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Les entreprises et le coronavirus Elle concilie les métiers d’épidémiologiste et de décoratrice d’intérieur

Drôle de parcours que celui vécu par Véronique Addor. Mais aujourd’hui, elle pense que ses connaissances croisées peuvent servir ses plans.

En cette période de postpandémie, l’épidémiologiste Véronique Addor rappelle le pouvoir de la décoration d’intérieur sur la santé et le bien-être.
En cette période de postpandémie, l’épidémiologiste Véronique Addor rappelle le pouvoir de la décoration d’intérieur sur la santé et le bien-être.
Chantal Devrey

Formée dans le monde de la santé, épidémiologiste, Véronique Addor sait l’importance du masque. Mais la résidente de Lavaux aime aussi le porter, elle qui s’est affichée dans des postures scénographiques avec les Cent-Suissesses à la Fête des vignerons et s’est exhibée au Carnaval de Venise, masquée, alors même que les premiers cas de coronavirus commençaient à effrayer l’Italie. Les accessoires, la déco, les mises en scène font partie de sa vie au même titre que le milieu des blouses blanches. En cette période postpandémie, elle compte plus que jamais se partager entre ses deux métiers.

Le parcours de Véronique Addor n’est pas tracé comme une ligne droite. Il est fait de zigzags et de volte-faces. Cette femme dans la cinquantaine, qui a travaillé sur les plans de pandémie de quatre cantons, dont Vaud et le Tessin, où elle a côtoyé Ignazio Cassis, alors médecin cantonal, s’est retrouvée un jour sans perspective de travail dans le domaine de l’épidémiologie. Elle décide alors de mettre en avant son expérience dans la gestion de projets ainsi que sa formation de santé dans l’écoute active des besoins individuels et le bien-être au service de sa passion pour la décoration intérieure.

Épidémiologiste inactive

Malgré un mandat durant la pandémie pour la mise en place des centres ambulatoires de consultation Covid à Nyon et à Gland, elle se retrouve actuellement les mains croisées dans sa première activité. «Je vis le comble de l’épidémiologiste», dit-elle sans vraiment s’amuser de sa remarque. Car elle aimerait désormais partager ses connaissances des deux métiers qu’elle maîtrise. Et la tâche n’est pas facile en cette période de restrictions budgétaires.

Sa petite entreprise Addor Design, lancée début 2018, s’adresse à des particuliers – ciblant les expatriés – ainsi qu’aux cabinets thérapeutiques, aux études d’avocats et aux entreprises. Ces dernières devraient selon elle être particulièrement concernées en ce moment car, malgré les mesures de sécurité sanitaire précises de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), elles ne savent souvent pas comment les adapter concrètement dans leurs locaux. Véronique Addor les conseille ainsi sur des aménagements, une signalétique ou des peintures les plus appropriées pour éviter les contaminations. La professionnelle de la santé propose d’englober cet aspect dans le cadre de la médecine du travail et de la prévention.

«La décoration d’intérieur, je la vois comme un instrument de santé et de bien-être»

Véronique Addor

Dans les cabinets médicaux, elle observe souvent des conditions d’accueil cliniques au niveau de l’aménagement peu propices à rassurer les patients. «La décoration d’intérieur, je la vois comme un instrument de santé et de bien-être, remarque-t-elle. C’est là que j’apporte mon expérience. Par des idées d’aménagement des espaces, des associations de couleurs, des matières, du mobilier, je souhaite créer une atmosphère qui dégage une énergie positive, en harmonie avec notre manière de vivre, présente, passée et projetée.»

Une pensée qui vaut aussi naturellement pour les logements individuels. Pour elle, le décor peut être «une mise en scène et refléter une intention théâtrale, poétique ou rassurante». On pense à l’esprit des événements comme la Fête des Vignerons, qui influence Véronique Addor. Mais comme le révèle son habitat de Grandvaux, ouvert sur le lac Léman, au-dessus du vignoble et des voies ferrées, elle est tout autant inspirée par ses voyages privés et professionnels.

Elle puise ses idées de décoration dans des cultures très diverses, en particulier des pays où elle a vécu un certain temps comme les États-Unis, l’Angleterre, le Danemark, mais aussi l’Orient et le Moyen-Orient: Liban et Afghanistan, où elle a passé deux années pour le compte de la Croix-Rouge entre 1988 et 1989. Dans son domicile, on en voit les traces, comme de ses autres voyages, sous forme d’objets et d’accessoires.

Passée par Johns Hopkins

Véronique Addor a commencé sa voie professionnelle à l’École d’infirmières de La Source avant de partir en mission pour le CICR à Kaboul. «Au retour, j’ai compris que les soins hospitaliers ne répondaient pas seuls aux besoins de santé de la population.» Elle passe un master en santé publique à la fameuse Université Johns Hopkins, à Baltimore, aux États-Unis. Revenue en Suisse, elle se spécialise dans les domaines de la santé maternelle et infantile, jouant notamment un rôle important dans la légalisation de l’avortement. Après douze ans de recherche, elle obtient un job de conseillère du Ministère de la santé au Danemark dans le cadre d’un projet pilote de l’OMS.

Au sujet de la pandémie, elle remarque que le Canton de Vaud a été l’un des premiers à s’y préparer en créant un comité d’experts en 2009 réunissant tous les intervenants opérationnels autour de différents scénarios de crise. On parlait alors grippe aviaire, puis porcine. Malheureusement, juge-t-elle, les juristes, les économistes et les financiers ont pris le pas dans le domaine hospitalier et de la santé sur les épidémiologistes. Inscrite au chômage, elle espère qu’à l’heure des remises en question, les nouvelles priorités lui redonneront une place dans son métier de base tout en lui laissant une porte ouverte pour exercer sa seconde activité et concilier ses deux savoir-faire.