Le géant suisse Syngenta tient à ses racines

AgricultureUne vente à ChemChina ne se ferait qu’avec le maintien d’une forte présence en Suisse.

L’avenir du personnel de Syngenta occupe une place importante dans les négociations en cours.

L’avenir du personnel de Syngenta occupe une place importante dans les négociations en cours. Image: Keystone

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Les 3290 collaborateurs qu’emploie Syngenta en Suisse doivent-ils aussi craindre une vague de licenciements massive, comme celle que vivent en ce moment les 1400 employés d’Alstom, mis sur le carreau suite à son rachat par General Electric?

Comme l’a fait son président, Michel Demaré, deux jours avant Noël, alors que le rachat de Syngenta par le chinois ChemChina devenait une option toujours plus probable, la direction générale de la multinationale agrochimique bâloise a de nouveau voulu rassurer en tout début de semaine: l’avenir des employés occupe une place centrale dans les discussions de fusion et de cession en cours.

Lundi soir, lors de la visite de son centre de recherche de Stein (AG), – l’un des trois plus importants que compte Syngenta dans le monde –, Trish Malarkey, en charge de la recherche et développement pour le groupe, a souligné «l’importance qu’ont les collaborateurs dans le domaine éminemment stratégique qui est le sien».

Emplois hautement qualifiés

La multinationale, qui représente la 9e plus grosse capitalisation boursière au Swiss Market Index (SMI), l’indice phare de la Bourse suisse, a investi en tout 1,4 milliard de francs l’an passé dans la R&D. Sur les 29 340 employés que compte le groupe au total, 5000 sont hautement qualifiés. «A Stein par exemple, parmi les 320 collaborateurs, 100 ont le grade de docteur», a renchéri Camilla Corsi, responsable de la recherche en chimie. Et pour être sûr que toutes les questions reçoivent une réponse adéquate, un docteur en agronomie de l’ETH Zurich, le Neuchâtelois Alain Gaume, se chargeait lundi de la visite de l’immense centre spécialisé dans la recherche sur la protection des cultures et le traitement des semences.

Le gigantisme de l’installation s’explique. Les conditions atmosphériques et météorologiques réelles des plus importantes régions agricoles du monde sont recréés à Stein dans plus d’une centaine de chambres climatiques. Chaque année, 10 millions de plantes sont testées dans les 4200 m2 de serres ultramodernes, et autant d’insectes sont cultivés pour comprendre comment les nouveaux produits phytosanitaires de Syngenta, numéro un mondial dans ce domaine (et 3e dans les OGM) fonctionnent en conditions réelles. Aux yeux d’Alain Gaume, «très peu de centres de recherche dans le monde possèdent un tel luxe de moyens».

Cela suffira-t-il pour que les Chinois, prêts à mettre 44 milliards de francs sur la table pour reprendre Syngenta, selon l’agence Bloomberg, ne réorganisent pas les activités du groupe suisse une fois qu’ils l’auront racheté?

Il y a quatre semaines, dans une interview publiée juste avant Noël dans Finanz und Wirtschaft, Michel Demaré indiquait en tout cas que, «en fin de compte, il s’agit de créer une valeur supplémentaire pour tous les actionnaires, mais aussi dans l’intérêt des employés et des clients».

L’importance de la Suisse

Concernant l’importance que revêt la Suisse pour Syngenta, le président du groupe précisait encore: «Nous sommes une entreprise établie en Suisse (ndlr: elle a été créée en 2000 en fusionnant les activités agricoles de Novartis et d’AstraZeneca). Environ 12% de notre personnel y est employé et le pays accueille non seulement notre deuxième plus important centre de recherche et développement (à Stein), mais également notre plus grand centre de production du monde (à Monthey, en Valais). Un partenaire qui apprécie la suissitude de nos affaires jouit à mon avis d’un avantage.»

Selon une personne très proche du dossier, «une vente à ChemChina ouvrirait à Syngenta un immense marché et lui assurerait la croissance qui lui manque tellement en ce moment. Les trois dernières années ont été caractérisées par des récoltes records, et en conséquence par des prix et des investissements réduits de la part des agriculteurs pour protéger leurs cultures.»

