La Swatch est connectée

MontresLa vague smartwatch ne perturbe pas le groupe qui mise sur ses propres technologies.

Les lignes de production des montres Sistem51 sont presque entièrement automatisées.

Les lignes de production des montres Sistem51 sont presque entièrement automatisées. Image: SWATCH

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Les dernières nouveautés dans la collection de montres Swatch s’appellent Touch Zero One, Bellamy ou Sistem51. La sortie de ces pièces maîtresses de la marque n’a toutefois pas déchaîné de semblables passions à celles des années 80 et 90, quand les fans n’hésitaient pas à faire la queue devant les boutiques durant des heures. Ils voulaient s’offrir un modèle rare, une édition spéciale écoulée lors d’une de ces opérations de marketing soigneusement orchestrées par le groupe horloger, alors en pleine renaissance. Dessinées par des artistes de renom tels Keith Haring, Kiki Picasso et tant d’autres, les grandes collections emblématiques se vendent aujourd’hui aux enchères pour des millions de francs.

A l’heure des smartwatches et des objets connectés, la montre plastique – émancipée dans d’autres matériaux – n’est plus seule à revendiquer son avant-garde dans le design et la technologie bien qu’elle soit restée à prix accessible. Pourtant, chez Swatch, on ne cherche pas à riposter frontalement à cette vague que certains voient mettre en péril les horlogers suisses.

«Nos montres ont une valeur ajoutée qui va au-delà de la fonction de montrer l’heure, relève Carlo Giordanetti, directeur artistique de Swatch. Physiquement, c’est un objet qui est attaché au corps de la personne qui le porte, comme les bijoux. Il crée donc un lien très émotionnel et intemporel. Beaucoup de maisons font valoir un côté émotionnel, mais leurs produits ne le sont pas forcément. Apple est arrivé avec un objet qui n’est pas une montre mais un mini-iPhone. Il n’a aucun contenu émotionnel…»

Mécanique à contre-courant

Les prévisions des experts sur les ventes de montres connectées, déjà mises à mal, n’ont pas ébranlé le groupe Swatch, dont le patron, Nick Hayek, répète inlassablement qu’il s’agit de deux mondes à part, les smartwatches et bracelets qui comptent vos pas et mesurent votre fréquence cardiaque ayant leur place au rayon télécom et électronique de divertissement, non pas dans les horlogeries-bijouteries. Carlo Giordanetti renchérit: il rappelle qu’en avril 2013, la marque Swatch était présente pour la première fois à Basel­world car elle fêtait ses 30 ans, et tout le monde pensait qu’elle allait présenter une smartwatch. Mais l’empire horloger helvétique marche à contre-courant en lançant la Sistem51, une Swatch entièrement mécanique – sans pile – à remontage automatique. Composée de 51 pièces formant un assemblage centré sur une seule vis, elle est fabriquée dans l’usine ultramoderne de Boncourt.

SmartSwatch avant l’heure

Les consommateurs identifient pourtant Swatch comme une marque de montres connectées selon des sondages. Il est vrai qu’elle l’a été avant l’heure. Qu’on se souvienne de la Swatch The Beep (récepteur de poche-pager) sortie en 1991; The Beep Alphanumeric (fournissant des infos météo-neige) et les Access (servant notamment de skipass), sorties en 1997; la digitale Beat affichant le temps Internet (1998) ou Paparazzi développée avec Microsoft MSN donnant des news (2004).

Aujourd’hui, la montre connectée Swatch se décline sous deux modèles équipés de technologies qui gardent leur autonomie pour de longs mois sans recharge quotidienne. La Touch Zero One, lancée l’été 2015, s’adresse aux amateurs de beach-volley. Mais cette montre tactile multifonctions – chrono, alarme, compte-pas, calories brûlées, mesure de puissance des smashes, etc. – préfigure de multiples déclinaisons. Elle fonctionne avec une connexion Bluetooth et une application qui permet de la relier avec un smartphone pour l’échange de données.

Le second modèle est la Swatch Bellamy qui permet de faire des paiements sans contact en la rapprochant d’un terminal standard. Si en Suisse, où elle a été lancée avec Visa, les conditions requises et la concurrence ne facilitent pas ce moyen de paiement, en Chine, la Bellamy semble rencontrer un grand intérêt, selon Carlo Giordanetti. Il parle de plusieurs centaines de milliers d’exemplaires écoulés depuis son lancement en janvier dernier, en partenariat avec deux géants bancaires. Dans ce pays, on privilégie ce type de paiement, car il est plus sûr de porter sur soi un porte-monnaie électronique que de l’argent liquide. Au Brésil également, le produit lancé pour les JO avec Visa s’annonce prometteur.

