Les taux négatifs sont pervertis par les banques

Franc fortL’Association suisse des banquiers reconnaît que certains de ses membres s’entendent sur les taux hypothécaires.

Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers (Swissbanking): «La BCE semble être en train de tirer ses dernières cartouches. Ce n’est en soi pas bon signe sur l’état de l’Europe.»

Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers (Swissbanking): «La BCE semble être en train de tirer ses dernières cartouches. Ce n’est en soi pas bon signe sur l’état de l’Europe.» Image: Magali Girardin

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«Je dois en effet reconnaître qu’il existe en Suisse une distorsion dans la mise en place des taux négatifs, et certaines banques devraient s’interroger» si leur comportement est adéquat, a dit lundi Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers (Swissbanking), lors d’un dîner avec des représentants des médias.

Le taux d’intérêt de référence en Suisse, le Libor, n’a cessé de reculer et évolue depuis plusieurs mois dans une marge de fluctuation négative. Les taux d’intérêt hypothécaires, eux, n’ont pas suivi cette baisse. Ils sont restés stables, autour de 2% par exemple pour une hypothèque fixe sur dix ans.

Cette différence ne s’explique donc plus seulement par une marge de refinancement soi-disant «incompressible», que les banques devraient transmettre à leurs clients, comme elles l’expliquaient jusqu’à présent. Mais aussi apparemment par des ententes sur les prix entre les banques pour s’assurer un minium de bénéfice en cette période bien plus difficile pour elles.

Pas d’enquête en cours

Ce point est d’autant plus d’actualité que la Suisse va sûrement encore avoir longtemps des taux directeurs négatifs, vu les dernières décisions prises la semaine passée par la Banque centrale européenne. «La BCE semble être en train de tirer ses dernières cartouches. Ce n’est en soi pas bon signe sur l’état de l’Europe», a poursuivi Patrick Odier. On se rappelle aussi que la Banque nationale suisse va rendre ce jeudi sa première appréciation annuelle de la situation économique et monétaire, avec peut-être à la clé les jours qui suivront de nouvelles mesures pour lutter contre le franc fort.

Du côté de la Commission de la concurrence (Comco), «on suit la situation, mais sans pour autant lancer une enquête, car le marché est dynamique, c’est-à-dire que les produits évoluent en fonction des conditions, et parce que nous n’avons pas d’indices faisant penser que les banques s’entendent sur les intérêts hypothécaires», a expliqué Olivier Schaller, vice-directeur à la Comco en charge du dossier bancaire.

Banques sur le qui-vive

L’avenir de l’Europe inquiète aussi les banquiers helvétiques au niveau des places de travail en Suisse. «Il faut bien que les politiques suisses comprennent que les banques suisses n’attendent qu’un seul mot négatif de leur part sur l’avenir des relations avec l’Union européenne (UE) pour qu’elles délocalisent massivement», a-t-il encore mis en garde.

Swissbanking met ses espoirs dans l’équivalence des nouvelles règles financières helvétiques avec celles de l’UE et sur la capacité à convaincre l’Europe qu’elle a aussi besoin de la place financière suisse. Pour l’instant, l’accès aux marchés français et italien est toujours bloqué à cause de l’enlisement de la mise en place d’un accord institutionnel Suisse-UE.

Créé: 14.03.2016, 19h37

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