Les robots vont pulluler grâce à la révolution digitale

TechnologieLes révolutions digitales ne vont épargner aucun secteur de l’économie. Pour le meilleur?

A Kunshan, près de Shanghai, un restaurant utilise des machines

A Kunshan, près de Shanghai, un restaurant utilise des machines Image: GETTY

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Le Tyrannosaurus rex avance son énorme tête. Ses crocs dépassent de sa bouche. Son œil jaune m’observe, comme dans Jurassic Park. Soudain, il ouvre sa gueule. Il va me dévorer! Non, il saute par-dessus mon corps et s’éloigne. Ouf… Je respire et ôte mon casque. L’expert d’Oculus – société californienne rachetée il y a bientôt trois ans pour deux milliards de dollars par Facebook – le prend et sourit. La réalité virtuelle, tout comme les robots, la voiture autonome, la montre connectée, la maison intelligente, les achats sur Internet, la reconnaissance faciale ou vocale, parmi d’autres, représente l’une des nombreuses facettes de la révolution digitale qui s’accélère de manière stupéfiante depuis quelques années. Cette animation était proposée, lors du dernier Forum de Davos (WEF), à l’invitation de Facebook qui s’est offert un pavillon à proximité du Centre de Congrès.

Peu de secteurs économiques échappent à la manière de s’adapter à ces nouvelles technologies. «La transformation digitale est la seule priorité de ma compagnie, et ce sera la seule dans les vingt ans qui viennent», a lâché Steve Bolze, CEO de GE Power, dans le cadre d’un des nombreux séminaires consacrés à ce thème, a Davos. «La technologie doit profiter à tout le monde!» a lancé pour sa part, dans une autre session, Ruth Porat, directrice financière d’Alphabet/Google. Selon une enquête du consultant Accenture, portant sur un échantillon de 5400 dirigeants d’entreprises, près de huit patrons sur dix pensent que l’intelligence artificielle jouera un rôle important dans les développements technologiques de leur société. Mieux: 85% de ces responsables annoncent des investissements massifs dans ce domaine d’ici à 2020.

De quoi faire froid dans le dos de nombreux ingénieurs, qui représentent pourtant la profession la plus en pointe pour aborder cette révolution. Dans un récent rapport, l’Université d’Oxford a indiqué que 47% des emplois pourraient être automatisés aux Etats-Unis dans les années qui viennent. Sur cette base, le consultant Deloitte a estimé que 48% des postes de travail risquent aussi de passer à la trappe en Suisse. Aucun expert ne se hasarde cependant à fournir des dates précises. Et des études sont moins alarmistes. Dans son rapport sur l’économie digitale diffusé en janvier, le Conseil fédéral cite une étude faisant état de 15% de postes de travail menacés en Allemagne, et une autre évoquant 9% d’emplois sous pression au sein des pays de l’OCDE.

Les robots débarquent

Epais de 177 pages, le rapport du Conseil fédéral a trait aux «conditions-cadres pour l’économie numérique». L’intitulé de ce document résume à lui seul l’état d’esprit du gouvernement suisse face à l’irruption de ces technologies: pas d’intervention directe, de plan d’urgence, de «stratégie» spéciale. L’Etat se contente, comme pour les autres branches de l’économie, d’assurer des conditions-cadres (fiscalité attractive, aménagement du territoire, promotion, formation, concurrence, etc.) Pour le reste, il s’en remet à l’énergie – ou au manque d’énergie – des chefs d’entreprise.

Selon ce rapport, les sociétés helvétiques sont d’ailleurs à la pointe en matière d’investissements informatiques. La Suisse caracolait en tête en 2013, en y consacrant presque 4% de son Produit intérieur brut (lire notre graphique). Les Suisses n’ont pas à rougir non plus en termes d’utilisation d’Internet dans les interactions avec les administrations, même si les nations scandinaves ou les Pays-Bas les supplantent.

Chaque semaine, une firme technologique, en particulier aux Etats-Unis et au Japon, présente les nouvelles applications de robots domestiques qui ont de plus en plus l’apparence d’êtres humains. Trois millions de personnes peuvent déjà compter sur les services d’Alexa, un assistant vocal développé par Amazon qui peut fournir des informations utiles (météo, état du trafic…), gérer la sécurité de la maison ou diffuser de la musique. Les précédentes révolutions technologiques – mécanisation, électrification et automatisation – ont consisté surtout à remplacer la main-d’œuvre manuelle. Avec la révolution 4.0, estiment les experts de la Confédération, «des systèmes informatiques performants sont capables de prendre en charge des tâches de plus en plus complexes et même des activités cognitives». Parallèlement au développement des machines, l’intelligence artificielle va naturellement déboucher sur de nombreuses applications dans le domaine de la santé, et en particulier dans le fonctionnement du corps humain (cerveau, vue, ouïe, muscles, etc.).

