La campagne électorale se gadgétise

Élections cantonales 2017Les partis recourent à de petits objets pour essayer d’exister au-delà des meetings, mais aussi pour entrer en contact avec les citoyens.

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Rendez-vous démocratiques, les campagnes électorales engendrent aussi leur lot de gadgets et de babioles en tout genre. A deux semaines du premier tour des élections cantonales, partis et candidats cherchent par tous les moyens à exister face aux Vaudois. Dont ils auront grandement besoin des votes, le 30 avril prochain.

Un exercice compliqué dans le contexte d’une campagne apathique, où le PLR promet plus de crèches alors que le PS veut plus de garderies. Bien sûr, les chemins pour y arriver ne sont pas tout à fait les mêmes. Les programmes électoraux défendus par les formations politiques sont beaucoup plus complexes. Mais il n’est pas aisé d’appâter le chaland en lui proposant de «privilégier les investissements selon une liste de priorités du Conseil d’Etat» ou la «taxation des plus-values foncières». Les voies classiques pour s’adresser à la population passent par les slogans, les tous-ménages qui inondent les boîtes aux lettres et les affiches qui tapissent les rues.

Les partis recourent également à un petit artifice pour engager la discussion avec les citoyens et leur exposer plus sérieusement leur projet. Comme le relève Laurine Jobin, secrétaire générale adjointe du PLR: «L’expérience du terrain montre que les gens prennent plus facilement un flyer du parti lorsqu’il est accompagné d’un petit objet.» A priori, ces gadgets n’ont aucun lien avec les propositions politiques des formations. Par exemple, les socialistes distribuent des «souffleurs de bulles» et le PLR d’Aigle des lunettes de soleil. «Donner ces petits objets aux couleurs du parti permet aussi de susciter un élan de sympathie», observe pour sa part Gaétan Nanchen, secrétaire général du PSV.

Recyclés d’une campagne à l’autre

L’UDC offre de petites boîtes de crayons de couleurs pour attirer les enfants et ainsi aborder leurs parents. «Ces boîtes nous restaient de la campagne pour les fédérales», relève Kevin Grangier, secrétaire général. Car les partis récupèrent beaucoup d’une élection à l’autre. «Nous avons commandé les objets de campagne en gros pour le cycle des fédérales, des communales et celui des cantonales», explique Gaétan Nanchen.

Les articles sont frappés d’un logo différent, mais c’est souvent le même genre d’objets d’un parti à l’autre. Les grands classiques restent les bonbons, les stylos et les ballons. Cependant, la palette est large: porte-clés, pattes nettoyantes pour les lunettes, décapsuleurs, chaufferettes, brosses à dents, clés USB, sacs à pains etc. Bref, toute la gamme d’objets promotionnels auxquelles recourent habituellement les entreprises.

Les socialistes ont également leurs inévitables roses. Ils en écoulent plusieurs milliers durant la campagne. Rien que pour la section lausannoise, l’ardoise avoisine les 10 000 francs. Ce sont des roses achetées auprès de grandes surfaces, en provenance du Kenya et labellisées «commerce équitable», assure-t-on du côté du PSL.

Cette année, le PLR a, lui, misé sur des post-it avec une mention plutôt discrète du site du parti. «Nous devons pouvoir aborder le plus grand nombre de personnes possibles avec ces objets», explique Laurine Jobin.

Pas de gadgets écolos

Les Verts, eux, ne mangent pas de ce pain-là. «Nous n’avons pas de gadgets à distribuer, indique Alberto Mocchi, président du parti vaudois. Ce n’est pas spécialement écolo.» Dans le nord, les Verts donnent tout de même des petits pots avec une plante. Et à Lausanne, ils ont profité de la journée sans viande du 20 mars pour distribuer des «tartines véganes».

La grande différence entre la droite et la gauche reste les campagnes personnelles. Seul le camp bourgeois autorise ses candidats à en faire. Cela ouvre le champ à des initiatives assez particulières. «Le parti a tout de même un droit de regard», précise Laurine Jobin.

A Dully, le syndic PLR Frédéric Mani, candidat au Grand Conseil, a donc décidé de faire sa propre BD de campagne. 3000 exemplaires de 24 pages illustrées par le dessinateur Pécub. Le fascicule est imprimé à la Fondation Eben-Hézer de Lausanne. «Je voulais autre chose que les affiches et les flyers, explique Frédéric Mani. Avec la BD et la caricature, je peux attirer le regard des badauds qui n’en peuvent plus de la campagne. C’est un moyen de me différencier et de me donner plus de visibilité, tout en pouvant faire passer mon message.»

Plus extravagant, il y a aussi les objets détournés, comme le nouveau Parlement cantonal devenu un gadget électoral. Il aura fallu quinze ans pour reconstruire l’édifice mais, coup de bol, la date de son inauguration tombe à deux semaines du premier tour. Pile au moment où les Vaudois reçoivent leur matériel de vote. Une occasion en or pour les candidats sortants du Conseil d’Etat de montrer leur bobine et de faire parler d’eux. Le PSV a, lui, profité de cet événement pour distribuer des tracts de campagne.


Mobilisation: la peur de l'abstentionnisme gagne les partis

En 2012, le taux de participation était d’un peu plus de 40%. Dans les partis, de gauche à droite, on redoute que l’abstention gagne encore du terrain le 30 avril prochain. Il faut donc battre le rappel.

