Les taux négatifs? «C’est le monde à l’envers»!

InterviewPrésident d’UBS, Axel Weber estime que les entreprises suisses se montrent très résistantes malgré le franc fort.

Axel Weber, président du conseil de surveillance de l'UBS.

Axel Weber, président du conseil de surveillance de l'UBS. Image: Beat mathys/ Berner Zeitung

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L’Allemand Axel Weber est un spécialiste reconnu de politique monétaire. Il s’exprime sur les taux négatifs introduits par la BNS et les perspectives économiques en Suisse comme en Europe.

Quel est l’impact, pour UBS, des taux négatifs introduits par la Banque nationale suisse (BNS) depuis bientôt un an?
Il est difficile de quantifier leurs effets avec exactitude. Cela dépend notamment du montant de nos avoirs en francs suisses sur notre compte de virement auprès de la BNS. Ce qui est par contre certain, c’est qu’il n’est actuellement pas question de les reporter sur nos clients privés. En revanche, nous reportons la charge supplémentaire que ces taux représentent sur les entreprises et des investisseurs institutionnels qui ont de fortes positions en liquidités. Mais le problème de leur introduction est plus général.

C’est-à-dire?
Les taux négatifs encouragent les débiteurs, ceux qui ont contracté une dette, et punissent les épargnants. C’est le monde à l’envers. Cela crée aussi des incitations à investir dans des produits plus risqués, puisque les obligations – les emprunts d’Etats et d’entreprises – ne rapportent plus grand-chose. Le risque de création de bulles est très important, dans l’immobilier par exemple.

Comment réagit alors UBS à ce nouvel environnement?
Nous avons par exemple dû augmenter les coûts des emprunts hypothécaires, ce qui est en partie souhaité en Suisse (ndlr: par la Banque nationale suisse pour faire reculer le danger de la création d’une bulle immobilière). Pour assurer un certain rendement, nous proposons aussi à nos clients d’investir davantage dans les actions, en particulier en Europe. Aux Etats-Unis, les effets de la hausse des trois dernières années due au programme d’assouplissement quantitatif lancé par la Banque centrale américaine (la Fed) sont épuisés. Le nouveau regain du marché américain des actions viendra du dynamisme intrinsèque de l’économie américaine.

Pensez-vous que la BNS va annoncer le 10 décembre prochain une nouvelle baisse du taux d’intérêt négatifs, qui passerait par exemple du -0,75% actuel à -1,00%?
Je ne me risquerais pas à faire des prévisions. Il est par contre certain que l’annonce que fera la Banque centrale européenne (BCE) le 3 décembre sera déterminante pour la politique monétaire suisse. Cela bien plus que la décision que prendra la Fed le 16 décembre prochain d’augmenter ou non ses taux d’intérêt. La pression sur la Banque nationale suisse va augmenter.

Est-ce qu’un taux négatif à -1% amènera massivement les Suisses à détenir de l’argent en cash?
Mis à part les questions de sécurité, il est déjà actuellement intéressant de détenir son argent en liquidités sous forme de billets de banques. L’inflation négative que connaît la Suisse augmente le pouvoir d’achat réel des avoirs détenus en cash. En Europe, la situation est inverse: les prix y sont en légère hausse et l’inflation aussi. Cela dit, je ne sais pas si un taux d’intérêt négatif à -1% inciterait massivement les Suisses à détenir leurs économies en billets.

Que peut faire la Banque nationale suisse?
La politique monétaire de la Suisse est plutôt réactive que proactive. Si le programme européen est élargi, la Banque nationale suisse se verra obligée de réagir aux décisions prises par la Banque centrale européenne. A long terme, la pression sur le franc suisse va se poursuivre. Il est hors du pouvoir de la Suisse de régler toute seule le problème de la survalorisation du franc. Le franc fort est un miroir du système euro. Si l’Europe n’arrive pas à régler ses problèmes, la Suisse ne pourra pas faire grand-chose pour lutter contre la force du franc.

Le franc fort ne représente-t-il que des désavantages pour UBS?
Le franc fort a un effet négatif pour nous dans le sens où il pèse sur nos résultats réalisés à l’étranger, puisque nous consolidons nos comptes en francs. Mais il attire aussi des clients qui souhaitent profiter de la hausse de valeur de cette monnaie.

Vous restez pessimiste sur l’évolution de la situation en Europe?
Je constate simplement que l’Europe va sortir très lentement de la situation où elle se trouve. L’achat de dettes souveraines par la Banque centrale européenne crée les mauvaises incitations. Au lieu que la pression subsiste pour que les Etats se désendettent, ces achats ne les incitent plus à le faire. Le programme européen ne fonctionne pas aussi bien qu’aux Etats-Unis car la Banque centrale européenne n’a pas directement contact avec les entreprises et les citoyens pour leur prêter de l’argent. Elle doit passer par les banques. Aux Etats-Unis, la transmission de l’argent passe davantage par les marchés des capitaux et la Fed peut y avoir un effet direct.

Votre point de vue sur l’économie suisse?
La Suisse devrait continuer à croître de 1% à 2%. La Suisse a bien mieux résisté au choc de la levée du taux plancher que bien des gens le pensaient. Les entreprises suisses sont très résistantes. Ce pays est un marché stratégique de première importance pour UBS. La Suisse possède de nombreux points forts: faible taux de chômage, taux d’imposition bas, niveau d’endettement public très bas.

Sauf dans certains cantons, comme Genève. Cela vous inquiète?
Le niveau de la dette à Genève? (Il rit) Je suis davantage inquiet par la dette grecque!

Comment évaluez-vous, à côté des prévisions, les risques de nature plus politique et leurs liens avec la marche des affaires?
Chez UBS, nous avons trois scénarios de risques. Celui d’un refroidissement global de l’économie, avec un pronostic de croissance plus faible qu’il y a une année de la part du FMI. Le second a trait aux risques géopolitiques avec, en premier lieu, le conflit en Ukraine, puis au Moyen-Orient. Enfin, il y a les risques liés à l’afflux de réfugiés en Europe. En revanche, je distingue la question du terrorisme: il s’agit aussi d’un risque géopolitique, mais il est beaucoup plus difficile de l’évaluer et de l’intégrer aux prévisions d’ordre conjoncturel. Il n’est par exemple pas encore clair comment les Etats vont réagir face à la menace terroriste.

Demandez-vous aussi à vos clients dans les pays émergents d’être fiscalement conformes?
Absolument. Nous n’avons aucun intérêt à accepter de l’argent non déclaré. Depuis 2009, nous avons constamment renforcé nos procédures en la matière.

Et cela est-il valable pour tous les pays?
Il n’y a qu’un seul standard chez UBS, quel que soit le pays. Nous n’acceptons plus que de l’argent fiscalement conforme.

La grande exception reste la Suisse. Ce sera le seul pays où les autorités fiscales n’auront toujours pas accès aux comptes des Suisses, puisqu’il est question de maintenir le secret bancaire pour les citoyens Suisses en Suisse?
Si, en Suisse, le secret bancaire doit être maintenu au plan fiscal, c’est avant tout une question politique qui relève de la relation entre l’Etat et ses citoyens. Il est donc du ressort de la politique et du souverain de décider d’un éventuel changement de système.

Créé: 30.11.2015, 09h39

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