La Suisse spatiale mise sur les États-Unis

Technologies En cette période incertaine pour la branche en Europe, la Suisse investit dans la conquête américaine de l’espace.

Ruag Space contribue à la fabrication de certains composants pour les fusées Ariane. L’entreprise fournit également des pièces à l’industrie spatiale américaine.

Ruag Space contribue à la fabrication de certains composants pour les fusées Ariane. L’entreprise fournit également des pièces à l’industrie spatiale américaine. Image: Reuters

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Mardi 6 février, au milieu de l’après-midi, la tension est palpable au Centre spatial Kennedy, en Floride. Dans un bruit assourdissant, Falcon Heavy s’arrache du sol et décolle pour un voyage qui devra la placer en orbite autour de Mars. Pour son concepteur, le groupe SpaceX, l’exploit est double, puisqu’en plus de contribuer au décollage d’une des fusées les plus puissantes de l’histoire aérospatiale, deux des trois propulseurs sont correctement revenus atterrir sur Terre.

Avec son concept de fusées recyclables, Elon Musk, le milliardaire à l’origine de SpaceX, a non seulement relancé la conquête spatiale américaine, mais surtout en a cassé les coûts. De quoi plomber une concurrence – européenne notamment – qui peine à s’aligner. «Les Américains ont décidé, n’ayons pas peur des mots, de faire la peau aux Européens», s’offusquait mardi le syndicat d’ArianeGroup après avoir appris qu’au cours des prochaines années, un quart des postes seront supprimés au sein de sa filiale ArianeSpace, qui s’attelle à développer le lanceur Ariane 6.

Cette suppression de 2300 emplois illustre la situation critique dans laquelle se trouve le secteur spatial européen. Après avoir dominé le marché (suite au retrait des navettes américaines), il s’est trop longtemps reposé sur son lanceur Ariane 5 et n’a pas su anticiper l’avenir ni voir venir la nouvelle concurrence américaine. Or, depuis deux ans, SpaceX dépasse ArianeSpace en nombre de lancements annuels.

Besoin de protectionnisme?

Avec le programme Ariane 6, lancé en urgence en 2014, l’Europe joue son va-tout. Elle promet une fusée capable de réaliser des missions 40% à 50% moins chères que celles d’Ariane 5. Pour autant que les calendriers soient respectés et qu’Ariane 6 soit exploitable d’ici à l’été 2020, ArianeSpace pourrait à nouveau jouer un rôle dans cette période dite de «New Space». La filiale redeviendrait en effet compétitive en termes de prix (un lancement commercial de la Falcon 9 est actuellement facturé 60 millions de dollars, contre 100 millions pour Ariane 5).

Certains, dont naturellement ArianeGroup, estiment toutefois que tant que l’Europe ne mettra pas en place une politique plus protectionniste pour défendre son secteur aérospatial, les soucis perdureront. Alors que les Américains, les Chinois ou les Russes confient en grande partie leurs lancements institutionnels aux acteurs nationaux et verrouillent leur marché à la concurrence, l’entreprise en mains d’Airbus et de Safran indique n’avoir reçu à ce jour que «trois commandes institutionnelles (deux Galileo et CSO-3)» pour Ariane 6.

D’après le patron d’Ariane­Space, Stéphane Israël, cette situation provoque une véritable distorsion de concurrence. «Nous sommes dans une situation ubuesque où SpaceX facture à son propre gouvernement des missions 30% plus chères qu’à ses clients commerciaux et peut proposer aux États européens des lancements à des prix bradés», déplorait-il dans «Le Monde».

La Suisse se diversifie

Dans cette période compliquée pour le secteur aérospatial européen, la Suisse n’a pas perdu son temps et est allée chercher des débouchés vers ces nouveaux acteurs américains. Tout en contribuant à la fabrication de certains composants d’Ariane 6, Ruag Space, acteur de poids de la branche aérospatiale helvétique, fournit également ses pièces à l’industrie spatiale américaine. «Nous travaillons avec des constructeurs américains de fusées de lancement et de satellites depuis plus de dix ans. Au cours des dernières années, nous avons développé notre présence dans la pays, afin de nous rapprocher de nos clients actuels et futurs», détaille une porte-parole de l'entreprise.

Au vu du dynamisme actuel, le groupe y a même intensifié ses activités. «À l’avenir, c’est aux États-Unis que les perspectives de croissance sont les plus grandes», assurait son CEO, Peter Guggenbach, au magazine spécialisé «Space­News». En plus de renforcer ses opérations en Alabama et en Floride, Ruag Space s’installait au printemps de l’année dernière dans la Silicon Valley pour des activités de recherche et développement (R&D) liées aux dernières générations de satellites de télécommunications. En tout une centaine de personne travaille actuellement dans ce pays.

Cette arrivée de la Suisse remet en perspective le poids que joue désormais la Californie dans le renouveau spatial américain. En quelques années, les start-up s’y sont multipliées, attirées par les nouveaux rêves de conquête spatiale. La Suisse n’est pas non plus restée insensible à ce nouvel engouement pour l’espace au vu des nombreuses entreprises fondées ces dernières années dans cette branche. «La Suisse est une nation spatiale», estimait le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann dans une allocation donnée au mois d’août.

Créé: 13.11.2018, 22h09

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