«En un siècle et demi, Nestlé n’a jamais oublié ses racines»

EconomieLa multinationale inaugurait ce jeudi «Nest», lieu public interactif qui célèbre son histoire. Rencontre avec Peter Brabeck, son président.

Peter Brabeck, président de Nestlé, inaugure le «Nest».

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Des poutres métalliques soigneusement préservées, des pans de murs qui ont vu Henri Nestlé s’atteler à sa formule initiale de farine lactée, le tout dans un écrin ultramoderne sous une verrière spectaculaire: «Nest» a accueilli ce jeudi en grande pompe ses premiers visiteurs, une brassée d’officiels en tête desquels Johann Schneider-Ammann, président de la Confédération. Dans quinze jours, ce lieu interactif où Nestlé écrit son histoire s’ouvrira au public.

Catherine Saurais, directrice de Nest, a souligné la symbolique de l’endroit, ce «passage de la Guinguette» où tout a commencé, et la mesure du projet, porté depuis quatre ans par quelque 500 personnes. L’investissement total se monte à 50 millions de francs. Nest, c’est «une fabrique d’émotions, de souvenirs, de connaissances ouvertes sur le futur», avance sa directrice.

Pour Peter Brabeck-Letmathe, 71 ans dont presque 50 au sein de la multinationale, l’événement revêt une importance particulière. «Ce projet était un rêve», confesse le président de Nestlé, qui quittera son poste l’an prochain après vingt années passées à la tête du numéro un mondial de l’alimentation. Dans son discours, l’Autrichien n’a pas manqué de relever un paradoxe qu’il ressent comme une injustice: «Ironie, c’est ici, spécialement en Suisse romande, berceau de Nestlé, dans le pays où nous créons le plus de valeur ajoutée, que l’on nous perçoit parfois comme une entité froide, distante et opaque. Avec Nest, nous voulons montrer le vrai visage de Nestlé, une entreprise chaleureuse, tournée vers les familles (…) qui se sentiront ici presque à la maison.»

«Nest, c’est une fabrique d’émotions, de souvenirs, de connaissances ouvertes sur le futur»

Administrateur-délégué du groupe, Paul Bulcke répète la mission de l’entreprise, depuis ses origines: améliorer les conditions d’alimentation dans le monde, à travers «le savoir, la science, la recherche et le développement». Après tout, Henri Nestlé voulait d’abord trouver une solution qui combatte la mortalité infantile élevée qui frappait son époque de révolution industrielle. Nest décline, avec force technologies numériques, l’évolution de cette idée au fil des décennies, et la manière dont la multinationale l’interprète aujourd’hui.

Des valeurs à l’épreuve du temps

Un rôle et une puissance économique qui ont attiré sur Nestlé de nombreuses critiques. Peter Brabeck y répond implicitement dans son allocution: «Nous avons mis nos valeurs à l’épreuve du temps, qui révèle l’essentiel. Nest, c’est un cadeau à la communauté de notre lieu de naissance.»

En aparté, Peter Brabeck revient sur ce lien: «Nest n’est pas un simple hommage à l’histoire de Nestlé; c’est le symbole d’une symbiose entre l’entreprise et son pays d’origine. Nous avons développé une vision globale, mais nous n’avons jamais oublié nos racines. Nos valeurs d’antan sont toujours valables. Tous les employés de Nestlé s’y plient. Nous respectons tous les points de vue, mais si quelqu’un n’endosse pas nos valeurs (respect, tolérance, éthique de travail), nous lui disons franchement qu’il vaut mieux ne pas travailler chez nous.»

En cinq décennies, l’actuel président n’a vu que peu de changements dans la très forte culture d’entreprise de Nestlé. «L’obéissance au sens de sa perception ancienne n’existe plus, elle a fait place à la responsabilité.»

Dans ce contexte immuable, face à un succès établi et une importance mondiale (un seul chiffre, pour exemple: 335 000 employés!), le risque existe-t-il de se reposer sur ses lauriers? «Ma première tâche, comme celle de M. Bulcke, est de lutter contre l’autocomplaisance, tranche Peter Brabeck. Mais le monde d’aujourd’hui vous réveille à chaque minute, il évolue à une telle vitesse! Ce qui a fait notre réussite dans le passé ne fera pas celle de notre avenir. Je suis un optimiste de nature, je vois chaque jour davantage d’opportunités que de problèmes. C’est cette vitalité que nous devons soigner.»

Créé: 02.06.2016, 19h30

A Vevey, le miracle économique se reproduit

«L’investissement de Nestlé à Vevey consolide sa présence dans le Canton, dope l’économie cantonale et renforce l’identité suisse et vaudoise en particulier.» Aux yeux de la conseillère d’Etat Nuria Gorrite, l’inauguration, hier, du Nest, constitue le point d’orgue d’une série de réalisations, après la rénovation de l’Alimentarium et la création du Musée Chaplin, qui donne un coup de fouet à la Riviera, et par extension au Canton. La journée a réuni 400 invités sur les fondations historiques de Nestlé.

Pour le syndic Laurent Ballif, les 150 ans de la firme apparaissent comme un marqueur-clé de l’histoire veveysanne. Sur les lieux même où, il y a un siècle et demi, Henri Nestlé a inventé sa farine lactée, il rappelle que, simultanément, et dans la même rue, la compagnie du Gaz et les ateliers mécaniques voyaient le jour. Vevey est alors vite devenue la ville vaudoise la plus industrielle, alimentant la moitié du canton en gaz et toute la Suisse en cigare. La ville a étendu sa notoriété dans le monde entier pour ses turbines hydrauliques, ses locomotives et, surtout, grâce à Nestlé. «Mais la société Nestlé est née de Vevey et pas l’inverse», corrige malicieusement l’élu.

Reste que le miracle économique veveysan est en train de se reproduire, en grande partie grâce aux 200 millions de francs investis par la multinationale sur la Riviera. La création du Nest - le cadeau de Nestlé à la Ville, Peter Brabeck dixit - et la rénovation de l’Alimentarium y contribuent déjà: «Nous percevons un grand intérêt international et national pour ces deux sites, confie Andreas Banholzer, directeur de l’Office du tourisme vaudois. Ils nous ont déjà valu un article dans la renommée rubrique du New York Times sur les destinations touristiques à ne pas manquer.» Et la curiosité des médias pour ces réalisations ne semble pas s’arrêter. Hier, une centaine de journalistes ont apprécié l’architecture du Nest, entre histoire et modernité, de même que les outils technologiques dernier cri qu’il propose. Parmi eux, plus de vingt sont venus de Chine, où Nestlé possède 25 usines. «Les Chinois sont très intéressés par l’histoire et la trajectoire de cette multinationale», assure Zhao Yi, rédacteur en chef œuvrant pour Xinhua News, sans doute la plus grande agence de presse du monde. «Cela devrait bien nous attirer quelques visiteurs pour le Nest et l’Alimentarium», sourit, Rudolf Ramsauer, président du conseil de fondation de l’Alimentarium. Patron de l’Hôtel Astra voisin, Christophe Ming, pour sa part ressent déjà l’effet Nest: «Les premières réservations sont là!» Claude Béda

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