Une vague chinoise souffle sur le négoce des matières premières

Matières premièresMaudet progresse à grands pas dans ses efforts pour attirer des banques chinoises à Genève.

Image: Keystone

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La Chine est à l'honneur à Genève ce vendredi. Le directeur de la succursale de Zurich de la China Construction Bank (CCB), un senior manager de la Bank of China, deux des plus grandes banques du monde, et l'ambassadrice de la Chine en Suisse ont fait le déplacement au bout du lac. Ils ont été accueillis par le conseiller d'Etat Pierre Maudet, le président de l'Association suisse des banquiers (ASB), Patrick Odier, et de nombreux autres hauts représentants de la place financière genevoise.

L'objet de leur réunion qui s'est tenue à la Maison de la Paix où le Graduate Institute of Geneva s'est installé récemment: Les «synergies financières entre la Suisse et la Chine», notamment celles qui portent sur le financement du négoce de matières premières. Un colloque en théorie tout ce qu'il y a de plus académique, qui est revenu sur les nombreux atouts de Genève, cette capitale mondiale du négoce de ressources naturelles, et de son financement, et sur les gigantesques besoins de la Chine en matières premières. Genève concentre 40% du commerce des matières premières, secteur qui emploie plus de 10'000 personnes, a dit Pierre Maudet.

La rencontre a lieu quelques semaines seulement après l'octroi de la part de l'autorité fédérale de régulation des marchés financiers (FINMA), d'une licence bancaire à la CCB. «Ce qui n'est pas tout du un hasard», lâche une source proche du dossier. Le timing est d'autant plus parfait que le secteur du financement du négoce sur l'arc lémanique est en pleine transition. BNP Paribas, l'institution qui domine ce secteur depuis des décennies à Genève, s'est presque entièrement retirée du marché suite à son amende de 8,5 milliards de francs pour avoir violé des embargos américains à Cuba, au Soudan et en Iran.

«Il y a des parts de marché importantes à prendre en ce moment et tout le monde espère qu'elles seront prises par une banque chinoise», selon Vincent Subilia, directeur adjoint de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG), co-organisatrice du séminaire. Pour ce faire, Genève met le paquet. Pierre Maudet, qui revient d'une mission de promotion économique à Singapour, a fait un voyage similaire à Pékin l'an dernier, où il a pu rencontrer les dirigeants des plus grands établissements financiers de l'Empire du Milieu.

«L'ASB se rend en Chine chaque année pour expliquer aux banques chinoises l’intérêt d’une présence en Suisse. J'ai encore rencontré cinq banques en Chine il y a un mois. Je suis confiant car je constate que ces démarches portent leurs fruits. La FINMA et le régulateur chinois ainsi que les banques centrales des deux pays sont en relations étroites», estime Patrick Odier. «On peut espérer qu'en Suisse la CCB, la deuxième plus grande banque chinoise, ne va pas se contenter en Suisse d'un seul bureau à Zurich. Les banques chinoises connaissent les atouts de Genève», ajoute le président de l'ASB.

La «vague chinoise» n'est pas tout à fait nouvelle, rappelle Stéphane Graber, secrétaire général de la Swiss Shipping and Trading Association (STSA). Elle a commencé en 2009, avec la reprise de la firme genevoise Addax par le groupe pétrolier Sinopec, pour plus de 8 milliards de francs. En avril 2014, une entreprise basée à Pékin, Cofco, a repris plus de la moitié des parts de Noble Agri, une société qui a depuis renforcé sa présence dans le canton, et fin 2014, 51% des parts du négociant tessinois en métaux Duferco ont été acquises par le géant de Shijiazhuang, Hebei. «Je pense que d'autres arrivées sont inévitables car il y a à Genève une expertise sur les marchés physiques et dans la gestion des risques, qu'ils soient financiers, dans l'approvisionnement, le hedging (ndlr: une gestion stratégique des risques financiers)», souligne Stéphane Graber.

Le négociant Mercuria négocie d'ailleurs actuellement une entrée dans son capital de la société China Chemical Corp, première entreprise de produits chimique de Chine, selon l'agence Bloomberg, une information que la société genevoise ne souhaite pas commenter. «Mercuria a évidemment recourt à des établissements chinois pour accompagner ses opérations de négoce, en Asie bien sûr, mais dans d’autres zones géographiques également», précise néanmoins son directeur financier Guillaume Vermersch.

Les banques chinoises, immenses et capables de mettre sur la table des sommes colossales, attirent toujours plus les traders de la place, qui collaborent pour l'instant avec elles via leurs agences au Luxembourg, à Londres ou à Francfort. Le renminbi est la deuxième monnaie la plus utilisée pour le financement du commerce.

La signature d'un traité de libre-échange entre la Suisse et la Chine l'an dernier a «ouvert une porte», se réjouit Patrick Odier. Les échanges entre les deux pays ont encore crû depuis, là où ils ont baissé avec d'autres partenaires. «La coopération sino-suisse est en plein essor, plusieurs banques chinoises ont manifesté leur intérêt de s'installer à Genève, les perspectives pour créer un renminbi hub en Suisse sont désormais à portée de main», a indiqué Xu Jinghu, ambassadrice de la Chine en Suisse. Les représentants des banques chinoises, rencontrés en marge du séminaire, n'ont eux encore rien voulu communiquer.

Créé: 30.10.2015, 16h39

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