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L’invitéÉlections américaines: l’incertitude jusqu’au bout

Erik Fruytier analyse les enjeux qui entourent le scrutin présidentiel américain.

Nous y sommes presque. La campagne présidentielle américaine aura moins brillé par la qualité du débat de fond que par sa forme conflictuelle, comme le premier débat entre les deux prétendants l’a tristement illustré. À l’avant-veille du verdict, les sondages sont en faveur de Joe Biden mais la surprise des élections de 2016 reste à l’esprit. Le système particulier des «grands électeurs» permet en effet de gagner sans la majorité des voix, et dans ce cadre les swing states constituent un enjeu crucial.

Le contrôle des deux chambres du Congrès est aussi en jeu, ce dernier étant essentiel au président s’il souhaite appliquer pleinement son programme électoral. Last but not least, les déclarations du président-candidat Donald Trump laissent planer un doute quant à une reconnaissance des résultats au matin du 4 novembre, d’autant que la nomination récente de la nouvelle juge à la Cour suprême a renforcé sa position en cas de litige sur le décompte des voix.

«Wall Street devrait apprécier une plus grande stabilité et lisibilité de la politique économique»

Qu’on le veuille ou non, un nouveau mandat donné aux Républicains serait synonyme de continuité. Ces derniers sont traditionnellement plus enclins à soutenir l’économie au travers de politiques de soutien aux entreprises, que ce soit par des baisses d’impôts ou un relâchement des régulations gouvernementales. Ces dernières mesures impactent généralement et principalement le monde de la finance, ainsi que tout ce qui a trait à l’environnement et donc la production de matières premières. Elles constituent logiquement un carburant puissant pour les actions et élargissent le déficit budgétaire.

Les Démocrates sont pour leur part plus enclins à implémenter des politiques sociales généreuses financées par des augmentations d’impôts ciblées sur les entreprises et les couches les plus aisées de la population. Ils soutiennent également une étatisation du système de santé, et les déficits sont plutôt de type keynésien, avec actuellement une priorité sur les infrastructures et régulations favorables à l’environnement. Toutefois, Wall Street devrait apprécier une plus grande stabilité et lisibilité de la politique économique autant qu’étrangère venant d’un ancien vice-président ayant plus de quarante ans d’expérience politique.

Différences de forme

En ce qui concerne la politique internationale, notamment les sujets de la «déglobalisation», de l’Europe et de la confrontation avec la Chine, les différences sont plutôt de forme que de fond entre la politique actuelle et la plateforme du candidat démocrate. Il en irait probablement de même avec les questions des chaînes de production essentielles à la sécurité nationale et des diverses problématiques liées aux «GAFA». Quant au Covid-19 et à ses impacts, les deux camps misent sur une disponibilité rapide d’un vaccin fiable et sûr.

Nous y sommes donc. 250 millions d’électeurs doivent choisir entre un président en exercice de 74 ans qui promet la continuité de la non-conformité et un ancien vice-président de 77 ans qui promet du changement pour revenir au conformisme d’un système politique quelque peu ébranlé… Quand bien même le sujet enflamme toute la planète, ce sont bien les Américains qui mettront fin à toutes les incertitudes qui caractérisent cette élection sans précédent.