Le canal des réseaux sociaux

D’abord introduits dans l’industrie, les robots vont pulluler un peu partout. Même des métiers très manuels sont concernés, à l’exemple des cuisiniers, des garagistes ou même des serveuses. Mais ces machines coûtent encore très cher, et leur entretien est aussi onéreux. Les années qui viennent seront avant tout celles de l’expérimentation et de l’évaluation quant à la rentabilité liée à l’introduction de ces technologies. Tout comme les révolutions politiques, la révolution digitale prendra du temps. Les firmes qui la soutiennent brûleront encore beaucoup de fonds propres. Et des secousses financières ne sont pas exclues, à l’image de l’éclatement de la bulle Internet, en 2000. Mais ces transformations ont désormais leurs champions, solidement installés dans les marchés grâce à l’explosion des réseaux sociaux. Gary Coombe, patron de Procter & Gamble (fabricant des marques Pampers, Gillette, Ariel, etc.) pour l’Europe, confiait la semaine dernière dans ces colonnes: «Désormais, nous investissons dans les médias digitaux pour la mise sur le marché et approchons les consommateurs via Facebook, Google, Amazon et d’autres.» Depuis la maison ou le bureau, il suffit de cliquer sur de petits appareils pour se réapprovisionner en couches-culottes, en denrées ou en aliments pour animaux de compagnie. La technologie des imprimantes 3D est aussi promise à un fort développement. En 2015, ce marché a pesé environ 5 milliards de francs, selon un rapport de Wohlers Associates relayé par Credit Suisse. Dans dix ans, il pourrait être cent fois plus élevé.

Quand la finance s’en mêle

Les technologies financières (fintechs) sont aussi en train de bouleverser le monde de la finance, aussi confronté à un défi majeur: prouver son utilité! Aujourd’hui, les banques ainsi que bon nombre d’intermédiaires financiers gagnent leur vie en grande partie grâce aux commissions qu’ils perçoivent pour rendre des services, ou à la différence entre l’intérêt débiteur et l’intérêt créditeur. Mais de nombreux nouveaux acteurs font irruption dans ces marchés juteux.

En marge du Forum de Davos, la société Integral Petroleum a organisé une session cosmopolite consacrée à la question de savoir qui allait dominer le monde de la finance. «Je n’ai pas de boule de cristal. Ce qui est sûr, c’est que le modèle classique de la finance est mort. Nous devons intégrer l’arrivée de nouveaux joueurs comme Apple ou Google», a souligné l’un des participants, le financier zurichois Adriano Lucatelli. Le débat s’est ensuite enlisé dans un jargon pour érudits. Jusqu’au moment où le Zurichois a sans doute prononcé la phrase la plus claire de tout leur sabir. Se tournant vers la baie vitrée donnant sur la rue Promenade empruntée par des passants, il a lâché: «Le groupe qui dominera le monde de la finance devra surtout savoir s’adresser de manière simple à l’homme de la rue.»

Décidée à soutenir l’émergence de ces fintechs, la Suisse concocte de son côté une réglementation ad hoc. Les sociétés dont les dépôts ne dépassent pas 100 millions de francs pourraient bénéficier de conditions moins strictes que celles qui pèsent sur les banques.

Promesses et dangers

La révolution digitale, c’est beaucoup de promesses et quelques dangers. Des garde-fous devront être mis en place. Au WEF, Jack Ma, fondateur du groupe chinois Alibaba, a plaidé pour la création d’une EWPT (Electronic World Trade Platform) qui serait placée sous les auspices des milieux économiques, en complément aux activités de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Les règles de cette nouvelle société digitale seraient discutées, puis approuvées par les Etats. Le débat est lancé, même si l’entrepreneur chinois omet d’évoquer un partenaire incontournable: la société civile, ces développements technologiques concernant l’ensemble des habitants de la planète. Le «Grand Soir technologique» peut déboucher sur des rêves de monde idéal. Ou sur des cauchemars. A côté des prédictions du consultant Accenture, qui promet qu’un robot pourra dans dix ans espionner les collaborateurs d’une entreprise 24 heures sur 24, sept jours sur sept et 365 jours par an, le Tyrannosaurus rex de la société Oculus fait figure de gentil caniche.

Créé: 07.02.2017, 08h52

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