La start-up Hydros rend les navires moins gourmands en énergie

Efficacité énergétiqueGrâce à son logiciel modélisant la surface de l’eau, la petite société est apte à réduire la consommation des paquebots de 5% à 30%.

Les ingénieurs d’Hydros ont développé un logiciel informatique capable de modéliser la surface de l’eau. Image: ODILE MEYLAN

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Pétroliers, porte-conteneurs, vraquiers, yachts et autres navires de plaisance, les océans et les mers de la planète sont chaque jour plus peuplés. «Rien que pour le transport maritime, les estimations actuelles oscillent entre 50 000 et 60 000 navires», explique Jérémie Lagarrigue, fondateur et directeur général d’Hydros Innovation SA.

Si, de manière globale, l’utilisation de paquebots reste moins polluante que les autres moyens de transport – avion et voitures en tête –, ils représentent toutefois la 5e source de pollution dans le monde, étant donné que 90% des marchandises sont expédiées par mer. «Or en redessinant la forme de la coque du bateau ou en lui installant de nouvelles hélices, il serait possible de réduire leur consommation de 5% à 30% pour les plus vieux navires», affirme Jérémie Lagarrigue.

Depuis 2012, le petit bureau d’études d’ingénieurs, installé à l’EPFL et comptant aujourd’hui 13 employés, s’attelle donc à augmenter autant que possible l’efficience énergétique des navires.

Les leçons de l’hydroptère

La force de la start-up est double. Son passé sportif, d’abord, joue en sa faveur. Sous le premier nom d’Hydroptère Suisse SA et la direction du skipper Alain Thébault, la société a développé en 2005 de nouveaux foils (sortes d’ailes sous-marines) pour son bateau «volant», l’hydroptère, qui détient depuis 2009 le record absolu de vitesse et a accompli l’exploit d’être plus rapide qu’une planche à voile ou encore un kitesurf. «Une véritable révolution pour le milieu maritime, où l’évolution des navires était jusqu’ici restée très marginale», assure Jérémie Lagarrigue en comparant par exemple la coque d’un vieux galion à celle d’un paquebot moderne à hélice.

Cette «fusée des mers» permet surtout à la société de comprendre comment maîtriser le phénomène de la cavitation hydrodynamique, soit l’apparition de bulles de vapeur changeant complètement le comportement de l’eau et détruisant les rendements des foils, de l’hélice ou encore de la pompe d’un navire. «Ce savoir-faire et cette technologie élaborés dans le cadre de la compétition sportive n’attendaient qu’à être répercutés dans des perspectives commerciales, explique son CEO. En tout cas, c’était la volonté de notre actionnaire (ndlr: le banquier Thierry Lombard) lorsqu’il m’a demandé, en 2012, de reprendre Hydroptère Suisse SA, rebaptisée Hydros Innovation SA.»

L’autre véritable atout de la start-up est qu’elle est parvenue à développer un simulateur informatique capable de modéliser la surface de l’eau. «Avec une partie immergée et une partie dans l’air, concevoir des modèles informatiques capables de prédire la performance dynamique des vagues sur un navire est très complexe», assure Jérémie Lagarrigue. En tout, il aura fallu près de trois ans de recherche et développement et plusieurs millions de francs pour proposer aux clients un logiciel DPP (prédiction de performance dynamique) abouti et, surtout, jusqu’à 20 fois plus rapide que ceux proposés actuellement sur le marché.

En quête de partenaires

Mais, malgré ces avantages concurrentiels, il n’est pas aisé de percer dans le milieu maritime. «C’est un monde très peu propice à la prise de risque», précise le patron d’Hydros. Le prix des carburants, en chute libre depuis plusieurs années, ne joue clairement pas en faveur du bureau d’ingénieurs, dont l’enjeu est de convaincre ses clients d’investir des sommes colossales pour réduire leur empreinte carbone.

La start-up d’Ecublens fait également face à des géants, à l’instar du groupe DNV GL, actif dans une centaine de pays et comptant pas moins de 15 000 employés. Ainsi, même si la partie étude a atteint le seuil de la rentabilité (pour 2,5 millions de chiffre d’affaires), Hydros est en quête d’un partenaire plus fort comme DNV GL ou la SGS, à Genève. Joint venture ou rachat pur, aucune forme de rapprochement n’est exclue par le directeur, pour autant qu’elle satisfasse toutes les parties.

D’ici à la fin de l’année, Jérémie Lagarrigue compte améliorer la visibilité d’Hydros en engageant un commercial. Il devrait aussi pouvoir compter sur la fondation éponyme, créée début 2015 avec l’objectif principal de découvrir des ingénieurs de talent, stimuler l’innovation et rendre les navires de demain toujours moins gourmands en énergie.

Créé: 06.12.2015, 20h56

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