Tidjane Thiam, de l’adulation à la méfiance

Finance Acclamé lors de son arrivée à Crédit Suisse, le CEO voit sa popularité chuter presque autant que le titre de la banque.

Tidjane Thiam, CEO de Credit Suisse, demande aux investisseurs et au marché d’être patients.

Tidjane Thiam, CEO de Credit Suisse, demande aux investisseurs et au marché d’être patients. Image: Reuters

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Tidjane Thiam est-il toujours l’homme providentiel qui réussira à remettre Credit Suisse (CS) sur les rails? Entre son arrivée il y a un an (le 1er juillet 2015) et aujourd’hui, le discours à son encontre a effectivement bien changé, surtout dans la presse suisse alémanique, qui s’acharne sur l’actuel CEO. Le Blick notamment s’est demandé quelle pourrait être la conséquence d’une action qui ne vaut plus que «le prix de deux côtelettes» pour son avenir ainsi que celui du président de la banque, Urs Rohner. Longtemps fervent ambassadeur du Franco-Ivoirien, le magazine économique Bilanz se pose désormais la même question.

Capable de gérer son navire

Selon Loïc Bhend, analyste financier auprès de la banque Bordier & Cie, «l’acharnement contre le patron de CS viendrait surtout des investisseurs». L’un des reproches les plus courants concerne les deux derniers résultats trimestriels et la découverte de positions risquées pour une quinzaine de milliards de dollars, ainsi que les millions de pertes supplémentaires occasionnées par ces dernières. «Est-ce que Tidjane Thiam a la capacité de contrôler sa propre banque?» s’interroge aujourd’hui Loïc Bhend. Pour le moment, ce dernier pense qu’il en a la capacité. «Mais il devra publier deux ou trois trimestres sans fausse note pour que la confiance des marchés (et celle de l’analyste) se réinstalle», précise l’analyste.

L’emballement d’hier – certains parlent même d’aveuglement – a donc laissé la place à une méfiance sournoise, dont la répercussion sur le cours boursier de la banque est indiscutable.

Certes, la situation des établissements financiers est difficile, particulièrement en Europe, un continent plombé par le Brexit. Mais Credit Suisse souffre davantage que ses consœurs, avec un titre qui s’est effondré de quelque 60% depuis l’arrivée de Tidjane Thiam, alors que l’indice global des banques reculait d’environ 30% sur la même période. Le seuil psychologique des 10 francs était même franchi la semaine dernière, ramenant la banque trente années en arrière. Avec une action si basse, elle n’est surtout plus à l’abri d’une OPA (offre publique d’achat) inamicale.

Stratégie à long terme

Malgré la multiplication des critiques à son encontre et des premières rumeurs circulant sur son remplacement éventuel – le nom de Philipp Hildebrand, ex-patron de la Banque nationale suisse, circulait – le CEO a rappelé à de multiples reprises qu’il lui faut du temps et demandé aux investisseurs d’être patients. «La banque a suivi durant des années une certaine direction. Maintenant nous aurons besoin de plusieurs trimestres pour la corriger», a-t-il répondu à la NZZ am Sonntag au sujet de sa stratégie sur le long terme. «Le fait est qu’on ne transforme pas un tel établissement d’un seul coup de baguette magique», rajoute Loïc Bhend.

Sur ce point, d’ailleurs, la ligne de conduite établie dès le départ a été respectée, avec une hausse des fonds propres, la réorientation de la banque vers la gestion de fortune, le développement des affaires en Asie ou encore une réduction drastique des coûts impliquant des licenciements massifs. L’Association suisse des employés de banque attend de Tidjane Thiam qu’il «favorise le dialogue avec les partenaires sociaux», convaincu que dans ce domaine aussi, des améliorations sont possibles.

Créé: 15.07.2016, 08h41

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