En vendant Globus, Migros accélère sa mue

Commerce de détailConfronté à une baisse constante de sa rentabilité, le géant orange commence la vente par étage de ses filiales les plus éloignées de son ADN.

Cherche repreneur. Les grands magasins Globus vont changer de main d’ici à 2020.

Cherche repreneur. Les grands magasins Globus vont changer de main d’ici à 2020. Image: Gérald Bosshard

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C’est avec une voix visiblement émue que le directeur général du groupe Migros, le Neuchâtelois Fabrice Zumbrunnen, s’est adressé jeudi en fin d’après-midi à la presse. «Le conseil d’administration et la direction générale ont pris mercredi soir la décision de mettre en vente ses filiales Globus, Interio, M-Way et la chaîne Gries Deco (Depot), a-t-il ainsi expliqué. Nous en avons informé les salariés concernés ce matin (lire ci-dessous), afin que ces cessions ne donnent pas lieu à des rumeurs qui n’auraient pas manqué de survenir. Mais, c’est vrai, il n’est jamais facile de faire un tel choix.»


A lire l'édito: Internet bouleverse tout, même Migros


Depuis que le Romand – décrit très vite par les médias alémaniques comme «un homme à la main de fer dans un gant de velours» – a repris les rênes de la Fédération des coopératives Migros et des quelque 200 entreprises qu’elle détient, le 1er janvier 2018, les choses sont allées très vite. Face à un bénéfice net en recul constant depuis six ans, il fallait couper… La vente des grands magasins Globus annoncée hier est incontestablement la plus spectaculaire et, peut-être, la plus inquiétante. Et pour cause. Depuis cinq ans, cette filiale «représente le plus gros chantier de Migros», a répété à l’envi son directeur général, Thomas Herbert. Des groupes concurrents et les médias d’outre-Sarine parlent carrément de Globus comme d’un «Sorgenkind», d’un enfant à problèmes.

Un gros problème d’ADN

La chaîne des grands magasins – qui emploie 3500 collaborateurs et a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 808 millions de francs face aux 28,4 milliards de francs réalisés par Migros – a vu sa rentabilité baisser, baisser encore. Son positionnement longtemps hybride entre le moyen et le haut de gamme lui a longtemps joué des tours. Puis, au tournant des années 2010, internet et le tourisme d’achat sont venus radicalement brouiller les cartes. En la matière, Globus n’est pas la seule frappée, puisque le groupe Manor connaît lui aussi des difficultés. «Depuis deux ans, affirme ainsi Beat Zahnd, responsable du département Commerce, nous avons passé cette filiale au crible, avons fermé des surfaces (ndlr: dont celle du centre commercial de Balexert, à Genève, à la fin de 2018), boosté les ventes en ligne et investi dans plusieurs villes suisses pour la rénovation complète de nos magasins.»

Sans en préciser le chiffre précis, les investissements consentis par Migros se sont ainsi élevés à plusieurs centaines de millions de francs. Or, après cet audit impitoyable, mené notamment par le cabinet McKinsey, et cette restructuration à pas forcés, «nous sommes arrivés à la conclusion que Globus n’appartenait plus à l’ADN de Migros», déclare encore Beat Zahnd. Qu’est-ce à dire? Dans l’édition du mois de juin de «Bilanz», le CEO de Globus, Thomas Herbert – qui possède 5% des actions de la chaîne –, évoque longuement la montée en gamme vers le luxe que veut opérer «son» groupe. Il était clair, dès lors, que les parfums et les cosmétiques parmi les plus chers du monde, ainsi que le secteur alimentaire Delicatessa – où l’on vend des grands crus à 8000 francs la bouteille –, voire l’arrivée, dans le vêtement ou la chaussure, de marques comme Kiton, Circolo 1901 ou Santoni, inconnues du grand public, ne coïncidaient plus avec celle de Migros, fille du très social Gottlieb Duttweiler.

