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ÉditorialEn 2020, l’Inquisition est connectée

«Et pourtant elle tourne.» Il ne l’a probablement jamais prononcée, mais la légende raconte qu’au XVIIe siècle Galilée aurait marmonné la célèbre formule après avoir été forcé de reconnaître devant l’Inquisition qu’il s’était trompé: non, feignit-il de concéder, la Terre ne tourne pas autour du Soleil. Ce faisant, il échappait à l’accusation d’hérésie, passible de la peine de mort, et sauvait sa peau.

Quatre siècles plus tard, comparaison n’est pas raison. Mais comment ne pas penser au génial scientifique italien en apprenant ce qu’endurent plusieurs jeunes chercheurs, dont des Vaudois? Pour avoir voulu prouver scientifiquement que la chloroquine était sans effet contre le coronavirus et pour s’obstiner, eux aussi ont dû faire face à une sentence de mort.

«En marge de notre justice plus équitable, est apparu un tribunal officieux mais non moins redoutable: celui des réseaux sociaux»

Mais au IIIe millénaire, l’Inquisition, ses costumes sinistres et ses procès à charge ont disparu. À la place, en marge de notre justice plus équitable, est apparu un tribunal officieux mais non moins redoutable: celui des réseaux sociaux. En l’occurrence une cour «pro-chloroquine» anonyme aux millions de juges potentiels, qui condamne sans appel et qui exécute en un clic. Ici, contrairement à ce qu’on trouve dans les décisions de la justice «établie», les données personnelles ne sont pas caviardées. Au contraire, elles sont détaillées et livrées en pâture pour que le bourreau, s’il s’en trouve un «sur la Toile», sache exactement qui et où frapper.

Lire aussi: Des chercheurs menacés de mort pour leur étude sur la chloroquine

Récemment, le professeur d’histoire-géographie français Samuel Paty, lui aussi victime d’une violente campagne de harcèlement en ligne, en a fait les frais: il l’a payé de sa vie. Aujourd’hui menacés de mort sur internet, les chercheurs qui ont dézingué la chloroquine préfèrent ne pas y penser. Mais ne sont pas moins conscients «qu’il suffit d’une seule personne» pour que tout dérape.

Pour ne rien arranger, la pandémie, sa seconde vague et son lot d’inconnues font peur. Il est donc plus facile de tirer sur le messager pour se rassurer que de lire sa missive, fût-elle inquiétante. Pour un sujet là encore lié au Covid-19, «24 heures» a également récemment reçu des menaces de mort. L’Inquisition a peut-être disparu, mais l’obscurantisme qui la sous-tendait est toujours là.

12 commentaires
    Patrick Gigante

    Vous avez raison mais l'inquisition connectée n'est pas l'apanage exclusif de l'extrême droite complotiste ou des islamistes radicaux; elle est aussi l'arme préférée des militants radicaux d'extrême-gauche, ce que vous semblez perdre de vue.

    En réalité, l'exercice de la démocratie serait bien plus aisé si chacun soumettait ses convictions à l'épreuve du doute. Mais ce serait trop exiger d'esprits péremptoires et finalement paresseux!