UBS contredit la BNS sur le risque du franc fort

PrévisionsEn dépit des pressions de Washington, le boss de la Banque nationale reste confiant. Des craintes se font entendre.

Thomas Jordan a déclaré que la BNS restait prête à intervenir 
sur le marché des changes.

Thomas Jordan a déclaré que la BNS restait prête à intervenir sur le marché des changes. Image: Keystone

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Le franc se trouve dans un sacré pétrin! Le mois dernier, la crise du coronavirus commence à frapper la Chine, la deuxième économie mondiale. Aujourd’hui, le goût du risque tend à déserter les marchés financiers, tandis qu’un fort attrait pour les valeurs refuges renaît. À commencer par la valeur helvétique.

Presque au même moment, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, inflige un traitement sévère à la Suisse. Après l’en avoir retirée, en mai 2019, Washington remet la patrie de Guillaume Tell sur sa liste d’États sous surveillance, du fait de soupçons de manipulations de monnaie. Le patron de la BNS, Thomas Jordan, s’empresse d’affirmer sa capacité et sa volonté de résister aux pressions «US», dans la presse allemande: «En cas de besoin, nous restons prêts à intervenir sur le marché des changes. Laissez-moi dire les choses clairement: ni la Suisse ni sa banque centrale ne sont des manipulateurs de devises.» UBS ne partage pas cet optimisme et donne l’alerte.

«À notre avis, les moyens d’intervention de la BNS s’avèrent limités, tant que les autorités américaines maintiennent la Suisse sur sa liste d’États à surveiller (ndlr: du fait d’une balance commerciale excédentaire avec les États-Unis), estime Thomas Flury, expert en devises chez UBS. Thomas Jordan peut certes expliquer qu’il ne procède à aucune manipulation sur le marché des changes. Le risque existe néanmoins que Washington voie les choses autrement.»

Valeur refuge

La première banque du pays insiste volontiers sur cet élément car, à ses yeux, il accroît le danger d’une forte hausse du franc par rapport à d’autres devises, à commencer par l’euro et le dollar. «Nous sommes d’avis que la fonction de valeur refuge du franc se renforce, du fait même de la décision du secrétariat au Trésor américain. En temps de crise, l’appréciation du franc tend à s’accélérer», rappelle Thomas Flury. Et comment oublier, en plus, les conséquences du coronavirus?

Cette maladie inquiète et, de ce fait, stimule la demande du franc, valeur refuge comme l’or. Le franc a depuis son apparition progressé d’environ 1,7% par rapport à l’euro. La monnaie unique oscille donc souvent entre 1 fr. 065 et 1 fr. 07 ces derniers jours. De tels taux n’ont plus été observés depuis près de deux ans. «La pression sur la BNS paraît énorme», dit Hugo van Buel, directeur général de Cla-Val Europe, entreprise vaudoise spécialisée dans la régulation d’eau potable et dont 95% du chiffre d’affaires dépend de l’exportation. «Un euro à 1 fr. 07 démontre déjà, à mon avis, des interventions limitées sur le marché des devises. La situation monétaire n’a pas été pire pour la Suisse depuis 2015 (ndlr: année de l’abandon du cours plancher de l’euro par rapport au franc, instauré par la BNS le 6 septembre 2011). Il ne faut pas pour autant céder à la dramatisation.»

EconomieSuisse paraît pour sa part beaucoup plus inquiétée par le coronavirus que par des excès de zèle de l’administration Trump. «Il est primordial que l’épidémie se résorbe bientôt. Les dangers du coronavirus ne doivent en effet pas être sous-estimés, même si la plupart de ses effets relèvent du court terme. Dans le contexte actuel, nous prévoyons une croissance faible pour l’économie suisse cette année. Les branches du tourisme et de l’industrie horlogère devraient être les plus affectées. Mais nous ne nous attendons pas à une phase de récession», tient à rassurer le chef économiste de l’association faîtière des entreprises suisses, Rudolf Minsch.

François Savary, responsable des investissements chez le gérant de fortune Prime Partners, redoute lui aussi en premier lieu le coronavirus comme facteur contribuant à une valorisation du franc: «L’économie suisse prouve néanmoins sa capacité de résistance depuis des années. Notamment grâce aux efforts de ses entreprises et de leurs collaborateurs, visant à maintenir un niveau de compétitivité suffisant.»

Publiée en septembre, une étude d’Olivier Rigot, associé chez EMC Gestion de fortune, n’encourage toutefois guère l’optimisme: «Les forces en faveur de l’appréciation du franc sont toujours à l’œuvre. La BNS ne peut que retarder, à travers des interventions ciblées sur le marché des changes, l’inéluctable hausse de notre devise. Cet été les observateurs ont constaté le faible succès de notre institut d’émission pour défendre un euro à 1 fr. 10. Sachant qu’en 2020 le cours naturel de l’euro sera de 92 centimes.»

Créé: 06.02.2020, 21h30

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