Pour Vaud, une fierté et une chance

Perspective cantonaleLe Conseil d’Etat pense que l’élection de Guy Parmelin peut aider à trouver des solutions avec l’UE et à défendre l’économie lémanique.

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Il y avait quelque chose d’un peu étrange à voir, perchés côte à côte sur la galerie du Conseil national, Pierre-Yves Maillard et Pascal Broulis attendre patiemment que Guy Parmelin ramène le canton de Vaud au Conseil fédéral, dix-sept ans après le départ de Jean-Pascal Delamuraz. Les deux hommes forts de la politique vaudoise contemporaine, qui incarnent ensemble la réussite retrouvée du canton, son sens du compromis, ont tous deux échoué aux portes du gouvernement fédéral. Et voilà qu’un troisième homme, encore improbable il y a deux mois, issu du parti qui clive la politique du pays, y accède et met fin à cette longue parenthèse. Pour Vaud, et par extension pour l’arc lémanique, cette élection suscite des espoirs.

«Pour le président du Conseil d’Etat vaudois que je suis, c’est une satisfaction de voir de nouveau notre grand canton représenté au gouvernement fédéral», sourit Pierre-Yves Maillard. Qui place d’emblée l’enjeu sur les grands dossiers touchant le canton et la région. «C’est la première fois depuis son essor que l’UDC aura deux personnes au Conseil fédéral vraiment choisies par la ligne officielle du parti. Guy Parmelin n’en est pas moins issu d’une région dont il connaît les ressorts, les forces et les difficultés. C’est peut-être une chance pour trouver une meilleure solution dans nos relations avec l’Union européenne, en relation avec l’initiative «Contre l’immigration de masse».» Lecture optimiste? Pierre-Yves Maillard l’admet, mais insiste: «Dans ce processus particulier qu’est l’élection au Conseil fédéral, il y a un avant et un après pour l’élu. Qui n’a plus la même approche qu’en étant parlementaire. De plus, il fut un temps, que Guy Parmelin a connu, où l’UDC était un liant centriste. Cette référence existe encore.»

Et le socialiste de lister les chantiers majeurs où tant Vaud que Genève, dans une communauté de destins, attendent le soutien du Conseil fédéral: l’amélioration des infrastructures ferroviaires et la poursuite des investissements de rattrapage en matière de transports, la préservation d’une relation positive avec l’Union européenne, une politique monétaire qui préserve de la désindustrialisation, et le maintien d’un service public audiovisuel de qualité.

Pour son collègue libéral-radical Pascal Broulis, Guy Parmelin présente l’avantage d’avoir, depuis qu’il est conseiller national, entretenu des relations soutenues avec le gouvernement vaudois. «Avec lui, nous avons pu influencer utilement le mode d’assainissement des caisses de pension publiques, travailler à la péréquation financière, sur les enjeux territoriaux, la double imposition, la réforme de la fiscalité des entreprises… Ce sont des domaines qu’il connaît bien.» Pascal Broulis glisse même l’espoir de voir le nouveau ministre reprendre les Finances fédérales. Ce à quoi Guy Parmelin, d’un ton déjà très fédéral, répond: «Je comprends bien l’intérêt du canton de Vaud, mais la RIE III est un enjeu national, indissociable de la péréquation, du reste…»

Pascal Broulis voit plus loin: pour le canton, pour l’arc lémanique, avoir «son» conseiller fédéral, c’est avoir au sein du gouvernement une compréhension instinctive d’éléments vitaux pour la région: la démographie, l’ouverture au monde, la forte internationalisation de l’économie (multinationales, PME exportatrices, fédérations sportives), les hautes écoles. «Son écoute, jamais démentie, sera précieuse, mais aussi son image, le rayonnement de sa fonction.»