Et revoilà Zalando et Amazon

Quant aux autres cessions – Interio, Depot (ameublement et décoration d’intérieur) et M-Way (vélos électriques) –, elles font suite à «des erreurs de stratégies» ou entrent trop en concurrence avec les marques propres de Migros, comme Micasa, Melectronics ou Sport XX que le grand distributeur suisse privilégie désormais. Combien ces différentes ventes par appartement vont-elles rapporter au géant orange? Fabrice Zumbrunnen n’a voulu évoquer aucun chiffre. Comme si, en réalité, cela n’avait qu’une importance mineure face au véritable tsunami qui submerge toute la branche du commerce de détail et surtout de l’habillement, ici comme ailleurs. Il porte un nom: internet, plus précisément Zalando et Amazon. Selon le dernier rapport «E-Commerce Report 2019», les Suisses ont dépensé l’an dernier 10 milliards de francs dans les ventes en ligne, un chiffre en croissance continue de 10%.

Créé: 27.06.2019, 21h42

Le sort de près de 4000 employés reste incertain

La Fédération des coopératives Migros (FCM) cherche des acquéreurs pour quatre de ses enseignes, dont le groupe de grands magasins Globus et le distributeur de meubles Interio. Du coup près de 4000 collaborateurs, actifs en Suisse, peuvent éprouver des craintes légitimes à propos de la pérennité de leur poste de travail.

Le président de la direction générale de Migros, Fabrice Zumbrunnen, a pris un engagement jeudi après-midi, à Zurich: «Nous serons en mesure d’indiquer l’an prochain les bons repreneurs de ces sociétés.» Les milliers de collaborateurs concernés, sur plus de 106 600 en tout au sein du groupe Migros, seront dès lors informés sur les projets des nouveaux propriétaires et fixés sur leur propre sort.

Mais pourquoi diable la direction de Migros se précipite-t-elle d’annoncer sa recherche d’acquéreurs, avant d’avoir obtenu des transactions satisfaisantes, ou tout au moins le moins décevantes possible? Fabrice Zumbrunnen a confié sa volonté d’anticiper et de couper court à «des rumeurs générant des nervosités au sein du personnel».
Le Neuchâtelois dispose en outre déjà «d’une longue, longue liste» de sociétés susceptibles de s’intéresser à la reprise des quatre enseignes, «toutes nettement mieux positionnées sur leurs marchés respectifs que deux ans auparavant». À propos de la reprise de Globus, acquis en juillet 1997 par Migros, le nom de la maison autrichienne Signa Holding est parfois évoqué. L’hypothèse d’une augmentation de la participation du directeur général de Globus, Thomas Herbert, dans le capital de la chaîne de grands magasins est parfois aussi retenue.

Pour la revente des deux filiales vouées aux meubles, à savoir Interio et Depot (marque partagée avec la maison Gries Deco, domiciliée en Allemagne), des noms de candidats potentiels plus connus des Romands sont mentionnés: Ikea et Pfister Meubles.

L’annonce de Migros suscite aussi de grandes spéculations relatives à la part appréciable de son patrimoine immobilier, susceptible de lui être inutile après la vente annoncée jeudi. Et il s’agit d’un portefeuille prometteur en perspectives de gains. Mais Fabrice Zumbrunnen a aussi pris des engagements très forts à ce sujet.

Les bâtiments ne seront ainsi pas vendus avant que les repreneurs des enseignes ne soient connus, ainsi que leurs projets. Le destin des immeubles ne devra en outre pas compromettre la pérennité des activités de distribution des acquéreurs.

Tenant compte de tous ces éléments stratégiques, Fabrice Zumbrunnen n’a pas pu résister. Le manager a en effet dévoilé quelques émotions: «Cela me fait mal de me séparer de ces entreprises. Je suis moi-même un client de Globus et d’Interio.»

Un mariage agité

Rachat
Le groupe Migros rachète Globus (ex-Jelmoli) en 1997 pour quelque 700 millions de francs. Le commerce de détail vit alors une phase critique, subissant de plein fouet la récession économique et une concurrence plus vive que jamais dans un marché restreint.

Expansion
Avec ce rachat, Migros compte poursuivre sa diversification, notamment à l’étranger. Son aventure en Autriche et en Allemagne se conclura par un fiasco.

Difficultés
De son côté, le groupe Globus, qui détient Jelmoli, ABM, Interio et Office World, peine à conduire ces diverses activités, allant du meuble à l’informatique, en passant par l’habillement. ABM disparaît avant l’an 2000.

Cession
En 2017, Migros se sépare d’Office World. Après plus de vingt ans, c’est Globus en entier qui va quitter son giron.

E.E

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