Michel Demaré ajoutait que, «comme la Chine ne possède pas les ressources nécessaires dans son propre pays pour nourrir sa population, elle doit investir à l’international et trouver pour cela des partenaires stratégiques (ndlr: comme Syngenta). La Chine est un partenaire sérieux qu’il faut prendre en considération, ce d’autant plus qu’elle a déjà mené quelques grandes acquisitions en Occident, la plupart avec succès.»

Réorganisation en cours

Après avoir passé en revue ses installations de fabrication de produits finis, on se rappelle pourtant qu’en mai dernier, Syngenta annonçait la suppression de 116 postes à Monthey d’ici à fin 2016, sur un total de 900 que compte ce site de production valaisan, le plus important dans le monde pour Syngenta. On sent que, dans cette multinationale aussi, les emplois les moins qualifiés sont souvent les premiers qui disparaissent en cas de restructuration.

Une autre épée de Damoclès, politique cette fois, est pendue sur la tête de Syngenta à Monthey et de Lonza à Viège. Genève, Prilly, Renens et Lausanne ont demandé à l’Office fédéral des transports d’interdire le transport de chlore à travers leur territoire très dense. Cela priverait ces sites de production d’une des matières premières qu’ils importent.

Créé: 21.01.2016, 08h39

ChemChina, un conglomérat chinois aux dents aiguisées

Le rachat de Syngenta par ChemChina représenterait la plus importante acquisition réalisée jusqu’à présent par une entreprise chinoise. ChemChina n’en serait pourtant pas
du tout à son premier coup et possède déjà une expérience impressionnante dans les acquisitions et les prises de participations au sein d’entreprises occidentales.

Pas plus tard que ce lundi, le trader genevois de pétrole Mercuria, un des leaders mondiaux de la branche, communiquait la vente de 12% de son capital à ce conglomérat d’Etat fondé en 2004 par Ren Jianxin. La semaine passée, ChemChina indiquait avoir racheté pour 925 millions d’euros (1 milliard de francs) KraussMaffei (à ne pas confondre avec le constructeur du char d’assaut Leopard 2 KraussMaffei Wegmann), spécialisée dans les machines servant à façonner le plastique par moulage. C’est le plus important investissement réalisé jusqu’à présent en Allemagne par une entreprise chinoise.

Dans sa tradition de maintenir les dirigeants à leur poste et de laisser une grande autonomie aux entreprises achetées, Ren Jianxin a indiqué à ce propos: «Nous respectons et faisons pleinement confiance à la direction
(de KrausesMaffei), aux techniques de fabrication allemandes et à sa marque haut de gamme. Nous garderons donc la direction et les employés, ainsi que la structure actuelle de KraussMaffei», basée à Munich. ChemChina a connu une année particulièrement active en 2015, puisque ce conglomérat d’Etat a acquis le fabricant milanais de pneus Pirelli pour 7,1 milliards d’euros.

En fait, les deux premières acquisitions internationales réalisées par ChemChina ont eu lieu en France avec l’achat d’Adisseao, en 2006, et de Rhodia Silicones (une ancienne activité de Rhône-Poulenc), en 2007. La première est spécialisée dans les additifs pour l’alimentation animale,
la seconde dans les silicones, soit des colles et des résines. Très attaché à Lyon, ChemChina vient de faire cet été un don au nouvel Institut franco-chinois de cette ville.

Dans l’agrochimie, ChemChina a acheté en 2010 60% du groupe israélien Makhteshim Agan Industries (rebaptisé Adama Agricultural Solutions), spécialisé dans les pesticides, pour 2,4 milliards de dollars (2,41 milliards de francs). Et pour s’assurer un approvisionnement en matières premières, ChemChina a par exemple conclu en 2015 un partenariat avec le groupe pétrolier russe Rosneft. Une filiale de ChemChina, la Bluestar Chemical Machinery, a signé un projet avec la NAC d’Algérie pour exploiter
les opportunités dans la fabrication de potasse, un composé central des engrais.

ChemChina fait partie de ces groupes chinois qui ont permis
aux investissements à l’étranger de l’Empire du Milieu de bondir de 15% en un an, à près de 120 milliards de dollars. Cela permet à la Chine de conquérir de nouveaux marchés, d’acquérir des technologies et de diversifier ses approvisionnements énergétiques.

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