«Intelligence émotionnelle»

Pour Philippe Leuba, ministre vaudois PLR de l’Economie et des Sports, cette élection consacre aussi le retour du canton sur la scène fédérale après une longue période de doutes, de dettes et de crédibilité en berne. A gauche, on se raccroche d’abord à «l’intelligence émotionnelle» du politicien. «J’espère qu’il saura être le conseiller fédéral de tous, et résister aux pressions des tenants de la ligne dure de l’UDC, avance Rebecca Ruiz (PS). Je suis heureuse pour le canton, et je veux croire que Guy Parmelin saura en reconnaître le dynamisme, d’où il vient, et à quel point il faut défendre sa relation à l’Europe.»

Son collègue genevois Carlo Sommaruga partage ce point de vue: même si Guy Parmelin incarne une réalité rurale et conservatrice plutôt minoritaire dans l’arc lémanique, c’est un homme «qui a le sens de l’Etat et qui cherche à bâtir plutôt qu’à détruire».

Mais Guy Parmelin n’est-il pas l’élu des circonstances? «Il est certain que le choix du candidat alémanique par l’UDC a beaucoup pesé, acquiesce Pierre-Yves Maillard. Mais, au-delà de cette opportunité, dans la clarté de son ambition, sa faculté à se montrer éligible par tous, Guy Parmelin a su œuvrer avec intelligence.» Philippe Leuba abonde: «Etre la bonne personne au bon moment, c’est aussi un art en politique. Guy Parmelin a été servi par les circonstances, mais cela n’enlève rien à son mérite. Je suis par ailleurs convaincu qu’il est un homme d’Exécutif et que, sans renier ses convictions, il saura se mettre au service du bien public.»

Le conseiller national Olivier Feller (PLR) conclut: «La gauche et le centre ont voulu montrer leur force en soutenant le candidat le moins porté par l’establishment zurichois de l’UDC. Résultat, on élit un troisième Romand sans que cela fasse problème, avec la promesse d’une stabilisation des institutions. C’est remarquable, non?»

Créé: 10.12.2015, 06h40

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Vaud fêtera son quinzième conseiller fédéral

Comme le veut le protocole, Guy Parmelin sera fêté dans son canton d’origine. La célébration aura lieu le jeudi 17 décembre à Nyon, chef-lieu du district dans lequel se situe le village du nouvel élu, Bursins. Le président du Conseil d’Etat, Pierre-Yves Maillard, a également indiqué que les écoliers auraient congé l’après-midi ce jour-là, en l’honneur de son élection. Tous les détails du protocole sont discutés ce jeudi.

Guy Parmelin devient le quinzième Vaudois à accéder au Conseil fédéral depuis la naissance de l’Etat fédéral, en 1848. Daniel Henri Druey a été le premier, entre 1848 et 1855, tandis que le dernier en date fut Jean-Pascal Delamuraz, entre 1983 et 1998. La présence vaudoise au gouvernement fédéral a été continue de 1848 à 1998, avec seulement deux pauses entre 1944 et 1947 et entre 1966 et 1973. Politiquement, Guy Parmelin est le premier conseiller fédéral vaudois issu de l’UDC, la quasi-totalité de ses prédécesseurs ayant été radicaux. Parmi les 14 ministres vaudois, sept ont siégé pendant plus de dix ans. Le record de longévité, avec dix-huit ans, revient à Antoine Louis John Ruchonnet entre 1875 et 1893. Ces quatorze Vaudois viennent en majorité des districts de la Broye-Vully (quatre), de la Riviera (trois) et de Lavaux-Oron (trois). Lutry est la commune vaudoise la plus représentée avec deux citoyens: Victor Ruffy (1867-1869) et son fils Eugène Ruffy (1893-1899). La Ville de Lausanne a envoyé un des siens au Conseil fédéral, Georges-André Chevallaz. Le Lausannois socialiste Pierre Graber, qui a conduit toute sa carrière politique dans la capitale, a été élu sous les couleurs de son canton d’origine, Neuchâtel. Après son élection du 10 décembre 1969, il a été fêté dans son canton d’adoption. Le dernier Vaudois à avoir été candidat au Conseil fédéral est le socialiste Pierre-Yves Maillard, qui a échoué contre Alain Berset. M.SL

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