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Les robots, une menace pour les personnes handicapées?

Ces employés ont développé des compétences professionnelles très spécifiques pour faire face à ce risque.

Alain Kolly, directeur général des Etablissements publics pour l'intégration, se veut vigilant face au risque de robotisation.
Alain Kolly, directeur général des Etablissements publics pour l'intégration, se veut vigilant face au risque de robotisation.
Pierre Albouy

Son handicap ne l’empêche pas d’être actif! «Même si, en tant que personne avec un handicap, on fonctionne différemment, on arrive à travailler et à faire comme tout le monde», estime Marc, collaborateur en emploi adapté - selon l’appellation consacrée - aux Etablissements publics pour l’intégration (EPI). Cette institution emploie 450 personnes handicapées ou en difficulté d’insertion.

Or, leurs activités demandent souvent des compétences répétitives semblables aux qualités des robots. Ceux-ci constituent-ils pour autant une menace pour ces travailleurs?

Anticipation du danger

A l’heure actuelle, il est difficile de connaître avec certitude l’impact de l’automatisation sur le monde professionnel en général. Et pas davantage sur «les 1600 places d’ateliers de jour réparties dans les 15 institutions dédiées au handicap», précise Laurent Paoliello, secrétaire général adjoint chargé de la communication au Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé. Mais Alain Kolly, directeur général des EPI, anticipe ce danger qu’il ne prend pas à la légère. «Certains procédés ont déjà été automatisés pour améliorer notre rendement économique, car nous disposons de vrais jobs rémunérés, sous contrat, avec de vrais clients exigeants, relève Denis Schmitt, chef de service des Ateliers. Tout en intégrant cette intelligence artificielle, notre personnel a toutefois développé des compétences professionnelles très spécifiques.» Un contre-pied aux risques de la robotisation, se félicite le cadre: «Les EPI ont la prétention de penser qu’aucun robot ne pourra remplacer ces emplois pendant plusieurs années. Au-delà de l’aspect manuel, ils nécessitent une grande réflexion humaine.» Elle aussi concernée, la Fondation Clair Bois partage cet avis (lire ci-contre)

Grande variété de métiers

Les EPI sont armés pour résister, affirme Alain Kolly: «Si l’une de nos activités se voyait menacée par un robot, nous pourrions compter sur notre grande variété de métiers pour y faire face. La monoproduction représente un vrai risque.» Pas moins d’une quarantaine de professions sont ainsi proposées aux EPI. Dans le commerce, l’artisanat, la restauration, la mécanique et la blanchisserie notamment, mais on trouve également des serruriers, des jardiniers, et… même bientôt des cinéphiles qui s’apprêtent à prendre les commandes du Cinoche, le dernier vidéo club genevois!

Sans oublier des menuisiers fort performants, constate Denis Schmitt: «Ils ont même inventé un prototype de table pliante». Les collaborateurs des EPI sont aussi à l’aise «dans la numérisation des archives d’un important joaillier de la place, qui souhaite enrichir son musée, et dans la confection des herbiers du Conservatoire et des Jardins botaniques de la Ville de Genève, ajoute Frédéric Métral, chef des secteurs publipostage et conditionnement. Ici, on monte entre 10 000 et 15 000 herbiers par an. Une vraie valeur scientifique valorisante et reconnue. Et puis un négociant en vin et alcool ambitionne qu’on mette en valeur ses coupures de presse.»

Lors de notre récente visite dans l’atelier de publipostage et de conditionnement, sis au 105 route des Jeunes, une petite équipe d’employés enthousiastes emballaient divers produits, avant que d’autres ne les mettent sous pli. «J’adore mon travail», déclare Eric, 54 ans, en plein montage de boîtes en carton destinées à expédier des prélèvements médicaux. Le handicap de ce «timide» quinquagénaire, comme il se décrit, ne le prive pas d’être actif à 90%. Et efficace! Avec ses collègues, ils ont concocté 500 cartons en une après-midi. «La bonne ambiance nous stimule, lâche Philippe, 44 ans, même si on s’échauffe parfois comme partout ailleurs. Mais on peut compter sur nos encadrants qui trouvent toujours des solutions.»

Intégration en priorité

Quatre conditions sont requises pour travailler dans les ateliers des EPI, informe Sophie Bernard, responsable de la communication: avoir entre 18 et 65 ans, être au bénéfice d’une rente AI (complète ou partielle), être domicilié sur le canton et pouvoir travailler au minimum 12 heures par semaine. «L’intégration prime sur le profit», indique Laurence Vaucher, cheffe de service des Admissions et pratiques socioprofessionnelles: «Nos emplois sont ainsi adaptés aux différents publics-cibles accompagnés par l’institution; 60% des postes de travail sont occupés par des personnes souffrant de troubles psychiques, 30-35% par des personnes avec déficience intellectuelle, le reste pour des troubles associés.» Soumis à chaque usager, un projet personnalisé propose un environnement offrant des facilitateurs qui permettent l’expression des capacités de la personne et limitent les obstacles.

Autre avantage de poids: ce projet intégrateur favorise la participation sociale. «Cela permet à l’employé d’être un acteur et de sentir qu’il fait partie de la communauté», note Jacques Rougé, ancien cadre de Clair Bois, qui travaille aujourd’hui comme consultant en placement de personnel. L’objectif consiste à ne pas sortir ces professionnels de leur champ de compétences, poursuit-il: «Ils sont les champions du travail millimétré, qui exige beaucoup de précision. Raison pour laquelle on les utilise notamment dans le travail à la chaîne; ils ne sont pas du tout malheureux dans cet univers-là! On valorise leurs forces et leurs lacunes pour leur bien-être au final.»

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