Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

Chronique de Rosette Poletti
Elle veut faire un bébé toute seule

Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

«Une amie de ma fille a décidé d’avoir un enfant pour elle, sans mari. Ma fille, qui a une bonne situation professionnelle, m’a dit qu’elle envisageait de faire de même. Je suis consternée! Pour moi, c’est égoïste de faire grandir un enfant sans père.»

L’e-mail de notre correspondante était très long. Elle partage ses peurs: un enfant sans père en souffrira-t-il toute sa vie? Il n’aura pas de repères, il aura davantage de risques de «déraper dans la vie»? Tant de peurs, de soucis! Que faire? nous demande notre correspondante.

Tout d’abord, s’abstenir de juger, on ne connaît pas les raisons du choix de cette maman en devenir qui «veut un enfant pour elle». Elle a opté pour ce chemin et aura à en assumer tous les aspects positifs et négatifs.

Ensuite, il convient d’éviter de se centrer sur ce qui semble difficile dans cette situation. Des millions d’enfants vivent sans père dans le monde, ils n’ont pas tous des problèmes de comportement. Il est possible pour eux, surtout pour les garçons, d’avoir des modèles masculins pour apprendre certains comportements et rôles sociaux. Instituteurs, entraîneurs, oncles, grands-pères, amis proches de la mère. De nombreux récits mettent aussi en évidence l’importance de ce qui est raconté à l’enfant par rapport à sa naissance, à ses origines, à qui était son père. Les orphelins de pères, tués lors des deux grandes guerres, ont souvent grandi avec un sentiment de fierté d’avoir eu un père qui a donné sa vie pour son pays. «Mon père, ce héros!»

Les questions de l’enfant

L’un des défis les plus difficiles à relever dans les cas de naissance par insémination artificielle est de répondre aux questions de l’enfant: «Qui est mon géniteur? Pourquoi tu as choisi de me faire naître de cette manière?» Ces questions évoluent avec l’âge, mais elles sont très importantes.

L’autre défi est de créer, en solo, un environnement stable où l’enfant se sente en sécurité, où il peut parler de ses émotions et où il peut apprendre à s’adapter et à devenir résilient. Heureusement, de nos jours, le parent solo, comme l’enfant, peut bénéficier de ressources psychologiques qui peuvent être très utiles à certains moments.

Au sujet des craintes de notre correspondante concernant le choix de vie de sa fille, aussi difficile que cela puisse paraître, il y a peu d’options. Il est, bien sûr, possible de parler de ses craintes, de lui rappeler ses propres valeurs et, peut-être, son désaccord avec ce choix de vie. Il est important de partager son point de vue. Sans oublier que cette «fille» est une adulte responsable, compétente, et qu’elle a, elle aussi, développé des valeurs qui lui sont propres. Et si elle décide d’imiter son amie, le choix lui appartient.

Nous avons reçu tant de mails au cours des années sur ces difficultés qui se créent au sein d’une famille lorsque les parents ne peuvent pas accepter les choix de vie de leurs enfants adultes! Ce qui manque souvent, c’est une communication ouverte et respectueuse qui permet aux parents, comme à leurs enfants, de parler ouvertement de leurs sentiments et points de vue. Une communication ouverte peut aider à clarifier les attentes et à mieux saisir les motivations de chacun. L’empathie permet aussi de tenter de se mettre à la place de l’autre pour mieux le comprendre, pour arriver à respecter ses choix, même lorsqu’ils restent «incompréhensibles».

La clé: l’ouverture

Lorsqu’on voit ce qui se passe dans les cultures patriarcales où les enfants adultes, les femmes surtout, n’ont aucun espace pour vive une vie choisie, on ne peut qu’être reconnaissant de vivre dans notre société avec toutes les possibilités et les libertés qu’elle permet.

Alors, bien sûr, il y a quelques dérives. Certains pensent que la société change trop rapidement et que nous ne connaissons pas les conséquences à long terme de certaines modifications que nous faisons ou laissons faire. C’est probablement vrai! L’essentiel est d’être ouvert, de s’abstenir de juger, d’accepter que «l’autre est autre» même quand il s’agit de nos enfants. Il est primordial de construire le maximum d’harmonie et d’amour dans les familles, en se souvenant, comme l’écrit si bien Gibran Khalil Gibran, que «vos enfants ne sont pas vos enfants […], ils viennent par vous, mais non de vous. […)] Vous pouvez leur donner votre amour, mais non vos pensées!»

À vous, chère correspondante, et à chacun de vous tous, amis lecteurs, je souhaite une belle semaine.

À lire: «Sans père et sans parole», Didier Dumas (Pluriel); «La relation entre les adultes et leurs parents», Sylvie Galland (Éd. de l’Homme); «Faire la paix avec sa famille», Saverio Tomasella et Charlotte Wils (Larousse)

Newsletter
«Familles»
Chaque mercredi, «24 heures» vous propose une sélection d’articles sur les thèmes qui font le quotidien des familles: santé, éducation, loisirs et découvertes en tous genres.

Autres newsletters