La Suisse ne cartoone plus!

Bande dessinéeEn plein Festival d’Angoulême, l’éditeur genevois Pierre Paquet parle du marché de la BD.

L'éditeur de BD genevois, Pierre Paquet (image d'archives).

L'éditeur de BD genevois, Pierre Paquet (image d'archives). Image: Pierre Albouy

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Depuis hier et jusqu’à dimanche, le Festival d’Angou­lême a ouvert ses portes. Comme chaque année, la ville française s’attend à accueillir des dizaines de milliers de personnes, chasseurs de dédicaces et autres amateurs de bande dessinée, mais également les plus grands éditeurs de la place, pour qui la plus célèbre messe du neuvième art est aujourd’hui un rendez-vous incontournable.

Quelques jours avant de se rendre dans la cité angoumoisine pour finaliser la construction de ses deux stands, Pierre Paquet, fondateur de la maison d’édition genevoise éponyme, revient sur une aventure éditoriale entamée en 1996. Il fait également le point sur un secteur frappé depuis plusieurs années par une forte surproduction et par de nombreuses faillites ou rachats. Interview.

Plus de 5000 nouveaux albums produits en 2014, êtes-vous inquiet par une telle production? En volume, les ventes continuent d’augmenter et le marché de la BD de croître. De ce point de vue, le trend reste positif. Par contre, il est vrai que la multiplication actuelle des titres a pour conséquence que les parts du gâteau ne cessent de se réduire pour les éditeurs.

Le marché suisse a-t-il connu une telle augmentation des ventes de BD francophones? A l’inverse, il s’est cassé la figure. Il y a dix ans, 10% des ventes mondiales de la bande dessinée francophone étaient réalisées en Suisse (contre 10% pour la Belgique, 5% pour le Canada et le reste en France). Aujourd’hui elles se sont réduites à 5%.

Comment expliquez-vous cette chute? Le prix croissant des albums en est une première explication. Mais il faut également prendre en compte un manque très net de volonté des libraires. Je trouve qu’ils se plaignent beaucoup, mais font bien peu pour changer la donne.

Du coup, comment une petite structure comme la vôtre (0,4% de parts de marché) arrive-t-elle à résister? Plusieurs facteurs entrent en jeu, dont le principal est que je ne réalise que 3% de mes ventes en Suisse. Ensuite, mon passage chez Flammarion pour distribuer mes livres me permet de garantir à mes auteurs la même visibilité que celle des grands éditeurs français ou belges. Par contre, mes moyens marketing ne sont naturellement pas les mêmes. Je me bats surtout pour maintenir des coûts d’exploitation les plus faibles possible et je mise sur des marges moins importantes. Enfin, j’ai l’avantage de ne pas avoir dû dépendre de Paquet pour vivre.

Votre maison d’édition n’est-elle donc pas rentable? Aujourd’hui, avec une soixantaine de titres prévus en 2015, le groupe a atteint une taille critique suffisante et arrive à s’autofinancer. Mais ça n’a effectivement longtemps pas été le cas. Sans mes autres sociétés (ndlr: Digital Flyer Sàrl, Timbro-shop SA, TPO SA ou encore PPW SA), qui m’ont permis d’injecter de l’argent dans les Editions Paquet, j’aurais fermé boutique depuis longtemps.

Est-ce dans cette optique de taille critique et de rentabilité que vous avez repris le catalogue des Editions de BD Emmanuel Proust il y a un an? En avril de l’année dernière, j’ai effectivement racheté le catalogue de cette maison parisienne tombée en faillite. En réalité, cette acquisition s’est surtout avérée une bonne occasion pour réorganiser les Editions Paquet en un groupe avec plusieurs labels.

Pour quelles raisons avez-vous modifié votre structure éditoriale? Suite à une autocritique, nous nous sommes rendu compte que nous étions majoritairement étiquetés aviation (collection Cockpit) et voiture (collection Calandre). L’objectif est de mieux valoriser nos albums sous d’autres labels à l’exemple de Kramiek pour le comique et de Place du Sablon pour le nostalgique.

Alors que vos concurrents continuent d’augmenter les prix, vos albums restent moins chers. Comment un éditeur suisse peut-il être moins cher qu’un concurrent belge ou français? On en revient à cette problématique de la surproduction actuelle de titres. Elle a pour conséquence une diminution générale des tirages par album. Pour maintenir leur marge, les grandes maisons n’ont pas d’autres solutions. Personnellement, je trouve que la bande dessinée est devenue beaucoup trop chère et je lutte effectivement pour vendre mes albums moins cher que les autres.

Comment cette surproduction modifie-t-elle votre modèle d’affaires? Elle a pour conséquence de réduire considérablement les temps de promotion d’un album en grande surface. A la Fnac, par exemple, les délais sont passés de quatre à deux mois, voire même parfois à un seul mois. Concrètement, cette manière de faire signifie pour nous d’imprimer moins au départ et d’être ensuite très réactif en termes de réassort.

A partir de combien d’albums vendus est-il possible de rentabiliser un projet éditorial? Cela ne dépend pas du nombre d’albums vendus, mais plutôt des avances versées aux auteurs. En moyenne, une planche est payée 400 euros dans les grandes structures.

Quel prix mettez-vous pour une planche de BD? Cela varie d’un auteur à l’autre. Mais aux plus jeunes, je déclare sans ambiguïté que pour un projet séduisant à mes yeux et tiré à 3000 exemplaires, je ne peux payer au-delà des 200 euros la page.

Créé: 30.01.2015, 07h50

Hôtels et restaurants bondés

Hôtels bondés et restaurants pleins à craquer, les milliers de personnes venues participer au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême boostent chaque année l’économie de la belle citée française.
Selon une étude réalisée par la Charente Libre, ce serait près de 2 millions d’euros (2 millions de francs) qui tomberaient dans les caisses des restaurateurs et des hôteliers du coin. Quant aux collectivités publiques qui injectent 1,9 million d’euros dans le budget du festival (4,5 millions en tout), elles seraient également largement gagnantes, puisque 1 euro dépensé rapporterait 1,30 euro. Depuis plusieurs années, une polémique a toutefois éclaté autour de la structure du festival jugée beaucoup trop opaque. Ses organisateurs sont notamment soupçonnés de gonfler leurs chiffres. Alors que ces derniers parlent de 200 000 visiteurs annuels, soit une fréquentation supérieure au Salon du livre de Paris, d’autres estiment qu’ils ne seraient en réalité que quelque 80 000 amateurs de BD à participer à la manifestation culturelle qui fête ses 42 printemps.
La perte de partenaires de référence, comme les centres Leclerc en 2007 ou la Fnac il y a trois ans, ainsi que la grande dépendance de la manifestation angoumoisine aux fonds publics rendent sa situation précaire et menacent constamment son devenir. O.W.

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