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CoronavirusEn 2021, le tourisme suisse sera local et numérique

Les acteurs suisses du tourisme ont des raisons d’espérer après la crise, s’ils misent sur des offres locales et digitales.

 «La pandémie a permis à certains Suisses de remettre leur pays sur la carte de leurs potentielles destinations touristiques», déclare Nicolas Délétroz, professeur à l’Institut Tourisme de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale en Valais.
«La pandémie a permis à certains Suisses de remettre leur pays sur la carte de leurs potentielles destinations touristiques», déclare Nicolas Délétroz, professeur à l’Institut Tourisme de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale en Valais.
KEYSTONE

Après une année 2020 particulièrement rude pour le tourisme suisse, 2021 offre des raisons d’espérer, si les acteurs de la filière misent davantage sur le numérique et sur un développement des offres locales.

«2021 sera une année de transition, avec tout d’abord la digestion des effets de la crise sanitaire», résume auprès d’AWP Nicolas Délétroz, professeur à l’Institut Tourisme de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale en Valais. «Par la force des choses, il y aura un tourisme local plus fort. La pandémie a permis à certains Suisses de remettre leur pays sur la carte de leurs potentielles destinations touristiques».

Mais dans un petit pays comme la Suisse, où un Genevois peut aller à la journée visiter St-Gall sans débourser un franc d’hôtel, encore faut-il proposer de quoi l’attirer, à un tarif qui ne s’avère pas rédhibitoire. Cette diversification peut passer par «des hébergements plus abordables, mais aussi des produits touristiques qui impliquent et intéressent davantage la population locale, par exemple les offres liées à l’agritourisme et à la valorisation des produits du terroir».

Ce seront notamment aux villes, désertées par les touristes, de faire leur mue. Entre mai et octobre, le nombre de nuitées s’est effondré à Genève (-78%), dans la région zurichoise (-73%) et bâloise (-63%), fortement pénalisées par l’absence de touristes étrangers, d’après les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS).

Pour Jürg Stettler, de la Haute Ecole de Lucerne, l’envie de voyager n’a pas été fondamentalement remise en cause. «La demande étrangère devrait reprendre lentement en 2021, en fonction du nombre de cas de coronavirus et des vaccinations», ajoute-t-il. Elle viendra en premier lieu «des marchés proches, puis au second semestre, des pays lointains, comme la Chine». Mais selon lui, il s’agira avant tout de voyageurs individuels, quand les groupes ne devraient faire leur retour qu’en 2022.

Les villes helvétiques qui attiraient jusqu’ici une forte proportion d’étrangers adeptes de shopping, à l’image de Lucerne ou d’Interlaken, resteront sans doute mal loties, tout comme celles qui comptaient jusqu’ici sur le tourisme d’affaires. En 2019, les voyageurs étrangers avaient dépensé près de 18 milliards de francs en Suisse, selon l’OFS.

Outils numériques pour attirer les clients

Les outils en ligne pourraient aider les acteurs de la filière à se distinguer. «La publicité numérique, notamment sur téléphone mobile, a plus d’impact car la part de personnes cherchant des offres touristiques sur un smartphone a considérablement augmenté ces derniers mois», a souligné M. Stettler. Même des destinations hors des sentiers battus investissent davantage ces outils. Cet été, le syndicat d’initiative des Franches-Montagnes a ainsi lancé son application mise au point par la société jurassienne Novadev.

En ligne, la réponse devra aussi être formulée à l’échelle locale pour coller au plus près des besoins des clients. Nicolas Délétroz déplore qu’actuellement, «il y a une connaissance fine du terrain qui est très peu utilisée», au profit des grands acteurs du net. «Il est paradoxal de constater que lorsqu’on fait une réservation sur Airbnb à Lausanne par exemple, le site propose des activités selon ses algorithmes. Or cela devrait être pris en main par les acteurs locaux (office du tourisme ou autre) qui connaissent mieux ce qui se passe dans leur ville».

La faîtière Hotelleriesuisse a, elle, annoncé mi-décembre collaborer avec l’américain Tripadvisor «pour l’utilisation des données officielles de la banque suisse de données hôtelières», afin de garantir «une plus grande transparence pour les clients» en matière de classification des hôtels.

L’envie de voyager des Suisses sera bien là, estime de son côté le directeur de la Fédération suisse du voyage (FSV), même si «2021 sera encore une année très difficile». Walter Kunz compte lui sur le fait qu’ils privilégieront davantage une destination hors des frontières. «S’il y a le vaccin et que l’on vit mieux avec le virus, cela pourrait aider. D’autant que les gens en ont assez des restrictions et auront envie de partir, par exemple pour un séjour balnéaire». La mer, c’est mieux en vrai qu’en ligne.

ATS/NXP