Les très longs courriers ont du plomb dans l'aile

Transport aérienSingapore Airlines vient de mettre fin aux deux vols les plus longs au monde. La hausse inexorable des coûts du carburant oblige les compagnies aériennes à revoir à la baisse les distances parcourues par leurs avions.

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Les très longs-courriers sont-ils encore rentables? Les deux liaisons aériennes les plus longues au monde viennent d'être arrêtées en moins d'un mois. Singapore Airlines, qui opérait un Singapour-Los Angeles (17 heures et 25 minutes de vol, 14'100 km) jusqu'à fin octobre et un Singapour-New York (19 heures et 15'350 km) jusqu'au 25 novembre, a successivement mis fin aux deux liaisons.

Ces deux arrêts suivent d'autres décisions similaires prises par des compagnies concurrentes au cours des dernières années. Thai Airways avait arrêté son Bangkok-New York (17 heures et 30 minutes, 14'000 km) à l'été 2008, et son Bangkok-Los Angeles en février 2012. Quant au Mumbai-Atlanta de Delta Airlines, il avait été stoppé fin 2009. A l'heure où les low cost triomphent avec les liaisons courtes, quelle place peuvent encore trouver les vols longue distance?

Une tentative de vol 100% business

Singapore Airlines avait justement tenté de prendre le contrepied des low cost sur ces vols longs: le Singapour-New York avait été transformé en vol 100% business, la capacité passant de 181 à une centaine de passagers, mais avec un prix des billets largement plus élevé. La mesure n'a pas suffi.

Car c'est bien au niveau des coûts que le bât blesse: pour des vols aussi longs, les avions décollent chargés au maximum de leurs capacités en carburant. Or, l'équilibre entre charge rentable (les passagers et leurs bagages, qui paient pour voler) et charge obligée est rompu: une part trop importante du kérosène est consommée pour transporter le carburant qui sera utilisé tout au long du vol.

Coût du carburant contre prestige et clientèle corporate

Or, avec la hausse tendancielle du prix des produits pétroliers, les compagnies voient leur marge chuter vertigineusement. «Le coût de ces vols est tout simplement impossible à rentabiliser au prix actuel du carburant», confirme Brendan Sobie, chef analyste au Centre for Asia Pacific Aviation (CAPA) de Singapour.

Les compagnies qui maintiennent des vols supérieurs à 15 heures d'une seule traite le font désormais autant pour le prestige que pour conserver la clientèle haut-de-gamme: «Avoir des vols sans escale vers Los Angeles et New York apportait des bénéfices intangibles, comme permettre de gagner et de garder des grands comptes corporate. Il y avait aussi le glamour et le prestige d’avoir les vols les plus longs. Mais à la fin, le coût incroyable d’opérer un service ultra long-courrier ne pouvait être ignoré», ajoute Brendan Sobie.

La capacité passagers prime sur le rayon d'action

Reprenant les fondamentaux qui ont fait le succès des low cost, les compagnies traditionnelles mettent donc désormais l'accent sur la capacité passagers des aéronefs et les taux de remplissage. Ainsi, les deux plus grands constructeurs mondiaux, Boeing et Airbus, ont vu les commandes augmenter sur les appareils permettant des configurations avec de nombreux sièges au détriment des aéronefs optimisés pour les longues distances.

Ainsi, l'A340-500 d'Airbus n'a été écoulé qu'à 34 exemplaires, le 777-200 LR de Boeing qu'à 59 unités. Pierre-Henri Gourgeon, ancien directeur général d'Air France-KLM entre 2009 et 2011, qualifiait l'A340-500 de «ravitailleur en vol avec quelques personnes à l'intérieur».

Pour les constructeurs, il s'agit donc de s'adapter au marché et à cette demande nouvelle. Ainsi, alors qu'il était prévu pour 350 sièges et 15'500km à la rentrée, l'A350-1000 d'Airbus pourrait être revu et corrigé par le consortium européen pour atteindre 369 sièges mais avec seulement 14'800km.

Les contre-exemples en Asie

Cependant, la tendance au raccourcissement des vols n'est pas générale. Ainsi, Emirates, a récupéré le record du vol le plus long au monde avec son Dubaï-Los Angeles (16 heures et 20 minutes) suite aux arrêts de Singapore Airlines, ne semble pas envisager de fermeture de ses plus longs courriers.

Et d'autres compagnies se lancent (ou se relancent) sur des longs courriers. Ainsi, Tony Fernandes, patron d'AirAsia et AirAsia X (compagnie classique et filiale low cost), a annoncé la réouverture d'une ligne entre Kuala Lumpur et Paris et/ou Londres très prochainement. L'arrêt de cette liaison en 2012 avait été justifié par les hausses du prix du pétrole. Mais l'arrivée de nouveaux appareils moins gourmands et plus généreux en places change la donne pour le patron malaisien.

Preuve donc que la tendance n'est pas irréversible si les compagnies disposent d'aéronefs peu gourmands et dont la capacité en passagers est revue à la hausse.

Créé: 26.11.2013, 12h35

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