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L’invitéÉmotionnel ou rationnel, le vote est toujours légitime

René Knüsel se demande sur quoi nous basons nos choix et nos opinions.

Certaines consultations électorales seraient-elles plus empreintes de motivations émotionnelles que d’autres? À en croire certains analystes, les résultats de plusieurs votes seraient explicables par un contexte propice à l’expression des émotions. Il faut entendre par là qu’une majorité d’électeurs aurait voté de façon impulsive, par opposition à d’autres situations dans lesquelles la rationalité l’emporterait.

Ce type d’analyse sous-entend qu’un vote accompli sous l’emprise de l’émotion serait moins légitime qu’un choix mûrement réfléchi et rationnel. Catégoriser ainsi les votes des électeurs vise à dénigrer certaines positions, sous prétexte qu’elles manqueraient de rationalité.

Ainsi en va-t-il de la révision de la loi sur la chasse, qui opposerait des arguments rationnels à d’autres qui le seraient moins ou pas du tout parce qu’infondés, loin de la réalité, etc.

«Quels que soient leurs fondements, les opinions qui guident un électeur sont composées de motivations à la fois rationnelles et émotionnelles»

La question sous-jacente est celle de la formation de l’opinion. Comment le citoyen forge-t-il ses convictions, comment fonde-t-il son opinion? Ces interrogations ont fait l’objet de recherches, parce que connaître le mécanisme de création de l’opinion permettrait de mieux influencer le vote.

Les mécanismes en jeu sont complexes. Ils varient selon les milieux socio-économiques, le contexte, l’objet, etc. Les médias jouent naturellement un rôle fondamental, comme les réseaux sociaux, dans un sens large, ou encore les leaders d’opinion.

Mais quels que soient leurs fondements, les opinions qui guident un électeur sont composées de motivations à la fois rationnelles et émotionnelles. Le vote peut être dicté par la passion, la peur ou encore d’autres sentiments qui sont «rationalisables», à un degré ou un autre. C’est probablement cette part d’émotion qui va inciter l’électeur à voter, car il est en mesure de créer un lien direct entre l’objet soumis et son positionnement de citoyen.

Questions sensibles

Les affiches électorales, les vidéos tentent de susciter cette émotion chez l’électeur par des images fortes ou des slogans qui marquent la mémoire. Certaines thématiques sont très propices à l’affirmation de convictions, de manière péremptoire. La question des migrations, la condition animale, la défense armée sont des sujets sensibles face auxquels partisans et adversaires croient pouvoir faire de leurs convictions des rationalités imparables.

Plusieurs des objets soumis en votation populaire le 27 septembre ont de quoi susciter, voire déchaîner les passions. Mais en Suisse, les manifestations passionnelles ont des limites et la difficulté à se faire une opinion dans un tel contexte amène paradoxalement un certain nombre d’électeurs à s’abstenir de voter.

Ainsi, dire d’un vote qu’il est émotionnel est une tautologie, tant l’ensemble de nos choix demeure subjectif.