ÉditorialProtéger l’enfance a un prix
En Suisse romande, entre 5 et 8% des mineurs sont suivis par les services de protection de la jeunesse. Est-ce démesuré?
Chaque enfant a le droit d’être protégé contre toute forme de violence physique ou mentale: l’article 12 de la Convention des droits de l’enfant est un objectif louable. Mais très théorique. Dans les faits, c’est l’État qui veille au grain et relaie les familles lorsqu’il estime que celles-ci sont incompétentes.
Ces dernières années, la parole s’est libérée au sujet des violences intra et extra-familiales. Cela s’est traduit par une explosion des signalements et la multiplication de dossiers ouverts pour abus, négligence ou maltraitance. On ne saurait s’en plaindre: prendre en compte la parole de l’enfant et veiller à ce qu’il grandisse dans un environnement sain est un immense progrès.
Surchauffe
Le problème, c’est que le système est en surchauffe. Notre recherche montre que, dans les cantons romands, le nombre de mineurs suivis par les services de protection de la jeunesse est en forte augmentation: cela concerne près de 8% d’entre eux à Neuchâtel, moins de 6% dans le canton de Vaud et 5% à Genève. Sans surprise, ces proportions sont moindres dans des cantons plus ruraux comme Fribourg, le Jura ou encore le Valais.
Ces chiffres sont-ils disproportionnés? Les services de protection de la jeunesse sont-ils trop intrusifs? Ou autrement dit, l’État a-t-il trop de pouvoir sur les familles? Personne, aujourd’hui, ne se pose vraiment la question. Ce qui est sûr, c’est que sur le terrain, les structures sont en train de craquer. Et personne n’est content: ni les parents, qui se sentent maltraités par les institutions, ni les spécialistes et les éducateurs, qui travaillent dans des conditions harassantes.
L’attente dans les Points rencontre, qui est en moyenne de trois mois en Suisse romande, n’est qu’une des conséquences de cette situation. Elle crée une souffrance supplémentaire chez le parent privé de son fils ou de sa fille qui, quel que soit le problème, a le droit de garder le contact. Sans parler de la peine de l’enfant lui-même. Car au final, si l’État manque de structures adéquates et de personnel formé, c’est l’enfant qui en pâtira aussi. Comme une blessure supplémentaire.
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