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Les femmes font du surplace sur les listes du Grand Conseil

Près de 900 candidats se présentent au parlement vaudois, dont seulement un tiers de femmes. En cinq ans, leur nombre n'a pas évolué.

Les élues socialistes vaudoises posaient à Rumine en vue de la Journée internationale des droits des femmes.
Les élues socialistes vaudoises posaient à Rumine en vue de la Journée internationale des droits des femmes.
JEAN-BERNARD SIEBER / ARC

«C’est aux vieux mâles de céder leur place. Nous, les féministes, avons fait tout ce que nous pouvions jusqu’ici. Nos discours n’ont pas été entendus par tous les partis. C’est à eux de prendre leurs responsabilités. C’est une question de démocratie.» Ce commentaire volontairement provocateur vient de la présidente des Verts lausannois, Léonore Porchet, qui fait partie des politiciennes vaudoises les plus actives sur les questions d’égalité entre femmes et hommes.

Objet de son désarroi: le nombre de femmes parmi les candidats au parlement cantonal. Selon les données récoltées par Smartvote.ch et disponibles sur notre site Internet, les femmes ne représentent que 302 des 898 candidats, c’est-à-dire une proportion de 33,6%. La palme de la parité revient aux socialistes et aux Verts (47,7% de femmes). La droite, elle, est à la traîne: seulement 27,3% au Parti libéral-radical (PLR) et même 16,1% pour l’UDC (voir infographie).

La comparaison avec les élections de 2012 n’est pas très encourageante. Il y a cinq ans, on comptait 293 femmes sur un total de 938 candidats (31,2%). La hausse est donc de seulement 2,4 points cette année. La proportion était similaire lors de l’élection du Conseil national en 2015, avec 113 candidates sur un total de 326 concurrents (34,7%).

Parmi les nombreuses organisations qui s’activent pour favoriser la participation des femmes en politique, il y a le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH). Sa nouvelle cheffe, Maribel Rodriguez, dit néanmoins voir le verre à moitié plein. «Il y a une progression depuis 2012. C’est positif, même si elle n’est pas aussi rapide qu’on l’aimerait. Il s’agit de processus à long terme, d’éléments structurels difficiles à changer, comme la conciliation entre vie privée et vie professionnelle. La solution passe en grande partie par le travail dans les partis pour valoriser, par exemple aux postes clés, ces talents qu’on ne voit malheureusement pas aboutir.»

Solution: obliger les partis

«Il n’y a pas 40'000 solutions pour que la situation change», commente Eléonore Lépinard, professeure associée au Centre en études genre de la Faculté de sciences sociales et politiques (SSP), de l’Université de Lausanne. Elle voit trois solutions: les quotas imposés par la loi, la pression à l’interne d’un parti avec des sections féminines qui demandent des mesures contraignantes, ou encore une compétition électorale entre les partis eux-mêmes sur cette question.

A l’étranger, la situation ne se serait améliorée que là où les partis ont été obligés d’augmenter le nombre de femmes sur leurs listes. Ainsi, en France, les partis doivent présenter des listes paritaires aux élections proportionnelles depuis l’an 2000. «La loi a fonctionné, alors que tout le monde avait prédit que les partis ne trouveraient pas de femmes candidates, ajoute Eléonore Lépinard. Cela prouve qu’il ne s’agit pas d’un problème d’offre des femmes à disposition pour être candidates, mais d’un problème de demande des partis, que ça n’intéresse pas. Pourquoi voudriez-vous que la situation change à droite, sans aucune politique interne? Attendre qu’une génération s’en aille n’est pas une solution.» Le problème, c’est que la droite ne veut pas entendre parler de quotas: «Avec des quotas, certaines femmes risquent d’être des alibis», estime Roxane Faraut Linares, municipale à Nyon et présidente de la section Femmes du PLR vaudois. La solution: privilégier le vote pour les candidates. «J’appelle toujours à voter pour les femmes, c’est la moindre des choses, ajoute Roxane Faraut Linares. Bien sûr j’appelle d’abord à voter PLR.»

