«Des temps difficiles» à venir pour les Argentins

ArgentineAprès l'accord Argentine-FMI, le président argentin a prévenu ses compatriotes que les prochains mois allaient être durs.

Le président Mauricio Macri veut que ce soit «la dernière crise» en Argentine.

Le président Mauricio Macri veut que ce soit «la dernière crise» en Argentine. Image: AFP

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L'Argentine s'est engagée devant le FMI à réduire son déficit budgétaire, afin de sortir la 3e économie d'Amérique latine de la crise, une politique d'austérité qui va affecter la population, a averti le président Mauricio Macri.

«Nous avons des mois difficiles devant nous. Mais notre objectif reste le même, toujours, toujours réduire la pauvreté (...) Nous savions que ce ne serait pas facile, nous sommes convaincus que c'est l'unique voie», a déclaré M. Macri au lendemain de l'annonce d'un prêt du FMI à l'Argentine de 57 milliards de dollars. La pauvreté a augmenté au premier semestre 2018 en Argentine, se situant à 27,3%, contre 25,7% au second semestre 2017, selon un rapport de l'Institut national de statistiques (Indec).

«Ce n'est pas une bonne nouvelle. Nous savons que cela va prendre plus de temps que prévu», a regretté le président, lors d'une intervention télévisée depuis le palais présidentiel. L'inflation atteindra plus de 40% sur l'année 2018, entraînant une dégradation considérable du pouvoir d'achat des Argentins. L'année devrait se terminer avec une récession de 2,4%, qui se traduit par une augmentation du chômage.

«La dernière crise»

«Cela doit être la dernière crise», a ajouté le président. «Une fois passée la tempête, nous aurons à nouveau de la croissance». L'Argentine et le FMI ont annoncé mercredi un accord pour un prêt revu à la hausse: 57 milliards de dollars au lieu des 50 prévus en juin. Jeudi, le peso argentin a chuté de 2,74% sur le marché des changes. Sur l'année 2018, il a perdu plus de 50% de sa valeur face au dollar.

Pour obtenir le prêt du Fonds monétaire international, l'Argentine s'est engagée, dès 2019, à être à l'équilibre budgétaire primaire (hors service de la dette). Le déficit budgétaire primaire était égal à 6% du produit intérieur brut (PIB) en 2015. Il est passé à 3,9% en 2017 et devait se situer à 2,7% en 2018. Il faut y ajouter les intérêts de la dette, soit entre 2,5 et 3% du PIB, selon les estimations. Passer à un déficit zéro requiert des arbitrages qui s'annoncent douloureux pour les Argentins.

Des licenciements sont déjà survenus dans des ministères et des services publics, tous les budgets ayant été revus à la baisse. Sans majorité absolue à la chambre des députés ni au sénat, la coalition de centre droit du président Mauricio Macri va devoir convaincre une opposition péroniste hostile d'adopter un budget 2019 d'austérité, avec des coupes budgétaires à tous les étages.

Le FMI à la barre

Pour le dernier ministre de l'Économie de l'ex-présidente de gauche Cristina Kirchner, Axel Kicillof, «ce budget est une honte. Ils ne peuvent pas obliger les gouverneurs et les parlementaires à le voter». «L'Argentine s'engage à faire ce qu'elle devait faire. C'est une baisse violente du déficit budgétaire, mais l'héritage (économique des Kirchner) était une bombe à retardement», relève Daniel Artana, l'économiste en chef de la Fondation d'investigations économiques d'Amérique latine (Fiel).

«L'accord ne résout pas les problèmes, dit-il. L'Argentine est une économie très vulnérable, dépendante des matières premières, elles-mêmes dépendantes des aléas climatiques», souligne l'analyste de Moody's Gabriel Torres. Un facteur aggravant de la crise a été une sècheresse qui a affecté les exportations agricoles, inférieures aux prévisions. «Il y a de nombreux pays émergents, mais seulement deux ont été affectés (par la hausse des taux d'intérêt aux Etats-Unis et la guerre commerciale) : l'Argentine et la Turquie. Cela veut dire qu'il y a des déséquilibres internes».

A gauche, comme à droite, les économistes se retrouvent sur un point : le FMI a pris les rênes de l'économie argentine. «D'ici aux élections (d'octobre 2019), c'est le FMI qui fait la politique économique», estime Miguel Angel Broda, du centre d'études Broda y Asociados. Quant à la relance économique, elle semble encore lointaine. Après un premier trimestre de croissance soutenue, l'économie s'est effondrée au deuxième trimestre (-4,2%) et le pronostic officiel est une récession annuelle de 2,4% en 2018 et de 0,5 en 2019. (afp/nxp)

Créé: 28.09.2018, 02h16

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