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Un thème adulte pour un forum de Davos adulte ?

Le Wef qui débute ce mercredi évoquera le «Nouveau contexte économique mondial»: Richard Quest, journaliste à CNN International, juge que le thème du sommet de Davos a enfin un sens.

Richard Quest, CNN International.
Richard Quest, CNN International.
, Keystone

Pendant des années, j'ai critiqué ce jeu annuel qui consiste à deviner ce que signifie le thème de Davos. J'ai souffert avec “La grande transformation – Créer de nouveaux modèles,” “Repenser, remodeler, reconstruire” et mon thème absurde préféré, “Dynamisme résilient”. Le message semble enfin être passé ; pour la première fois en dix ans, le thème est exprimé simplement et il se pourrait même qu'il signifie quelque chose. Davos évoquera le “Nouveau contexte économique mondial.”

Klaus Schwab et son Forum économique mondial ont peut-être enfin retenu la leçon.

Ici, le forum se justifie en affirmant que ce nouvel ordre mondial est plein de “complexité, de fragilité et d'incertitude” (Davos a toujours été doué pour nommer les évidences). Un grand nombre des participants au Forum économique mondial sont chargés de traiter ces sujets en notre nom.

Les événements de Paris seront dans les esprits de chacun

Le contexte du Forum de Davos de cette année est évidemment très différent des années précédentes. De profondes difficultés ont surgi partout dans le monde. Même si techniquement, ce ne sont pas des paradigmes nouveaux, ils sont clairement difficiles à résoudre.

Bien entendu, les événements de Paris seront dans les esprits de chacun. Pour le dire de manière simpliste, comment les journalistes peuvent-ils reprendre leurs activités quotidiennes comme avant ? Comment les Juifs peuvent-ils tranquillement préparer le Chabbat ? Une manifestation à Dresde illustre la vague croissante de l'islamophobie ; et que dire du Premier ministre hongrois qui s'élève contre l'immigration ? On ne peut qu'espérer que quelqu'un, à Davos, pourra au moins donner à M. Orban une leçon sur les dangers de la rhétorique imprudente.

Économiquement, le cycle de souffrance de la zone euro semble ne jamais devoir prendre fin. Alors que son président, Mario Draghi, s'apprête à remettre en marche les presses à billets afin de relancer la croissance et générer un peu d'inflation, les États-Unis et le Royaume-Uni envisagent de leur côté de durcir leur politique pour, ils l'espèrent, réduire l'inflation potentielle.

Il y a le problème du pétrole

La Chine est confrontée à un ralentissement, dont personne ne comprend vraiment les effets (parce que personne ne comprend vraiment l'économie chinoise) et pendant ce temps, les nations émergentes attendent de savoir si elles seront touchées par les politiques d'une superpuissance ou une autre.

Par ailleurs, il y a le problème du pétrole. Son prix a chuté de plus de 60 % depuis le mois de juin. Cette chute est peut-être une bénédiction pour les consommateurs et les nations importatrices de pétrole mais des variations aussi spectaculaires en si peu de temps déstabilisent profondément un système bien établi. Une nouvelle guerre du pétrole est en marche entre les nations de l'OPEP et les récents producteurs pétrole de schiste qui prospèrent aux États-Unis. Qui sera le premier à céder et à diminuer sa production ?

Certains pays comme le Nigeria et le Venezuela se retrouvent confrontés à de sérieux problèmes économiques de pertes de revenus. Il y a un glissement tectonique dans cette industrie alors que l'Arabie Saoudite a déclaré qu'elle ne serait plus le producteur d'appoint qui soutient les prix en réduisant la production lorsque les choses se compliquent.

Le pétrole à bas prix va durer et génère à lui seul tout un tas de problèmes.

Le Traité de libre-échange transatlantique possède un bouton d'autodestruction intégré

Attendez-vous également à des paroles en l'air du côté des deux accords trans-commerciaux que négocient actuellement les États-Unis avec l'Asie et l'UE. Le contrat asiatique pourrait être conclu avant ma retraite ; je suis moins optimiste concernant le contrat avec l'Europe. Il ne sera sans doute pas signé avant les élections présidentielles américaines de 2016.

Même s'il est signé, le Traité de libre-échange transatlantique possède un bouton d'autodestruction intégré, incarné par l'insistance protectionniste de la France concernant son Exception culturelle. Ceux qui se trouvent de l'autre côté de l'Océan atlantique ont ce concept en horreur et ça ne changera jamais.

Le contexte géopolitique est plus sombre qu'il ne l'a été depuis des décennies. La Russie, affaiblie économiquement, enhardie militairement et agressive politiquement est plus que jamais imprévisible. Une Chine pleine d'assurance se débat avec le problème d'un Hong Kong hargneux Les ouragans syrien et irakien continuent d'entraîner leurs voisins dans leurs dangereux sillages.

Le monde actuel est une toile d’araignée

De l'économie à la politique en passant par la sécurité, le monde actuel est une toile d’araignée dont les fils s'étiolent, tanguent sous le vent du changement, restent maladroitement soudés ou se déchirent dans un enchevêtrement incontrôlé. Si ça, ce n'est pas un “Nouveau contexte mondial”, je ne vois pas ce qui pourrait l'être.

Remettre de l'ordre dans tout cela est au-dessus des capacités du Forum économique mondial en une petite semaine. La question est donc de savoir, comme toujours, dans quelle mesure Davos peut nous mettre sur le droit chemin. Si les délégations qui viennent sont prêtes à faire face à cette réalité désagréable, nous avons au moins une chance d'initier quelque chose. Mais si elles viennent pour se donner des petites tapes dans le dos et compatir sur l'état du monde tout en rejetant la responsabilité sur les autres, elles perdent notre temps.

Dans une vidéo précédent le Forum économique mondial, Klaus Schwab a annoncé que tout tournait autour du leadership. “La confiance suppose une responsabilité de leadership, qui permet de répondre à ceux qui vous ont accordé leur confiance, et c'est ce que nous devons lancer à Davos.” Il a ajouté : “A Davos, nous sommes des leaders, et nous devons donc prouver que nous sommes dignes de confiance en prenant soin de ceux qui ne se trouvent pas dans la salle des congrès.”

C'est vrai, professeur Schwab. Les leaders sont à Davos. Mais beaucoup d'entre eux sont les mêmes qui nous ont conduits à ce désordre en premier lieu. C'est à eux que revient la responsabilité de montrer qu'on peut leur faire confiance et qu'ils sont capables de nous guider dans ce Nouveau contexte mondial.

Le fait que Davos ait renoncé au futile et au batifolage dans ses thèmes, et nous ait donné quelque chose que nous pouvons comprendre et utiliser, est le signe que l'heure est grave. Le Nouveau contexte mondial est bien réel et peut-être que le Forum de Davos est devenu adulte.

Retrouvez la couverture de CNN International autour du Forum Economique de Davos sur CNN.com/davos

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