Des candidates à rassurer

Pour augmenter le nombre d’appelées, il s’agit de les encourager. «Mon rôle est de les rassurer, de leur dire qu’elles ont les compétences pour être élues, ajoute l’élue nyonnaise. Le travail passe beaucoup au niveau communal. L’important n’est pas le nombre de candidates, mais le nombre d’élues.»

Mais pour le coup, le score de la droite n’est pas reluisant au Grand Conseil. Si près de la moitié des élus socialistes et Verts sont des femmes (45% et 47%), la proportion n’est que de 17,4% au PLR (8 femmes et 38 hommes) et de 11,1% à l’UDC (3 femmes et 24 hommes).

Pourquoi la droite peine-t-elle à recruter des femmes candidates? Les réponses sont hésitantes. «Nous sommes pourtant très ouverts aux candidatures féminines et avons lancé plusieurs appels à nos arrondissements», explique Frédéric Borloz, président du PLR Vaud. «Je fais une supposition: peut-être y a-t-il une approche différente de faire de la politique entre la droite et la gauche, qui expliquerait cela. Une femme de droite hésitera peut-être à mettre ses enfants en garderie ou demander un congé pour faire de la politique. A gauche moins.»

Vétéran des députés UDC depuis 1995, Pierre-Yves Rapaz a une analyse similaire: «Les femmes de droite hésitent peut-être un peu plus, en général issues de familles avec plusieurs enfants, qui ont à cœur de s’occuper de leur famille plutôt que d’entrer en politique. Je remarque que nous avons peu de jeunes femmes. Celles qui s’engagent ont, en général, déjà des enfants adolescents. A gauche, avec un profil universitaire, les femmes sont formées à s’impliquer.»

Une charge supplémentaire

Féministes et élues de gauche ont une réponse: le discours de la droite n’est pas des plus porteur pour la question des femmes, comme la vision traditionnelle de la famille véhiculée par l’UDC.

Mais l’explication ne convainc pas la députée UDC Aliette Rey-Marion, élue en 2007 et candidate à sa réélection cette année. «L’image d’une UDC qui dirait que la femme doit rester à la maison est faussée, commente-t-elle. Si on se met en avant, on est tout à fait acceptée.» Pour expliquer la faible présence des femmes en général sur les listes, Aliette Rey-Marion note elle aussi leurs réserves à s’engager: «Nous, les femmes, on attend qu’on vienne nous chercher. On ose moins, en se disant que la politique serait une charge supplémentaire à gérer. Les hommes se posent moins de questions. Les femmes doivent arrêter de se sous-estimer.» Pour elle, les choses sont en train de changer avec les jeunes générations, celles où «les papas s’impliquent beaucoup plus», comme elle dit.

«Femmes éduquées à sourire»

Cette hésitation des femmes, même les partis de gauche disent l’observer. «Les femmes ont davantage besoin d’être rassurées concernant leurs compétences que les hommes. Une femme dira qu’elle a peu de temps, qu’elle veut privilégier sa famille», note Jessica Jaccoud, députée et vice-présidente du Parti socialiste vaudois. Entendre des féministes établir une telle différence entre les hommes et les femmes peut surprendre. Mais pour Jessica Jaccoud, il n’y a rien de sexiste derrière ce constat: «Les hommes et les femmes ont des compétences égales, souligne-t-elle. Mais certaines femmes comptent 40 ans d’éducation difficiles à casser. Nous faisons face à des stéréotypes qui ont la vie dure.»

Léonore Porchet tient le même discours. Elle va plus loin en affirmant que le monde politique est très éloigné de l’éducation sociale des femmes: «C’est un milieu de confrontation, où il faut couper la parole par exemple. Or les femmes sont socialisées à sourire, à ne pas prendre de place, à être de gentilles filles. Le monde politique est un milieu hostile pour les femmes.»

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