Passer au contenu principal

Exotisme vaudois (36/41)Et si on profitait de cet été particulier pour passer son permis de voile?

Terrain de jeu grandiose, le lac Léman offre un dépaysement total qu’on ignore parfois alors qu’il se trouve à nos pieds. Pour autant que l’on s’y abandonne.

Le «Surprise» est un bateau qui se révèle le compagnon idéal pour apprendre à naviguer sur le Léman.
Le «Surprise» est un bateau qui se révèle le compagnon idéal pour apprendre à naviguer sur le Léman.
PATRICK MARTIN

De la rive, on y devine une activité très vivante. Comme les autres plans d’eau du Léman, la baie de Morges brasse toute une série d’embarcations en cette belle journée d’août: bateaux à moteur, voiliers de plaisance, barques aux allures de véritables laboratoires à expérience pour les plus petits ou encore les stand-up paddles qu’on ne présente plus désormais.

Reliant le Valais à Genève en passant par Vaud, ou encore la Suisse et l’Union européenne, il faut dire que prendre le large sur le Léman est l’assurance de voir du pays. Logé entre les cimes des Alpes et les monts du Jura, le lac offre un panorama à 360 degrés exceptionnel, pour autant qu’on franchisse le pas.

Une expérience que l’on décide comme beaucoup d’autres Vaudois de tenter en se lançant dans l’obtention d’un permis de conduire les bateaux à voile. Ça tombe bien, le Club Nautique Morgien dispense des cours pour apprendre à apprivoiser le lac à bord d’un voilier bien connu dans le milieu de la navigation: le Surprise.

Redécouvrir sa région

La barre dans une main, l’écoute de grand-voile (corde orange) dans l’autre, le navigateur peut voguer vers l’horizon selon ses envies.
La barre dans une main, l’écoute de grand-voile (corde orange) dans l’autre, le navigateur peut voguer vers l’horizon selon ses envies.
PATRICK MARTIN

L’ancre jetée et le rendez-vous pris, on enfile donc son gilet, se badigeonne les bras de crème solaire et grimpe sur le fameux vaisseau. Pour les plus terre à terre d’entre nous, le changement se fait rapidement sentir. Ça tangue un peu, mais a priori pas assez pour donner le mal du lac. On s’installe à l’arrière du cockpit et écoute le sympathique moniteur indiquer les nombreux noms associés au matériel et aux cordages que comprend le Surprise. Après une initiation express, le moteur est enclenché et le bateau sorti du port. Commence alors un voyage initiatique au cœur de sa propre région.

Ceux qui l’ont expérimenté le savent: chaque dizaine de mètres avalée par le bateau donne à la rive du Léman un visage un peu plus méconnu. Là où les quais morgiens nous étaient encore si familiers il y a quelques secondes, le vendeur de glaces et les amateurs de skateboard et autres engins à roulettes laissent place à un paysage plus impressionnant.

On se prend à découvrir la ville sous un angle inédit avec son majestueux temple et ses belles bâtisses balisant le bord du lac en premier plan. Et comme toile de fond le bal de ses grues, qui participent à son lifting. D’ici, le mythique château de Vufflens semble maintenant être adossé à La Coquette, mais ce n’est que perspective trompeuse. Le balcon du pied du Jura se dévoile lui aussi peu à peu et se rapproche de nous en même temps que l’on s’en éloigne.

«Dès l’ouverture, notre activité a doublé par rapport aux autres années. On a dû trouver des moniteurs supplémentaires et on tourne à flux tendu»

Didier Lenormand, chef de base du Club Nautique Morgien
Les sportifs et leurs engins volants ont fait du Léman leur terrain de jeu pour tout l’été.
Les sportifs et leurs engins volants ont fait du Léman leur terrain de jeu pour tout l’été.
PATRICK MARTIN

Liberté totale

Mais il n’est pas l’heure de s’endormir sur des considérations de poète contemplatif, il faut virer de bord pour éviter la CGN! On profite de la douce brise qui vient gonfler nos voiles pour nous diriger vers Genève. Contrairement à ce que son nom pourrait indiquer, le Surprise, bateau lesté de 7,65 mètres de long, est un véhicule fiable et facile à dompter. Une fois la barre bien en mains et les allures de vent en tête, la navigation se pratique aisément. On apprend alors à retenir les noms des différents gestes et à effectuer des manœuvres d’approche dans un cadre qui ferait pâlir bien des salles de classe.

Après avoir salué les baigneurs aux abords des plages du Boiron, on longe les côtes de villages aux villas toutes plus époustouflantes les unes que les autres… Saint-Prex, Buchillon, Perroy, il y en a pour tous les goûts!

La sensation de liberté est un privilège évident une fois sur l’eau. Les règles de navigation existent, mais lorsqu’on se retrouve seul, on trace soi-même sa route au gré de ses envies. Plutôt branché tranquillité? Cap vers le centre du lac ou des rives plutôt sauvages! Vous préférez aller frimer à proximité des baigneurs? Rendez-vous à la plage de Préverenges!

Cette pléiade de possibilités ne laisse pas indifférent, et c’est tout sauf un hasard si les Vaudois sont de plus en plus nombreux à désirer s’approprier «leur» Léman. À commencer par les stand-up paddles. Tous les gérants de magasins spécialisés contactés déclarent en effet constater une hausse significative et continue de leurs ventes ces dernières années.

Le Mont-Blanc paraît plus proche que jamais une fois sur l’eau.
Le Mont-Blanc paraît plus proche que jamais une fois sur l’eau.
PATRICK MARTIN

Un loisir en vogue

Du côté des écoles de voile, on assiste à une demande toujours plus importante. Didier Lenormand, chef de base du Club Nautique Morgien, explique que l’été 2020 est inédit. «Après un début de saison compliqué où il a fallu mettre en place les règles liées au Covid-19, on a reçu beaucoup de demandes pour passer le permis voile chez les adultes. Et quand la Confédération a allégé les mesures, ça a été une accélération totale. Dès l’ouverture, notre activité a doublé par rapport aux autres années, aussi bien pour le nombre de navigateurs enfants que pour les adultes. On a dû trouver des moniteurs supplémentaires et on tourne à flux tendu. On a même décidé de limiter le volume de personnes qu’on accueille, pour ne pas perdre en qualité de cours.»

Enfin, du côté des demandes de permis, on assiste aussi à une saison très active. Le Service des automobiles et de la navigation affirme que la demande est toujours forte (le nombre d’examens en 2020 surpasse d’ores et déjà l’année 2019 tant au niveau théorique que pratique) et que la planification a été adaptée en conséquence avec la possibilité de passer son examen un samedi. Ce qui n’empêche pas de voir les rendez-vous être complets jusqu’à la fin du mois de septembre.

Mais si le Léman remporte un franc succès, que l’on ne s’inquiète pas: «Il est bien assez grand pour tout le monde», affirme la plupart des vieux loups de lac rencontrés. Et si cela ne semble pas être pas le cas sur certaines rives bondées, c’est probablement parce qu’il faut s’aventurer davantage en son cœur.