AboUne visite historiqueEn 1980, Elizabeth II avait bon appétit, au château de Chillon
La partie vaudoise de la visite d’État se déroule sur les bords du Léman, en toute sécurité, sans bains de foule. La reine a-t-elle vraiment apprécié?

Parmi les voyages de la reine Elizabeth, il y a sa visite en Suisse, du 29 avril au 2 mai 1980. Ce n’est rien de moins que la première en Suisse d’un souverain britannique.
En janvier, les responsables du château de Grandson, en quête de fonds et de publicité, tentent un coup, comme de nombreux autres sites suisses. Ils demandent officiellement la venue de la reine, au motif qu’Othon 1er, au XIIIe et XIVe siècle, a eu un rôle clé dans les relations internationales, au profit de la monarchie britannique.
Choisir un parcours
Peine perdue pour Grandson, mais pas pour le canton de Vaud. Le Conseil fédéral écrit au Conseil d’État: «En raison de l’origine du président de la Confédération et des liens traditionnels entre le Canton de Vaud et la maison royale», les deux pays conviennent qu’il y aura «une excursion dans le Pays-d’Enhaut et une promenade sur les bords du lac Léman». Il faut dire que le président de la Confédération pour l’année 1980, c’est le radical lausannois Georges-André Chevallaz, historien de métier.
Parti du pays bernois, le MOB s’arrête quelques minutes pour le paysage de Château-d’Œx. Terminus à Montreux. La reine est reçue par le syndic radical Jean-Jacques Cevey, qui est aussi le président de l’Office suisse du tourisme. La veille, l’Est vaudois publie une tribune de ce dernier, où il insiste sur l’importance de la visite pour l’économie touristique. Dans la foulée, lors du repas du 30 avril, il annonce que trente jeunes Anglais, que la reine pourra choisir, sont invités à séjourner en Suisse.
Le déjeuner est servi au château de Chillon, «rendu célèbre dans tout le monde anglo-saxon par lord Byron», souligne l’ATS. On ignore si la reine a frissonné à l’idée d’avoir passé un peu de temps dans le même château que le célèbre auteur du «Prisonnier de Chillon». La règle d’or royale est de taire ses sentiments, à l’inverse du sulfureux auteur.
En revanche, le menu servi à la soixantaine d’invités n’a rien de secret: pochouse du Léman (une bouillabaisse), boules de Vinzel au fromage, filet mignon de porc en croûte, vacherin Mont-d’Or, fraises et framboises à la crème double de Gruyère. Elizabeth II aurait eu très bon appétit, à en croire le chef du Montreux Palace, responsable de la table, cité par «24 heures». «Chaque fois que j’ai jeté un coup d’œil, lors des services, elle avait son assiette vide.» En revanche, il ne dit rien sur ses verres, où devaient couler du Château de Vinzel, un pinot noir du Daley et un Ovaille d’Yvorne, tous de 1978.
Regrets et frustrations
Ensuite, la souveraine et le prince Philip foncent à Lausanne pour y rencontrer plus de 600 Anglais de Suisse au Palais de Beaulieu. Les officiels suisses ne sont pas invités. «Nous regrettons ce passage officieux», déclare le syndic radical de Lausanne, Jean-Pascal Delamuraz, dans «24 heures». «Surgi d’on ne sait où, il a pourtant foulé le tapis rouge en compagnie de la reine Elizabeth et du prince Philipp, au moment où les souverains s’apprêtaient à quitter le Palais de Beaulieu», rapporte le journal, perplexe.
Dans «L’Est vaudois» du 2 mai, le rédacteur en chef Pierre-Alain Luginbuhl tire un bilan amer, parlant de «double frustration». Celle de la reine: «On tient de source sûre qu’elle a été désagréablement surprise par la rigueur quasi prussienne des mesures de sécurité.» Et celle du public «qui n’a finalement qu’entraperçu à la sauvette qu’un coin de chapeau rouge». Les journalistes? «Mis à l’écart.» Les confrères anglais n’en revenaient pas. «Les gardes du corps de la reine eux-mêmes critiquaient la rigidité helvétique», rapporte Pierre-Alain Luginbuhl.
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