«La Suisse peut se tailler une première place dans la finance de demain»

InterviewLes nouvelles technologies financières vont révolutionner la banque de demain. Swissquote est aux avant-postes.

«La Suisse a énormément d'atout, mais n'a pas encore totalement prise la mesure de la révolution qui est en route dans le domaine des Fintech (technologies financières)», selon Marc Bürki, directeur de Swissquote.

«La Suisse a énormément d'atout, mais n'a pas encore totalement prise la mesure de la révolution qui est en route dans le domaine des Fintech (technologies financières)», selon Marc Bürki, directeur de Swissquote. Image: Mark Buerki/Keystone

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Pour Marc Bürki, directeur de Swissquote, la Suisse ne bouillonne pas assez d’idées dans les technologies financières – les «Fintech», comme les Etats-Unis ou l’Angleterre les appellent. Mais les choses sont en train de changer et il n’est pas trop tard pour que la Suisse participe à la révolution en cours dans la finance, a-t-il soutenu après la présentation des résultats de ce groupe vaudois, leader suisse des produits financiers sur Internet.

Swissquote développe encore un troisième pilier de croissance, la gestion de fortune sur Internet. De quoi s’agit-il?
Il s’agit de l’ePrivate Banking. Nous avons pour l’instant 1200 clients, et 70 millions sous gestion. Cet outil va à terme révolutionner la gestion de fortune car c’est le client lui-même qui définit sa stratégie et laisse à l’ordinateur le soin de prendre les décisions d’investissement. Nous avons développé les algorithmes de l’ePrivate Banking en collaborations avec les ingénieurs de l’EPFL et il permet une gestion de fortune entièrement automatisée et active. Une fois que le profil de risque est établi, l’ordinateur effectue de façon autonome les transactions dans un univers composé de 1000 produits financiers à travers le monde entier, comprenant actions, obligations, fonds, etc.

Vous vous sentez comme le Google de la finance en Suisse?
Nous faisons sûrement partie des entreprises les plus innovantes dans le domaine. La Suisse a énormément d’atouts, mais n’a pas encore totalement pris la mesure de la révolution qui est en route dans le domaine des Fintech. Il n’y a pas, contrairement aux États-Unis ou au Royaume-Uni, un bouillonnement de nouvelles entreprises qui vont définir la banque de demain.

La Suisse a raté le coche de la finance du futur?
Non, ses projets se mettent en place, je pense que ce n’est pas trop tard et que la Suisse a toutes ses chances pour se tailler une place de premier plan dans la finance de demain grâce à ses grandes écoles et son savoir-faire.

Swissquote se trouve à un tournant de son modèle d’affaires?
Disons que nous atteignons une certaine maturité du marché du courtage en ligne en Suisse et que nous n’avons plus les pourcentages de croissance dans ce domaine que nous avons eu dans le passé. Nous détenons la moitié de ce marché en Suisse, estimé à 400?000 clients. Nous ne pouvons plus vraiment nous y développer, et la croissance à l’étranger est bloquée, car nos concurrents appartiennent pour la plupart à des grands groupes bancaires et qu’il est impossible de les acquérir. Il nous restait donc à trouver un deuxième pilier de développement, les affaires avec levier sur les taux de change. En cinq ans, et avec nos acquisitions, nous sommes devenus le septième groupe mondial.

Pourquoi le Forex ?
L’intérêt est double. D'une part c'est un produit qui nécessite une forte capacité de développement technologique (ce qui est justement notre point fort) et d'autre part la complexité des produits traités est relativement simple ce qui permet de vendre ces services d'une manière univoque dans le monde entier.

Vous avez pourtant signé un contrat très important avec Postfinance qui correspond plutôt à votre premier pilier de croissance. C’est un pas en arrière?
Au contraire. En mai 2016, nous allons être en effet la plateforme pour les 60'000 clients de PostFinance, qui vont nous amener 4 milliards de fortune supplémentaire sous gestion. Ce sont donc le numéro un (Swissquote) et deux (PostFinance) dans le trading en ligne suisses qui se lient. Mais ce n’est qu’une étape. Nous prévoyons de développer le partenariat sur d’autres produits. Il faut savoir que PostFinance a du beaucoup militer en Suisse pour avoir enfin sa licence bancaire, qu’elle a une grande soif d’expansion et qu’elle a tout de suite voulu gérer elle-même ses relations à la clientèle. PostFinance a de l’ambition en Suisse, ce dont nous allons profiter.

Swissquote va-t-elle être bénéficiaire en 2015?
Normalement oui. Nous pensons récupérer une partie importante des 25 millions de francs que nous avons dû provisionner pour couvrir les soldes négatifs de certains de nos clients complètement surpris par l’abandon du taux de change plancher. Des 420 clients concernés, 280 se trouvent en Suisse, et le droit helvétique va loin dans le recouvrement de dettes bancaires. Pour les 140 autres, ils sont domiciliés à l’étranger, et nous doivent souvent moins d’argent. Se lancer dans une procédure de recouvrement dépendra ici des montants en jeu. Dans un cas comme dans l’autre, nous cherchons des solutions avec nos clients. Notre intérêt consiste évidemment à les garder comme tels. Notre bénéfice devrait aussi de toute façon être supérieur en 2015 à cette provision de 25 millions, ce qui en soit nous permettra déjà d’écrire des chiffres noirs.

Certains de vos clients vous reprochent que les mécanismes mis en place pour stopper les transactions de devises n’ont pas fonctionner. Que leur répondez-vous?
Qu’ils ne peuvent pas nous tenir responsable de l’absence de liquidité sur le marché. Normalement, le marché du Forex est très liquide. La nouvelle de l’abandon du taux de change par la Banque nationale suisse (BNS) a pris tout le monde tellement à court que cela n’a plus été le cas, et que ces mécanismes n’ont pas fonctionné, car il n’y avait pas de liquidité et qu’aucun prix ne pouvait être fixé. Mais même dans cette situation vraiment extraordinaire, les clients sont responsables des risques qu’ils prennent dans les transactions.

Vous rejetez toute responsabilité?
Nous accusez d’être malhonnête tient d’autant moins la route que nous ne fonctionnons pas comme contrepartie dans les transactions sur les devises, ce que font d’autres plateformes de transactions financières en ligne sur Internet. Nous avons toujours trouvé cela immoral, car ces établissements concurrents misent sur le fait que les clients réalisent à long terme des pertes avec les devises. Il faut comprendre que ce qui se transforme en perte pour le client, devient un gain pour elles, c’est la raison pour laquelle dans cette discussion sur les pertes dans le Forex occasionnées par la BNS, elles peuvent se montrer plus généreuses et éponger parfois les dettes de leurs clients avec, en fait, l’argent que les clients ont perdu!

A vous entendre lors de la présentation des résultats annuels, on a en fait l’impression que l’intégration de MIG, justement, s’est mal passée?
Non, le bilan est positif, nous avons tout fait dans les délais, et de plus avec nos propres ressources, car la taille de la société intégrée ne justifiait pas que nous travaillions avec une entreprise externe pour nous épauler. Mais je suis heureux que cela soit derrière nous. Avec cette intégration, je me rends encore un fois compte à quel point on sous-estime le facteur ressource humaine quand on se lance dans une acquisition. Il a fallu intégrer une centaine de nouveaux collaborateurs, ce qui a signifié recomposer des équipes, faire partager une nouvelle culture d’entreprise, et aussi rassurer concernant l’avenir, le salaire…

(24 heures)

Créé: 03.03.2015, 20h47

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