Éditorial sur les États-UnisTrois défis que la nouvelle ère Trump pose à la Suisse
Relations commerciales, coopération internationale, stratégie de défense: le deuxième mandat du Républicain met notre pays face à ses responsabilités.
Au diable les McDo, Tesla, Nike et autres jeans Levi’s. Le boycott des produits américains est en vogue, semble-t-il, depuis que Donald Trump a repris les commandes de la première puissance mondiale. Des gestes d’humeur dont l’efficacité reste à démontrer. Ce qui paraît certain, en revanche, c’est que la Suisse a tout intérêt à maintenir ses relations économiques avec les États-Unis. C’est aujourd’hui l’un de ses trois principaux défis dans le nouvel ordre mondial façonné par l’imprévisible Républicain et sa garde rapprochée.
Cette Amérique qui menace la Terre entière de droits de douane punitifs n’est rien de moins que notre deuxième partenaire commercial, derrière l'Allemagne. Les exportations suisses de marchandises y ont triplé ces vingt dernières années pour atteindre près de 50 milliards de francs en 2023. La petite Suisse se hisse par ailleurs au 7e rang des investisseurs étrangers sur le sol américain – en particulier dans des domaines aussi stratégiques que la recherche et le développement. Fragiliser ces échanges serait donc catastrophique.
Heureusement, le travail diplomatique a pu démarrer tôt. La cheffe du SECO, Helene Budliger Artieda, a pu nouer cette semaine à Washington des premiers contacts directs avec de hauts responsables de la nouvelle administration Trump. Elle a pu plaider la cause de la Suisse et réfuter l’étrange reproche qui lui est fait d’avoir recours à des «pratiques commerciales déloyales». Le tout dans un climat cordial, qui tranche avec l’impétuosité du boss de la Maison-Blanche.
Le deuxième défi à relever est de continuer à défendre le multilatéralisme, la coopération internationale et l’aide humanitaire. Autant de domaines battus en brèche par Donald Trump, avec une violence inouïe. Dans ce contexte, on peut considérer comme un autre signe encourageant la récente décision du Conseil des États, qui a maintenu le soutien financier de la Suisse à l’UNRWA, l’organisation onusienne d’aide aux réfugiés palestiniens. Au-delà des quelques millions de francs par an dont il est question, le contraire aurait envoyé un signal désastreux à l’étranger.
Cet enjeu concerne au premier chef la Genève internationale, dont une partie non négligeable des activités est mise en péril par la politique trumpienne. Organisations internationales et ONG pâtissent déjà des coupes drastiques annoncées. C’est très inquiétant au vu de l’importance de cet écosystème – plus de 36’000 emplois – et du travail de fond qu’il fournit depuis des lustres. Le Conseil fédéral vient certes de faire un geste pour le soutenir, en augmentant de 1,2 million le budget qui lui est dédié. Mais à Genève, on attend de lui qu’il s’engage bien plus vigoureusement dans ce dossier.
Quant au troisième défi, c’est peut-être le plus délicat: il s’agit de redéfinir notre politique de défense en renforçant la coopération avec les pays européens. En déroulant le tapis rouge à la Russie de Poutine pour tenter de mettre fin à la guerre en Ukraine, le président Trump a choisi son camp. À la Suisse de faire de même… sans craindre de fâcher son meilleur ennemi américain.
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