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États-UnisEn Pennsylvanie, les démocrates se montrent prudents

Alors que Donald Trump et son équipe multiplient les rencontres électorales, le camp de Joe Biden reste plus discret et masqué. Une bataille à «armes inégales» s’opère.

Les démocrates ne sortent pas, et distribuent, masqués, des panneaux Biden depuis leur bureau local.
Les démocrates ne sortent pas, et distribuent, masqués, des panneaux Biden depuis leur bureau local.
Keystone
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Six meetings électoraux en six semaines et du porte-à-porte pour soutenir la réélection de Donald Trump, tandis que pour son rival, Joe Biden, ni meeting ni porte-à-porte. Les démocrates des comtés ruraux de Pennsylvanie se battent pour reconquérir leur État, clé pour la présidentielle de novembre, mais la pandémie les a privés de nombreuses armes.

Le contraste entre républicains et démocrates est saisissant dans le comté de Washington, dans la grande banlieue de Pittsburgh. Sur un parking en bord de route, trois tentes accueillaient ce week-end les fans du président américain. Par dizaines, ils venaient, sans masque, récupérer des panneaux Trump/Pence à planter devant leur maison, des tee-shirt au slogan «Make America Great Again» et se soutenir mutuellement dans une ambiance de fête de famille.

La veille, Tim O’Neal, élu républicain au Parlement de Pennsylvanie, arpentait lui les collines du comté pour encourager à voter pour son camp. Il dit avoir frappé à quelque 3’500 portes depuis la fin juin.

Dans le camp adverse, en revanche, les démocrates ne sortent pas, et distribuent, masqués, des panneaux Biden depuis leur bureau local. «Nous ne faisons pas de porte-à porte (…) nous n’organisons pas de meetings, nous ne voulons pas mettre nos volontaires en danger», explique Christina Proctor, une responsable locale du parti démocrate. «C’est frustrant, j’ai l’impression qu’ils créent de l’enthousiasme avec leurs événements «, dit-elle. «En prenant la pandémie au sérieux, je crains que nous ne soyons désavantagés».

Gaz de schiste, point faible démocrate

À en croire Dave Ball, un des responsables républicains du comté, cette prudence démocrate illustre la peur d’un parti dont le candidat ne susciterait «aucun enthousiasme» et qui, sur le terrain essentiel de l’économie, aurait déjà perdu la bataille dans cet ancien bassin minier.

En prônant la fermeture des mines de charbon, Hillary Clinton avait, «d’une seule phrase», «perdu la Pennsylvanie en 2016», dit-il.

En 2020, Biden et les démocrates, engagés à fond contre le changement climatique, seraient condamnés par leur hostilité aux gaz de schiste: cette industrie est désormais synonyme de renouveau économique dans la région, avec des dizaines de milliers d’emplois à la clé.

Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, a pourtant répété lundi dernier, depuis Pittsburgh, qu’il «n’interdirait pas» l’exploitation des gaz de schiste, et entendait seulement bloquer la délivrance de nouveaux permis sur les terres appartenant à l’État. Mais «ce ne sont que des mots», les électeurs savent qu’ils ne peuvent faire confiance à un parti dont plusieurs figures de proue combattent gaz de schiste et énergies fossiles, affirme Dave Ball.

Des ex-démocrates désabusés

Quelques chiffres semblent justifier sa confiance: dans ce comté longtemps solidement démocrate, qui a basculé en 2016 avec quelque 60% des suffrages en faveur du magnat new-yorkais, les républicains ont séduit nombre d’ex- démocrates désabusés: en 2016, «les électeurs enregistrés comme démocrates étaient 14’000 de plus que les républicains, aujourd’hui, ils ne sont plus que 2’000 de plus», dit Dave Ball.

Au meeting de ce week-end, Angelo Martin, ex-démocrate de 64 ans, s’est ainsi enregistré pour la première fois comme républicain.

«Je ne votais plus depuis des années», a-t-il expliqué. «C’est Trump qui m’a redonné envie de voter». Dans ce contexte, les démocrates locaux reconnaissent que la bataille s’annonce difficile, mais refusent de se laisser décourager par les démonstrations de force du camp républicain.

Pour éviter la réélection d’un président qu’il dit «détester», Bill Tasczak, 71 ans, va, «pour la première fois» de sa vie, téléphoner à des dizaines d’électeurs pour les encourager à voter Biden. Même engagement inédit pour Brian Still, 67 ans, qui accuse Donald Trump d’avoir «semé des divisions» inédites.

Une course serrée

Christina Proctor, entrée en politique après avoir été choquée par la victoire de Trump en 2016, espère que la détermination de ces bénévoles fera la différence. Trump n’a emporté la Pennsylvanie qu’à une courte majorité de 44’000 voix en 2016, rappelle-t-elle: pour reconquérir l’État, il suffit donc que, dans plusieurs comtés l’ayant soutenu, les démocrates réduisent l’écart.

«Si nous obtenons 5’000 voix de plus dans le comté de Washington, nous aurons fait notre travail pour donner la Pennsylvanie à Joe Biden», dit-elle.

Au vu des derniers sondages, la course sera serrée dans cet État. L’issue semble d’autant plus incertaine que les réactions des électeurs du comté sont «imprévisibles» face à ce président iconoclaste qu’est Donald Trump, souligne Tim O’Neal, l’élu républicain qui fait du porte-à-porte.

«J’ai des républicains supposément durs qui ne le soutiennent pas, et des démocrates durs qui le soutiennent», dit-il. «Le président Trump est de ces politiciens dont le soutien ne peut pas se définir selon son parti.»

ATS/NXP