UBS et Deutsche Bank discutent d'un mariage de raison

Asset managementEnsemble, les deux divisions de gestion d’actifs pèseraient 1600 milliards de francs et pourraient jouer dans la cour des grands.

La grande banque suisse aimerait marier ses activités de gestion d’actifs, fortes de près de 790 milliards de francs, avec celles de son concurrent allemand, dont la filiale DWS gère quelque 660 milliards d’euros.

La grande banque suisse aimerait marier ses activités de gestion d’actifs, fortes de près de 790 milliards de francs, avec celles de son concurrent allemand, dont la filiale DWS gère quelque 660 milliards d’euros. Image: KEYSTONE - ALESSANDRO DELLA BELLA/AP-MICHAEL PROBST

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Des «négociations étroites» seraient menées depuis deux mois environ, affirme le «Financial Times» («FT») dans son édition de mercredi. La filiale d’asset management (ou gestion de fonds de placement) de la Deutsche Bank, DWS, et la première banque suisse UBS envisageraient ainsi de marier leurs activités et leur fortune sous gestion, afin de créer un poids lourd en la matière en Europe. Nom de code de l’opération: «Pacific». Aucun des établissements bancaires concernés ne veut commenter ces rumeurs mais, selon le grand quotidien économique allemand «Handelsblatt», ces discussions seraient un secret de Polichinelle à Francfort, où Deutsche Bank a son siège.

La fusion des deux divisions semble en tous les cas avoir du sens, car dans le secteur de l’asset management, la pression sur le montant des commissions et des frais de gestion – surtout de la part des gros clients que sont les fonds de pension – est désormais si vive qu’à moins d’atteindre une masse critique de 1000 milliards de francs d’actifs gérés, la mort par rachat ou disparition pure et simple menace. Selon le «FT», «un vaste mouvement de consolidation dans le secteur des fonds de placement est attendu en 2019, où les plus grands groupes vont dominer le marché et où les plus petits acteurs seront étranglés».

BlackRock en point de mire

Pour l’heure, UBS comptabilise 693 milliards d’euros (790 milliards de francs) de fonds sous gestion, tandis que DWS affiche 662 milliards d’euros au compteur. En unissant les forces de chacun, la nouvelle entité atteindrait les 1400 milliards d’euros et ferait dès lors jeu égal avec le leader européen de l’asset management, le français Amundi, filiale de Crédit Agricole. En mars dernier, le CEO de DWS, Asoka Woehrmann, n’a d’ailleurs pas caché son ambition de faire de la filiale de Deutsche Bank, cotée depuis peu, l’un des vainqueurs des grandes manœuvres annoncées: «Nous analysons toutes les opportunités qui peuvent se présenter», a-t-il répété dans plusieurs interviews. De son côté, UBS en ferait de même.

Car, in fine , il s’agit là de créer un géant européen, aux côtés d’Amundi, afin de concurrencer les vrais titans de ce secteur que sont les américains BlackRock et Vanguard qui totalisent, ensemble, 11'700 milliards de dollars d’actifs gérés. Ou tout du moins les empêcher de tout avaler.

À peine l’article du «Financial Times» diffusé, les rumeurs se sont multipliées mercredi, surtout en Allemagne. Selon l’agence Reuters, il se trouverait ainsi que deux nouveaux soupirants frapperaient également à la porte de DWS. Le premier d’entre eux serait l’assureur Allianz qui aurait mandaté la banque d’affaires Barclays pour mesurer les bénéfices que lui apporterait une fusion entre sa filiale Allianz Global Investors et celle de la Deutsche Bank.

Le second – et là, la nouvelle semble confirmée et connue à Francfort – se trouve être Amundi lui-même. Le président du conseil d’administration du groupe français et directeur général adjoint de Crédit Agricole Xavier Musca a ainsi ouvertement affiché son intérêt, début avril, lors d’une rencontre avec la crème de la crème des journalistes économiques européens, sur les bords du Main, dans la City allemande. «Amundi est clairement un acteur important dans la consolidation du secteur de l’asset management, tout particulièrement dans la zone euro, a-t-il ainsi déclaré. Nous avons la capacité de réaliser plusieurs acquisitions, car Crédit Agricole est une banque solide.»

Xavier Musca peut en effet se montrer confiant: en 2016, Amundi a ainsi repris la filiale de la banque italienne UniCredit, Pioneer, pour 3,5 milliards d’euros, et a visiblement fort bien digéré cette opération.

Avantage aux Suisses

Qui, dès lors, d’UBS, d’Allianz ou d’Amundi emportera le cœur de la Deutsche Bank et de DWS? Selon les estimations des observateurs financiers de Francfort, «les chances d’UBS se situent actuellement à 50-50%». Il y aurait encore plusieurs pierres d’achoppement à régler, notamment savoir qui de la grande banque allemande ou de sa consœur helvétique aura la haute main sur cette nouvelle entité conjointe. Il se peut fort qu’une solution purement germanique ait les faveurs de Deutsche Bank, mais UBS tient la corde par rapport à une approche française, où le risque d’une absorption totale de DWS par Amundi paraît trop grand. Ainsi, la valeur boursière de ce dernier s’élève actuellement à 12 milliards d’euros, contre 6,4 milliards d’euros pour DWS, et la filiale de Crédit Agricole gère deux fois plus d’actifs que sa concurrente allemande.

Jeudi matin, UBS va publier ses résultats au premier trimestre 2019, avec un bénéfice net attendu de quelque 870 millions de francs. Son CEO Sergio Ermotti y évoquera-t-il le cas DWS? Nul doute que la question lui sera posée.

Créé: 24.04.2019, 20h19

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