AboElisabeth Baume-Schneider«Les riches paient déjà des impôts à trois niveaux»
La conseillère fédérale explique pourquoi elle rejette les initiatives populaires sur la santé. Et pourquoi elle prend une franchise d’assurance-maladie à 2500 francs.

Est-ce que vous faites de l’exercice physique pour garder la santé?
Pas assez. Je monte les trois étages du Département de l’intérieur plusieurs fois par jour mais, autrement, je ne suis pas une grande sportive.
Pas de jogging, pas de marche?
La marche, oui. Le week-end, quand je peux. Mais je mutualise le sport avec mon mari et mes fils.
Avez-vous changé d’assurance l’an passé, après la hausse des primes de plus de 8%?
Non. Il n’y avait pas de différence notoire entre ma caisse et les autres.
Vous prenez une franchise à 300 ou à 2500 francs?
J’ai la franchise la plus élevée. Parce que je suis en bonne santé et que, si j’avais des frais, j’arriverais effectivement à les payer.
Vous êtes contre l’initiative du PS pour limiter les primes à 10% du revenu. Votre principale raison de dire non le 9 juin?
Le Conseil fédéral estime que l’initiative ne prend pas les problèmes à la racine, à savoir les coûts de la santé. Les primes reflètent ces coûts. C’est sur eux qu’il faut agir le plus fortement.
Et puis?
L’initiative ne prend pas suffisamment en considération la répartition des compétences entre la Confédération et les cantons. Ces derniers sont les plus à même de maîtriser les coûts sur leur territoire, notamment par leur planification hospitalière. Enfin, d’une manière générale, les coûts pour les collectivités seraient trop importants. On parle de plusieurs milliards par année.
On n’a pas les moyens de financer cela?
Le financement sera difficile pour la Confédération et pour les cantons. Il y a des situations très différentes selon les cantons. Et puis ce n’est pas très incitatif pour eux, sachant que la Confédération paiera deux tiers des réductions de primes.

Pour la majorité des cantons de Suisse romande, ce n’est pas un problème. Au contraire. La Confédération va alléger leur facture annuelle de subsides!
Certes, selon la mise en œuvre de l’initiative, certains cantons romands verraient leur facture allégée, mais pas une majorité. Dans tous les cas, il appartient au Conseil fédéral de prendre en considération la situation sur le plan national. Il n’est pas opportun que la Confédération finance deux tiers des subsides et les cantons un tiers, alors que ces derniers ont une grande marge de manœuvre en termes d’organisation du système de santé et de responsabilités. Je ne jette la pierre à personne. La politique de santé est complexe et nécessite beaucoup de courage.
Quel est le problème, pour une socialiste, de faire payer une partie des primes par l’impôt? Les riches payent plus, c’est quelque chose de très social.
Le Conseil fédéral estime que les plus riches participent déjà par les impôts communal, cantonal et fédéral. L’impôt fédéral direct est le meilleur système de redistribution des richesses pour ensuite organiser le système de santé ou toute autre dépense. Par ailleurs, la population a rejeté en 2007 l’initiative pour une caisse unique, qui demandait un tarif social.
Dans une interview au «Temps», vous avez choqué en disant que la santé reste abordable en Suisse. Vraiment, alors que les coûts explosent?
C’est abordable si on regarde la qualité des soins et leur accessibilité pour l’ensemble de la population, grâce à l’assurance maladie obligatoire. La marge d’amélioration est grande mais, de manière générale, étant donné la qualité des soins aux patients, le système reste abordable. Ce qui ne veut pas du tout dire, et je ne le dirai jamais, que c’est abordable pour chaque personne individuellement et que c’est facile.
Vaud a déjà introduit l’initiative du PS à 10%. Pourquoi ce qui est possible dans la région lémanique serait une catastrophe au niveau national?
Vous dites que Vaud a déjà introduit l’initiative socialiste. Non: Vaud a introduit le «compromis dynamique» qui répondait à la volonté du Conseil d’État de plafonner les primes à 10% avec, en parallèle, un financement par une allocation de ressources par le biais de l’impôt. Ce qui n’est pas le cas ici.
L’initiative populaire du Centre, elle, donne plus de pouvoir au Conseil fédéral pour freiner les coûts. Pourquoi refuser ce petit pouvoir supplémentaire?
Parce que ce n’est pas un petit pouvoir supplémentaire. C’est un dispositif qui corrèle l’augmentation des coûts de santé à celles des salaires et de l’économie en général. Et on sait très clairement que cette corrélation est réductrice, parce qu’elle ne tient pas compte du vieillissement de la population et des évolutions technologiques, dans la lutte contre le cancer par exemple.
En quoi le contre-projet est-il meilleur?
Il responsabilise les cantons, les différents prestataires, les assureurs et la Confédération pour maîtriser les coûts et il crée de la transparence. Par exemple, je discute avec vous sur les traitements contre le cancer. Vous me dites que les coûts vont augmenter de tant de pour cent dans les quatre prochaines années. Vous voilà liés par rapport à votre projection. Et si, après quatre ans, vous dépassez trop vos projections, la Confédération et les cantons pourront réagir.

