A la recherche de l'influence perdue

Les enjeux dans les cantons (2/4)L'arc jurassien ne pèse pas lourd à Berne. Va-t-il rebondir en élisant de nouvelles personnalités?

<b>Neuchâtel</b> La représentation du canton au Conseil national a été réduite de cinq à quatre sièges.

Neuchâtel La représentation du canton au Conseil national a été réduite de cinq à quatre sièges. Image: J.-P. GUINNARD

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Un canton de Neuchâtel meurtri par les scandales, en proie à la crise et aux déficits, qui va perdre un siège au National. Un canton du Jura déchiré par un duel fratricide au sein du PDC. Une région, le Jura bernois, qui pourrait perdre son unique représentant à Berne.

A l’heure du bilan de législature, force est de constater que la force de frappe de l’arc jurassien n’est plus ce qu’elle était. Par le passé, la région n’a pas été avare de personnalités marquantes, comme les ministres Pierre Graber, Pierre Aubert ou René Felber, les députés Jean Cavadini, Fernand Cuche, Claude Frey ou Jean Studer pour Neuchâtel. Ainsi que le tandem Jean-Claude Rennwald et François Lachat dans le Jura.

Aujourd’hui, outre Didier Burkhalter, on peine à distinguer une figure qui a incarné la région durant ces quatre ans. Yvan Perrin a disparu des écrans radars, Didier Berberat peut être crédité d’une certaine influence, de même que Jacques-André Maire, mais ni l’un ni l’autre ne font figure de stars à Berne.

Ces dernières semaines, l’expression «Une législature pour rien» a couru à Neuchâtel pour désigner la période qui s’achève. Sur cinq conseillers nationaux élus en 2011, trois ont été aspirés au Conseil d’Etat en cours de mandat. Résultat, le canton a été représenté à Berne par des novices.

Avec une députation qui sera à nouveau largement renouvelée, d’aucuns craignent que la situation ne perdure. Le candidat écologiste Fabien Fivaz, lui, ne croit pas à cette malédiction: «L’exemple de Yannick Buttet et Mathias Reynard en Valais montre que des jeunes aussi peuvent faire rayonner leur canton.»

Une législature pour rien?

Une législature pour rien? «Le canton ne peut pas se le permettre», assène Nicolas Willemin, rédacteur en chef de L’Express/L’Impartial. Car, si l’expression résume bien la perte d’influence de l’arc jurassien, le phénomène n’est pas seulement une question de personnalités politiques.

Il est loin le temps où la promotion économique neuchâteloise, sous la direction de Francis Sermet, faisait saliver le reste de la Suisse romande. La région prospérait d’autant plus que l’autre arc, lémanique celui-là, se débattait dans des déficits abyssaux, des bisbilles de ministres et des scandales bancaires.

Si le Jura a fait le deuil des collaborations romandes pour arrimer son avenir économique à Bâle, Neuchâtel s’est enfoncé à son tour dans les divisions. Le Haut et le Bas se sont déchirés sur les hôpitaux ou les transports publics. Et les affaires Hainard et Legrix n’ont pas ajouté au crédit de la classe politique. «Je ne crois pas qu’à l’extérieur, on associe le canton à ces histoires, affirme, optimiste, Fabien Fivaz. Les politiciens neuchâtelois ne sont pas tous nuls.»

D’autres observateurs estiment aussi que Neuchâtel est en train de rebondir. Certes, les caisses sont vides, comme celles de beaucoup de cantons. Mais, contrairement à l’arc lémanique, Neuchâtel a anticipé la 3e révision de la fiscalité des entreprises. Et il est en train d’empoigner celle des personnes – pour en finir avec sa réputation d’enfer fiscal. Et le Conseil d’Etat, largement remanié au fil des démissions, a trouvé une cohésion. Il paraît déterminé à relever les défis lancés aux régions périphériques: attirer des entreprises, du personnel bien formé et des contribuables aisés.


Dans le Jura, le duel fratricide Seydoux-Kohler déchire le PDC


Le 18 octobre, le canton du Jura va vivre son premier «Super Sunday»: le même jour, le peuple sera appelé à élire le gouvernement, le parlement et la députation au Conseil national et au Conseil des Etats. Une nouveauté qui laisse les partis exsangues, tant ils ont rencontré de difficultés à trouver suffisamment de candidats pour remplir leurs listes.