De nouvelles fonctions prévues

Mais sa technologie de communication sans fil à courte distance, appelée NFC, ouvre la porte à toute une série d’applications. Le groupe possède à l’interne le savoir-faire en microélectronique et ingénierie pour les mettre au point, relève le directeur artistique, qui précise toutefois que son entreprise ne veut développer que des produits d’une grande simplicité d’utilisation. Elle y travaille.

Sans dévoiler de secrets, Carlo Giordanetti annonce plusieurs générations de Bellamy à venir, dotées de fonctions beaucoup plus riches qu’aujourd’hui. Comme l’accès dans les entreprises ou à des manifestations, que la puce NFC permet de tarifer.

Du côté de la Touch Zero One, d’autres orientations sportives sont envisagées, mais plutôt dans les sports individuels: «Aujourd’hui il y a une énorme tendance à la customisation, la personnalisation. On essaie donc de faire des montres encore plus personnalisées». Le domaine de la musique inspire beaucoup la marque Swatch. Un catalogue de musique accessible avec la montre? «Via le cloud, why not?» répond le dirigeant. Mais l’accès au «nuage» virtuel permet d’échanger toutes sortes de données.

«On a aussi pensé à des montres qui serviraient à se tenir en contact avec son enfant. Et des personnes nous ont demandé un produit pour l’être avec son chien»

«On a aussi pensé à des montres qui serviraient à se tenir en contact avec son enfant. Et des personnes nous ont demandé un produit pour l’être avec son chien. On est en train de voir si cela peut être intégré dans nos produits», avance l’homme d’origine italienne, nommé en 2012, qui annonce le retour de la marque dans l’ultraplat pour ce printemps.

Quant aux ventes de Swatch, au quartier général de Bienne, on préfère en garder le secret. On est ainsi réduit à des estimations qui se contredisent. Le cap des 400 millions de montres passé en 2013 fait une moyenne de 13 à 14 millions par an. Alors que Nick Hayek déclarait alors que 50 000 à 100 000 se vendaient chaque jour aux quatre coins du monde, ce qui fait 18 millions de pièces, en prenant le chiffre le plus bas.

Même si les montres Swatch plastique, inox ou alu ne représentent de loin plus le cinquième du chiffre d’affaires du groupe comme au milieu des années 90, elles pourraient encore nous surprendre vu leur potentiel de connectivité. En tous les cas, le groupe fait tout pour rebooster la saga de la marque, connectée… ou pas.

Créé: 02.12.2016, 10h00

Fabrication high-tech robotisée, en salle blanche, à Boncourt

En pleine campagne, à quelques kilomètres de la gare de Delle qui reliera la Suisse au réseau TGV, le site de Boncourt fabrique actuellement la nouvelle collection Sistem51 Irony (acier inox) lancée en septembre.

Dans cette grande usine ETA (manufacture du groupe Swatch), construite en un temps record de moins de deux ans, une grande partie des bâtiments est consacrée à la montre mécanique aux 51 composants. La moitié des quelque 400 employés du site sont actifs dans la production de la Sistem51 et cela même si elle est presque entièrement robotisée sur des lignes de machines conçues spécifiquement pour cet objet. Tout le processus industriel a été repensé, depuis le découpage des bandes métalliques jusqu’à l’assemblage des cinq modules constituant la montre sur un seul axe, en passant par l’impression digitale des graphismes. Seule l’alimentation des machines en pièces, sur plateaux, et certains contrôles sont opérés par l’homme. La plus grande partie de la chaîne de montage est en salle blanche afin d’éviter la moindre poussière risquant de déjouer la précision de la montre, de même que l’élément régulateur est soudé au laser.

Les autres montres Swatch, mécaniques et quartz, sont fabriquées sur d’autres sites. Le principal est à Granges, où la filiale ETA a lancé de nouvelles lignes de production en 2013, la même année qu’à Boncourt. Le groupe a investi à cette époque plusieurs centaines de millions de francs pour mettre en œuvre une infrastructure et des technologies permettant de lancer de nouveaux produits dans cette marque. A Granges, une unité est spécialisée dans l’«injection» de métal tandis que dans la commune proche de Bettlach (SO), se trouve l’usine d’injection de matières synthétiques des montres plastiques.

Plus de 3000 personnes travaillent pour la seule marque Swatch au sein du groupe (36 300 au total), également à Fontainemelon (NE), Genestrerio (TI) et à Sion (500), un site d’assemblage automatisé de mouvements et de montres quartz. Le quartier général de Bienne occupe 300 personnes.

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