On n’a pas une grande confiance dans le Conseil fédéral pour freiner les coûts de la santé. Votre prédécesseur, Alain Berset, part sur une hausse de près de 9%…
Je pense que mon prédécesseur a fait un travail remarquable. Je peux vous donner une liste des propositions qu’il a faites et qui ont été acceptées, comme la baisse des tarifs des analyses ou la baisse des tarifs de certains médicaments.
Est-ce que les lobbys au parlement n’empêchent pas tout frein aux coûts de la santé?
Le parlement discute en ce moment du deuxième paquet d’économies dans le domaine de la santé. Les travaux en commission montrent une volonté de maîtriser les coûts. Après, on verra ce qui se passe au plénum. C’est vrai que les lobbys existent, ils sont visibles, mais je considère également que les parlementaires sont conscients de leurs responsabilités vis-à-vis de la population.
Les lobbys ne sont pas seulement visibles, ils sont puissants.
C’est vrai. Mais concernant ce paquet de mesures, les parlementaires ne peuvent pas simplement refuser de faire des économies pour donner raison à leur lobbyiste préféré. Il y a des signaux: des initiatives populaires, des citoyens qui expriment leur désarroi par rapport au système de santé. Et je suis certaine que les parlementaires entendent ces signaux et prendront leurs responsabilités.
Les prix des médicaments sont-ils surfaits en Suisse?
Certains, oui.
Le système actuel récompense financièrement les médecins qui font du volume. Est-ce qu’on peut changer cela?
Oui. Une actualisation des structures tarifaires avec des forfaits permettra de sortir de cette logique. Dans le système actuel, certains tarifs sont restés stables, alors que les technologies ont évolué. Certains examens que vous faites chez un médecin sont beaucoup plus rapides qu’il y a cinq ou dix ans et sont donc trop rétribués.
Est-ce qu’il y a trop d’hôpitaux?
Ça, c’est vraiment une responsabilité des cantons. Je ne pense pas que ce soit une question de nombre, mais plutôt de répartition des prestations hospitalières. C’est aussi plus important d’avoir une ambulance ou un hélicoptère qui arrive très rapidement si on a une attaque cérébrale que d’avoir un hôpital à proximité mais qui ne dispose pas de l’expertise nécessaire. Je pense qu’il faut aussi remettre la médecine de base, celle du médecin de famille, au cœur du débat et ne pas laisser entrevoir que la santé ne tient qu’à l’expertise de grands spécialistes.
On a beaucoup étendu le catalogue des prestations. Est-ce qu’il faut faire le contraire?
Non, je pense qu’il ne faut pas le réduire, mais continuer à analyser tant les médicaments que les prestations. Si un moyen plus efficace entre dans le catalogue, il positionne moins bien un autre traitement similaire. Les prestations les plus utiles et les plus adaptées, au niveau de la sécurité et des effets sur la santé, sont prioritaires.
Est-ce qu’il faut plafonner les salaires des directeurs des assurances maladie?
Cela relève de la responsabilité des caisses maladie.
La mesure la plus urgente pour freiner les coûts de la santé?
L’adoption de nouveaux tarifs conformes à la loi et les réseaux de soins coordonnés.
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