Pour l’élection au Conseil d’Etat, c’est le duel fratricide au sein du PDC qui retient l’attention. Alors que la sortante Anne Seydoux pouvait s’attendre à une réélection paisible aux côtés du socialiste Claude Hêche, la candidature de Pierre Kohler est venue brouiller les cartes. Véritable animal politique, l’ancien maire PDC de Delémont est considéré comme une machine à gagner les élections: dans toute sa carrière, il n’a jamais mordu la poussière. En 2003, il avait joué la même farce à son colistier François Lachat et l’avait évincé du Conseil national pour 19 voix.

Cette année, la candidature de Pierre Kohler a profondément divisé le PDC jurassien. Les femmes, en particulier, ont dénoncé sa démarche et se sont rangées largement derrière Anne Seydoux. L’élection se déroulant à la proportionnelle, une victoire des deux candidats PDC face au sortant socialiste Claude Hêche n’est pas réaliste.

Pour les deux sièges occupés par le Jura au Conseil national, aucune surprise n’est attendue. Le PDC et le PS présentent aussi leurs sortants, à savoir Jean-Paul Gschwind et Pierre-Alain Fridez, respectivement. Ni le PLR ni le Parti chrétien-social ne sont en mesure de briser cette hégémonie noire et rose.

Entre la prime aux sortants, le nombre réduit de sièges attribués au canton et la domination du PDC et du PS, le Jura offre peu de perspectives à une relève du personnel politique. La fin du processus de rattachement du Jura bernois contribue aussi à ce phénomène. Alors que tout le monde était politisé dans les années qui ont suivi les plébiscites et votations des années 70 sur l’indépendance du canton, l’engagement politique a peu à peu décliné.

Créé: 16.09.2015, 10h21

A Neuchâtel, cinq partis se disputent quatre précieux sièges

Le site Arcinfo l’a révélé lundi: l’UDC Raymond Clottu, député sortant et tête de liste, a recommandé à ses électeurs de «voter utile» en cumulant son nom. Au mépris de ses trois colistiers et en particulier de son second, Blaise Courvoisier, qui a déjà manifesté son indignation. L’anecdote est révélatrice de la crispation régnant à Neuchâtel, alors que la représentation du canton au Conseil national a été réduite de cinq à quatre sièges. Dans ces conditions, tout l’enjeu est de savoir si l’UDC va conserver le siège dont Raymond Clottu avait hérité en 2013 après l’élection d’Yvan Perrin au Conseil d’Etat.

«Avec quatre sièges seulement, les choix sont restreints», analyse Nicolas Willemin, rédacteur en chef de L’Express/L’Impartial. Première force du canton, le PLR part cette année avec une nouvelle équipe – les sortants Sylvie Perrinjaquet et Pierre-André Monnard n’ayant pas voulu relever le gant. Avec Philippe Bauer et Andreas Jurt, deux candidats peu connus, en tête de liste, le parti ne pouvait pas courir le risque d’un apparentement avec l’UDC qui risquait fort bien de lui souffler l’un de ses deux sièges.

En partant seule, l’UDC devra ratisser plus large que son socle qui est estimé entre 14% et 16% si elle veut conserver son siège. La présence sur sa liste de Jean-Charles Legrix, objet de polémiques durant des mois, ne devrait pas faciliter les choses. Pas plus que le faux pas de Raymond Clottu.

Afin de maximiser ses chances d’emporter deux sièges elle aussi, la gauche part unie cette année avec des apparentements entre le PS, les Verts et le POP. Le socialiste sortant Jacques-André Maire, qui est décrit comme un acteur discret mais efficace au service de la formation et des travailleurs, devrait conserver la place qu’il occupe depuis six ans à Berne.

La course est plus ouverte entre la gauche de la gauche et le centre gauche pour ce second siège. Avec un avantage au POP qui présente le président du Locle, Denis de la Reusille. Très populaire bien au-delà de son camp, ce dernier avait fait un score canon en 2011, devançant la Verte Francine John-Calame de 3500 voix. Mais il avait dû s’incliner par le jeu des apparentements. Denis de la Reussille pourrait bien rassembler derrière lui tous les mécontents des Montagnes neuchâteloises qui se sentent lâchés par le Bas, en particulier sur l’hôpital de La Chaux-de-Fonds. Le popiste aura pour concurrent le Vert Fabien Fivaz, député au Grand Conseil.

En revanche, la réélection au Conseil des Etats de Didier Berberat (PS) et de Raphaël Comte (PLR) paraît jouée. Le système proportionnel exclut pratiquement toute surprise vu les forces en présence dans le canton.

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