuter. Je ne vois pas comment un rééquilibrage du marché serait possible au deuxième semestre.»

Frédéric Potelle évoque en plus un danger pesant sur la pérennité de l’OPEP: «Les risques d’implosion de cette organisation ne sont pas nuls et découlent de la guerre des prix engagée de manière relativement unilatérale par l’Arabie saoudite, fin 2014.»

L’analyste financier rappelle que des membres, à l’instar du Nigeria et du Venezuela, ont récemment tenté de fédérer un contre-pouvoir interne. En vain. «Ces Etats, comme la Russie, présentent deux différences majeures par rapport aux pays du Golfe: leurs coûts de production sont plus élevés et ils étaient dans une situation financière déjà difficile avant l’effondrement des cours. La baisse des revenus pétroliers y fait donc plus mal, pour l’instant, qu’en Arabie saoudite. Les coupes budgétaires qui en découlent pourraient bien entraîner certains désordres, sociaux d’abord – comme on le voit en Algérie –, civils ensuite», prévient Frédéric Potelle.

Affluence au portillon

Nombre d’entreprises suisses espèrent néanmoins nouer ou recouvrer au plus vite d’excellentes relations avec des partenaires iraniens. «Il y a de grands besoins d’adaptation dans les infrastructures ferroviaires et routières», relève Ivo Zimmermann, porte-parole de l’association faîtière de l’industrie des machines, Swissmem.

Stefan Meyer, analyste au sein de la recherche d’UBS, reste néanmoins prudent: «Jusqu’à maintenant l’Iran ne constituait pas un marché important pour la plupart des firmes suisses. Les nouvelles possibilités dans ce pays leur offrent certes de nouvelles perspectives, mais sans que celles-ci me paraissent immédiates.»

Créé: 19.01.2016, 07h46

Articles en relation

L'Iran risque de plomber le marché du pétrole

Accord iranien La levée des sanctions pesant sur l'Iran aura un impact sur les échanges de pétrole. Plus...

Les Bourses du Golfe plombées par l'Iran et le pétrole

Marchés Les places financières des monarchies pétrolières du Golfe ont fortement chuté dimanche. Plus...

L'Iran augmente sa production pétrolière

Or noir Le ministère iranien du pétrole a ordonné l'augmentation de la production pétrolière du pays de 500'000 barils par jour. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 8

Paru le 26 février 2020
(Image: Bénédicte) Plus...