Stefano Coduri: «Evitons surtout un rejet de Rubik en Suisse!»

Place financière Le PDG de la banque tessinoise BSI redoute davantage un échec de l’accord fiscal avec l’Allemagne en deçà du Rhin

Stefano Coduri, PDG de la banque tessinoise BSI.

Stefano Coduri, PDG de la banque tessinoise BSI. Image: dr

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Les banques helvétiques géreraient actuellement 2800 milliards de francs d’actifs appartenant à des clients étrangers, selon la Banque centrale européenne. Sur cette masse, environ 800 milliards appartiendraient à des contribuables d’Etats d’Europe occidentale et un quart de cette somme devrait être retiré des établissements suisses dans moins de quatre ans. Face à l’adversité, le PDG de la banque tessinoise BSI, Stefano Coduri, reste combatif. Et il avertit les électeurs suisses sur les risques en cas de rejet des accords fiscaux avec l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Autriche. Entretien.

- Tous les milieux financiers en parlent, Votre banque, spécialisée dans le private banking, est-elle à vendre ?

Je n’ai pas à répondre à cette question. Celle-ci doit être posée à notre actionnaire unique, le groupe d’assurance italien Generali. Son conseil d’administration vient d’ailleurs de confier une mission ambitieuse au nouveau président du directoire, Mario Greco : améliorer les performances de la firme de façon décisive. Un réel défi au regard de l’évolution des rendements et des réglementations.

-Confirmez-vous néanmoins que des mandats ont été confiés à JP Morgan et Mediobanca (principal actionnaire du groupe Generali) pour identifier des acquéreurs potentiels de BSI

Encore une question à poser au groupe Generali.

- Des observateurs estiment que BSI n’est pas un actif nécessaire pour Generali, d’autres que cette banque est une des divisions les plus rentables du groupe. Quelles est votre propre évaluation ?

Je n’ai pas de vision sur l’ensemble des activités de Generali. BSI réalise quoiqu’il en soit d’excellents résultats. Au premier semestre notre bénéfice net a progressé de près d’un tiers par rapport à la même période un an plus tôt. Notre masse sous gestion s’est accrue de 4,9%, à 81,5 milliards de francs, par rapport à la fin décembre. L’an dernier, la hausse de l’afflux net de capitaux a atteint 8,8%, à 6,7 milliards. Actuellement, notre croissance génère des profits et l’établissement s’avère bien capitalisé. Il est cependant prématuré d’articuler une prévision sur notre résultat net pour l’exercice en cours. Il reste encore plus de trois mois à tirer.

- Passons à quelques questions imposées par l’actualité ! La semaine dernière, le président de l’Association suisse des banquiers, Patrick Odier, s’est déclaré choqué par l’annonce d’une récompense de 104 millions de dollars accordés à Bradley Birkenfeld, ex-gestionnaire de fortune d’UBS, par l’administration américaine. Avez-vous éprouvé un sentiment similaire ?

Non, je n’ai pas l’habitude d’être choqué. Je préfère toutefois m’abstenir de commentaire, même si un élément doit retenir l’attention dans ce type d’affaires : des personnes, à priori présumées en règle, ont en effet été dénoncées. Le fardeau de la preuve n’incombait dès lors plus au fisc états-unien, mais aux clients de la banque. - N’avez-vous pas non plus été choqué que de grandes banques suisses, soupçonnées d’assistance à l’évasion fiscale, aient livré des milliers de noms de collaborateurs à la justice yankee ?

Je regrette que des banques suisses aient dû livrer des données sur leurs collaborateurs aux Etats-Unis.

- Revenons à l’opérationnel ! Vu les pressions incessantes des Etats-Unis et de Länder allemands, vous paraît-il encore profitable de lutter pour préserver des restes du secret bancaire ?

Le souci de ces pays est que leurs contribuables paient leurs impôts. Et cela ne me paraît pas en contradiction avec le secret bancaire helvétique. La Suisse propose en effet une solution (Rubik, ndlr) conciliant les intérêts fiscaux des états et ceux de la protection de la sphère privée, héritage de traditions libérales helvétiques. Et cette discrétion constitue un atout commercial même dans les pays où les impôts directs n’existent pas. - Avec ou sans Rubik, des Länder allemands promettent de persévérer dans l’achat de données volées dans des banques suisses. Ne craignez-vous pas que des agents du fisc italien s’y mettent aussi ?

Il est difficile de spéculer sur ce sujet. Il faudrait examiner les législations et les jurisprudences de chaque état afin d’évaluer les possibilités d’exploiter des données acquises ainsi. A notre connaissance, la justice italienne a déjà considérer de telles pratiques inadmissibles en abordant le cas « Falciani », cet informaticien ayant dérobé des renseignements chez son ex-employeur, la banque genevoise HSBC Private Bank (Suisse) SA. . - S’ils sont ratifiés, les coûts d’application des trois accords fiscaux bilatéraux déjà signés ne vous effraient-ils pas ? Ne préféreriez-vous pas la simplicité de l’échange automatique d’informations ?

Les coûts de mise en œuvre de ces accords ne remettraient pas en cause notre intérêt de servir et de démarcher la clientèle des pays concernés. Ils ne sauraient en outre modifier la stratégie d’une banque à vocation aussi internationale que BSI. Je ne suis en plus pas du tout sûr que l’échange automatique d’informations reviendrait moins cher. D’autant moins que les banques suisses sont déjà familières du prélèvement d’impôts à la source. - Le rejet de Rubik ne peut pas pour autant être exclu. Craignez-vous davantage l’échec de ce projet face aux électeurs suisses ou face aux représentants des Länder siégeant au Bundesrat ?

Quoi qu’il advienne, nous restons évidemment flexibles. Mais un rejet de ces accords fiscaux en Suisse provoquerait une situation pleine d’incertitudes. Un échec du côté allemand susciterait un débat interne en Allemagne. Les opposants acceptent-ils un autre accord avec une contrepartie ou refusent-ils tout accord ? Il est difficile d’évaluer l’impact d’une telle dialectique sur les affaires de la place financière helvétique. D’autant plus que le gouvernement d’Angela Merkel demeure résolument favorable à l’impôt libératoire anonyme, perçu à la source. - BSI est très présente en Asie et connaît bien le marché du plus grand continent. Singapour n’est-elle pas sur le point de récupérer une large part des clientèles traditionnelles des banques suisse ?

Nos clientèles traditionnelles rechercheront toujours de la proximité et des langues communes. Singapour n’est en outre pas prête de se profiler comme le récupérateur des fortunes non déclarées placées en Suisse. La compétition ne cesse en revanche de se durcir dans la conquête de clients d’ex-républiques soviétiques , grandes productrices de matières premières et d’hydrocarbures en particulier.

Créé: 19.09.2012, 18h34

Facts box

*Fondée en 1873 à Lugano, BSI (auparavant connue sous le nom de Banca della Svizzera Italiana) est une des plus ancienne banques helvétiques.
*Nombre d’employés dans le monde, près de 2000, en Suisse, 1255, dans le canton de Vaud, 20, et à Genève, 122.
*Bénéfice net au premier semestre: 42,6 millions de francs, en hausse de 32,5% par rapport à la même période un an plus tôt.
*Masse sous gestion : 81,5 milliards de francs, en hausse de 4,9% par rapport à la fin 2011.
*Afflux net de capitaux : 2,7 milliards de francs, une progression annualisée de 7%.

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