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AboGros moyens ou restrictions
En équipes de Suisse, un confort qui ne va pas de soi

Le sélectionneur Murat Yakin et Pierluigi Tami, directeur des équipes nationales, au Royal Meridien, qui avait servi d’hôtel à l’équipe de Suisse A au dernier Mondial qatari.
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Où qu’il aille, le car de l’équipe de Suisse M21 ne peut se déplacer sans ses escortes. Une voiture de police à l’avant, une voiture de police à l’arrière. Sirène et gyrophare allumés au besoin pour se frayer un chemin à travers les rues de Cluj. Ce luxe-là, les espoirs du pays n’ont pas eu à se l’offrir. Les forces de l’ordre roumaines ne plaisantent pas avec la sécurité. Si bien que les Helvètes partagent cette attention avec chacune des sélections engagées dans la partie roumaine de l’Euro.

Une exception vaut peut-être pour la France lorsqu’elle doit se rendre à la Cluj Arena. Les Tricolores sont logés au Radisson, un hôtel cinq étoiles situé juste de l’autre côté de la route. L’établissement aurait pu être celui de la Suisse, qui avait jeté son dévolu dessus. Mais dans le domaine de l’hôtellerie, c’est aussi la hiérarchie footballistique qui fait foi lorsqu’il faut départager deux sélections. Alors dans le groupe D (le seul qui dispute ses rencontres à Cluj), la France bénéficiait de la priorité, puis l’Italie, et en troisième la Suisse, qui s’est rabattue sur un autre cinq étoiles un peu plus au sud: le Grand Hotel Italia.

Un pont vers le haut niveau

Cette fois, l’Association suisse de football a dû passer à la caisse, même si le prix des chambres n’a rien de délirant: environ 150 francs par nuit. Observer des joueurs de ce standing profiter d’un service de ce genre se veut plutôt habituel. Le fait est que l’exemple en question s’inscrit dans une démarche largement réfléchie par l’ASF.

«La FIFA soutient tous les participants à la Coupe du monde avec un budget de préparation qui doit être consacré à une préparation sportive optimale.»

Marion Daube, directrice du football féminin à l’ASF

Généralement, il s’agit d’un staff d’une quinzaine de membres qui accompagne l’équipe nationale M21 dans ses déplacements. À l’Euro, ils sont 21, dont plusieurs travaillant en temps normal avec l’équipe A. «Tous les joueurs du groupe ne sont pas habitués à disposer d’un entourage de cette qualité. Il y a l’idée de leur donner un avant-goût, de les préparer à ce qui pourrait les attendre s’ils rejoignent un plus grand club à l’avenir», commente Pierluigi Tami, le directeur des équipes nationales. Et de programmer, aussi, un éventuel futur passage avec la sélection A.

Parce qu’elle est celle qui génère le plus d’argent et renfloue les caisses, l’équipe de Suisse masculine bénéficie depuis longtemps d’un traitement privilégié. Mais celui-ci aussi s’est affiné avec le temps. Et début d’année, l’ASF s’effrayait d’avoir dix ans de retard sur les nations alentour. Elle entamait son voyage dans le présent par l’engagement d’un nouveau préparateur physique, d’un nutritionniste et d’un second cuisinier.

Pour l’équipe nationale féminine, un stage XXL

«Il fallait qu’on permette à nos joueurs de garder un suivi de leurs habitudes même lors des stages avec la sélection, qu’on se fixe sur les pratiques qui ont cours dans les meilleurs clubs», poursuit Pierluigi Tami. Façon, aussi, d’adoucir les relations avec les clubs, parfois grincheux lorsqu’il faut laisser partir leurs poulains sous les drapeaux. Cela pourrait avoir son importance si d’aventure la Suisse venait à se qualifier pour les Jeux de Paris, compétition pour laquelle les clubs ne sont pas forcés par la FIFA de lâcher leurs joueurs. Contrairement à la plupart des autres plages internationales.

Ce confort, l’équipe nationale féminine est également en train d’en profiter. Les protégées d’Inka Grings vivent déjà leur troisième semaine d’une préparation qui en comptera six avant d’attaquer la Coupe du monde le 20 juillet. Un mois et demi de stage à ce niveau-là, c’est énorme. Marion Daube, la directrice du football féminin, l’explique comme cela: «Notre objectif est d’avoir le plus de succès possible lors du Mondial. Nous avons mis en place les conditions qui permettent de préparer l’équipe de manière optimale. Cela inclut une préparation longue et intensive.»

«Il fallait qu’on permette à nos joueurs de garder un suivi de leurs habitudes en club lors des stages avec la sélection.»

Pierluigi Tami, directeur des équipes nationales à l’ASF

Se rendre compte des possibilités qui s’offrent aux équipes nationales, c’est en arriver à une conclusion: financièrement, le football suisse doit se porter en bonne santé. Cela rejoint d’ailleurs les mots et les projets évoqués par le président de l’ASF, Dominique Blanc, il y a dix jours. L’association compte environ 18 millions de francs de réserve et touche au but concernant la construction d’un complexe moderne. «Oui, mais l’ASF, ce n’est pas uniquement ses équipes nationales. Il y a les projets, la formation, l’arbitrage…»

La nuance vient de Pierluigi Tami, qui connaît la réalité des autres équipes nationales juniors. «Depuis trois ans et le passage du Covid, la plupart ont dû réduire leurs activités. On essaie d’en maintenir le plus possible, parce que ces joueurs composeront un jour l’équipe A. Mais c’est dur.» Chez les femmes, cette longue préparation en vue de la Coupe du monde a uniquement été possible «en réduisant les coûts là où les dépenses pouvaient être limitées au minimum, précise Marion Daube. La FIFA soutient, en outre, tous les participants à la Coupe du monde avec un budget de préparation qui doit être consacré à une préparation sportive optimale.» Le confort ne va pas de soi.