«Notre siège lausannois conserve tout son sens»

Groupe KudelskiAndré Kudelski détaille les raisons qui l’ont poussé à ouvrir un second siège aux Etats-Unis. Interview

«Dans un monde qui évolue aujourd’hui aussi rapidement, il devenait indispensable de se rapprocher d’un marché aussi important pour nous que l’est celui des Etats-Unis», déclarait hier André Kudelski, patron du groupe éponyme.

«Dans un monde qui évolue aujourd’hui aussi rapidement, il devenait indispensable de se rapprocher d’un marché aussi important pour nous que l’est celui des Etats-Unis», déclarait hier André Kudelski, patron du groupe éponyme. Image: ODILE MEYLAN

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Ce jeudi en fin de journée, le groupe Kudelski annonçait la création d’un second siège à Phoenix aux Etats-Unis. Son patron, André Kudelski revient sur les choix qui l’ont poussé à prendre une telle décision et sur l’avenir de son site lausannois. Interview.

Pour quelles raisons avez-vous ouvert ce siège?

Dans un monde qui évolue aujourd’hui aussi rapidement, il devenait indispensable de se rapprocher d’un marché aussi important pour nous que l’est celui des Etats-Unis.

Que représente le marché américain pour votre groupe?

Dans le cadre de notre activité principale, nous réalisons 40% de notre chiffre d’affaires aux Etats-Unis et 67% de nos revenus mondiaux sont en dollars. Mais c’est surtout en Amérique que tout se passe, notamment dans le domaine de la cyber-sécurité.

Pourtant en Suisse comme dans le reste de l’Europe, la cyber-sécurité y est également un thème majeur…

C’est vrai. On en parle presque autant en Europe qu’aux Etats-Unis. Mais lorsqu’il s’agit d’investir, nous sommes clairement à la traîne. On parle d’investissements mondiaux à hauteur de 200 milliards par an pour la cyber-sécurité d’ici 2020. Plus de la moitié de ce montant sera dépensée aux Etats-Unis.

Allez-vous reporter vos résultats en dollars et non plus en francs suisses?

Dès 2017, nos résultats seront effectivement présentés en dollars.

Qu’en est-il de la question fiscale… A-t-elle du coup joué un rôle dans la création de ce second siège?

Non, nos décisions n’ont jamais été motivées par des raisons fiscales. D’ailleurs, l’essentiel de nos bénéfices est réalisé hors de Suisse. La question du franc fort a par contre clairement joué dans notre décision de se tourner vers le dollar et cela dans le but de réduire nos risques systémiques.

Concrètement quel sera l’impact de ce second siège sur celui de Cheseaux-sur-Lausanne et ses employés?

Dans l’immédiat, une quinzaine de personnes seront déplacées à Phoenix. Pour la suite, nous allons établir dans les mois à venir des plans concrets en impliquant les responsables des entités concernées. Nous comptons toutefois, non seulement conserver nos bâtiments du «Grand Cheseaux» dans son intégralité, mais aussi nos réserves foncières pour d’éventuelles futures extensions.

Pourtant l’avenir de votre groupe semble bien américain?

Non, nous tenons à conserver notre identité propre, qui intégrera à la fois les qualités suisses et américaines. C’est notre façon à nous de nous différencier de la concurrence. Dans cette logique, notre siège lausannois conserve tout son sens, puisqu’il est très compétitif en termes de recherche et développement (R&D), en particulier dans le domaine de la sécurité. Le Groupe Kudelski dépense par exemple chaque année quelque 200 millions de dollars en R&D, dont la plus grande partie à Cheseaux-sur-Lausanne.

N’est-ce toutefois pas un coup de poignard dans le dos des autorités vaudoises?

Je ne vois pas pourquoi. En tant qu’entreprise nous nous devons de prendre nos responsabilités pour assurer notre futur. Si les conditions-cadres se détériorent, nous devons prendre les mesures qui s’imposent. De son côté, le canton de Vaud fait ce qu’il peut – dans la limite de son pouvoir et de sa marge de manœuvre –, pour rester compétitif. Mais pour les questions qui comptent pour notre groupe, la marge de manœuvre du canton est très faible. Je ne vous cache pas que si la Confédération avait mis en place une vraie politique industrielle propre à notre secteur et similaire à celle des Américains, notre décision aurait peut-être été différente.

Pourquoi avoir choisi de vous installer à Phoenix, plutôt qu’à la Silicon Valley considérée comme le cœur américain pour tout ce qui est nouvelles technologies?

Nous voulions éviter de dupliquer ce que nous faisons déjà en Suisse. Plutôt que de suivre ce que d’autres ont fait, nous avons voulu garder un esprit pionnier en découvrant de nouveaux horizons et investir dans une région qui a justement une mentalité pionnière. De plus Phoenix est à moins de deux heures d’avion de nos principaux clients et partenaires américains.

Allez-vous déménager aux Etats-Unis?

Je vais clairement faire la navette entre nos deux sièges. Par contre aucune décision n’a encore été prise concernant mon possible déménagement aux Etats-Unis.

Créé: 02.06.2016, 18h47

Un choix stratégique qui devra encore convaincre!

D’un point de vue boursier, le titre n’a que peu réagi ce jeudi. Après un pic positif de près de 2,5% en début de cotation, l’action Kudelski clôturait finalement sur une petite hausse de 0,25% à 20,05 fr. Pourtant l’annonce faite par le groupe vaudois d’ouvrir un second siège aux Etats-Unis semble être plutôt bien accueillie par les analystes financiers. Jérôme Schupp, responsable de la recherche à la Banque Syz considère effectivement que «la volonté du groupe de se développer sur le marché américain de la cybersécurité se justifie au vu de son fort potentiel de croissance».

A cela s’ajoute la question du franc fort. «Il pèse fortement sur les marges du groupe», rappelle l’analyste financier qui assure comprendre cette réorientation comptable vers le dollar.

Etant donné qu’il est encore un peu tôt pour savoir si le choix du groupe vaudois portera ses fruits, les investisseurs restent encore prudents sur le titre. La Banque cantonale de Zurich notamment restait neutre. Le fait est que l’action a déjà bien rebondi ces derniers temps, passant de 12 à 20 fr.

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