Plusieurs facteurs laissent craindre une faible participation. L’absence de votations fédérales à la date du premier tour des cantonales, les vacances de Pâques qui tombent au plus mauvais moment et enfin les candidats. Principalement les six sortants du Conseil d’Etat qui surjouent la collégialité en période électorale et anesthésient complètement la campagne.

Pour limiter les dégâts, les partis tentent de mobiliser. La section lausannoise du PS a mis en branle une chaîne téléphonique. D’autres sections le font aussi. Les militants doivent appeler les gens du district pour les inviter à voter, et si possible à voter socialiste. «C’est le parti national qui a mis sur pied un outil spécifique pour mobiliser les sympathisants lors des fédérales de 2015», explique le président lausannois, Benoît Gaillard. L’idée n’est pas d’appeler n’importe qui comme un démarcheur d’assurance. Le parti met à disposition un fichier de quelque 5000 numéros de sympathisants vaudois. Des gens qui sont entrés en contact au moins une fois avec le PS pour différentes raisons. «Cette démarche est pertinente, parce que le socle de voix pour décrocher un siège au Grand Conseil risque d’être bas. Donc chaque bulletin compte», pense Benoît Gaillard.

En face, on n’est pas en reste. L’UDC est en train de mettre sous pli un courrier pour battre le rappel de ses sympathisants. Les PLR et les Verts recourent aux mails et autres newsletters pour mobiliser leurs membres et faire voter.

Plus largement, toutes les formations politiques se démènent sur les réseaux sociaux. On verra le 30 avril qui aura été le plus efficace.


Gourmandise: un peu de sucre et de gras pour donner du goût à la campagne

C’est l’autre grand classique du marketing politique: joindre un petit quelque chose à manger au tract électoral donné au passant. La solution de facilité, c’est le croissant ou le petit pain à la gare. Mais les partis varient le menu.

L’UDC mise ainsi sur les pommes dans plusieurs régions. Et pas n’importe lesquelles: des jazz, cultivées à La Côte. «Ce sont des pommes premium, avec un goût prononcé», explique le chef des députés UDC Philippe Jobin, lui-même producteur de cette variété. «Un fruit, cela se transporte plus facilement qu’un croissant.» Les pommes distribuées par le parti ne viennent pas directement de son exploitation, mais d’une coopérative locale. Le parti aurait déjà distribué plusieurs milliers de pommes.

Dans l’Ouest lausannois, les Verts ont un même credo avec la «brouette verte». Durant les deux dernières semaines, ils ont distribué des légumes et des fruits de saison dans chacune des huit communes du district.

Certains font le pari des cadeaux chauds, préparés en partie sous les yeux des passants. C’est le cas à Lausanne par exemple. Les socialistes y ont proposé des pâtes au pesto rouge, tandis que les libéraux-radicaux ont misé sur la raclette. Leur présidente, Florence Bettschart-Narbel, y voit un réel avantage: «Cela crée une file d’attente, ce qui permet de discuter plus facilement avec les gens et de les faire rester plus longtemps sur notre stand qu’avec un simple tract.» La distribution s’adresse à tout le monde évidemment. Même des touristes s’y sont intéressés. «Certains nous ont pris en photo, nous sommes devenus une attraction touristique», rigole Florence Bettschart-Narbel.

Et le sucre dans tout ça? A Nyon, le candidat UDC Sacha Soldini donne des plaques de chocolat au lait de 100 grammes, fabriqué en Suisse, avec sa photo et le logo du parti. «Je suis fan de chocolat, explique-t-il. Pour le choisir, j’ai organisé une dégustation à l’aveugle avec ma femme et les enfants.» Son slogan: «Le chocolat… c’est bon pour le moral… Voter compact la liste UDC… c’est bon pour le canton…» Le candidat compte que chaque plaque coûte 55 centimes, achat du chocolat et impression compris. Il en a distribué à ce jour près de 400.


Sur la route: en calèche ou en camping-car dans les coins reculés

Si l’électeur habite un lieu reculé, une seule façon de l’approcher: aller jusqu’à lui. Plusieurs partis ont trouvé la solution, à l’instar des libéraux-radicaux du district de Morges. Comme pour les élections fédérales de 2015, la députée Laurence Cretegny sillonne la région avec son char et ses juments. L’une s’appelle Savane, une franches-montagnes de 9 ans. L’autre, Symphonie, est une comtoise de 11 ans.

«Pour les fédérales, nous avions parcouru 600 km et étions passés dans l’ensemble du canton de Vaud», se souvient cette agricultrice, qui est aussi syndique de Bussy-Chardonney. Parfois accompagnée par d’autres collègues candidats, elle prévoit sept sorties de 15 à 20 km et a prévenu les Municipalités des communes traversées. «En général, les gens voient les candidats sur des affiches mais ne peuvent pas leur parler, ajoute Laurence Cretegny. En allant dans les villages, on peut parler de politique, des problèmes des gens, ou encore de la pluie et du beau temps.»

Dans le Chablais, le Parti socialiste utilise la même logique. Il a sillonné en camping-car dix localités du district jusqu’à la semaine dernière. «Les sections font des stands en ville, or il y a des petites localités où rien ne se passe. Nous avons donc cherché un support pour nous promener dans la campagne», explique Robert Conrad, responsable de campagne du PS régional. A chaque fois, la venue était annoncée par un tous-ménages. «Nous avons aussi distribué des briques de lait avec un autocollant du Parti socialiste, pour montrer notre soutien aux producteurs suisses», ajoute Robert Conrad. (24 heures)

Créé: 18.04.2017, 06h41

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